Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, le film rassemble les témoignages de 24 membres des forces de sécurité israéliennes sur les attaques contre des civils palestiniens et l’usage de l’intelligence artificielle.
Le documentaire « NAZA », réalisé par les journalistes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu le Prix spécial du jury lors de la 83e Mostra de Venise. Le film enquête sur les mécanismes de désignation des cibles et les attaques israéliennes à Gaza, à partir de témoignages anonymes de 24 membres des services de renseignement et des forces armées israéliennes.
Fruit de près de trois ans d’enquête, « NAZA » donne la parole à des sources qui décrivent l’utilisation de données issues de téléphones portables et d’outils d’intelligence artificielle dans la sélection des cibles à Gaza. Selon ces témoignages, la présence de civils dans les lieux visés était fréquemment connue avant les bombardements.
Le titre du film renvoie à un euphémisme utilisé par les services de renseignement israéliens pour désigner le nombre de civils susceptibles d’être tués lors d’une frappe. Rachel Szor a expliqué à l’AFP que le documentaire montre comment les autorités pouvaient pénétrer les téléphones de personnes se trouvant dans les immeubles visés et écouter ce qui s’y passait dans leurs derniers instants.
En recevant le prix, Yuval Abraham a affirmé que les agents interrogés décrivaient une tuerie de masse « systémique ». Pour le réalisateur, ces faits ne relèvent pas d’accidents isolés, mais d’une stratégie qui repose sur la déshumanisation des Palestiniens.
Présenté à Venise, « NAZA » a été longuement ovationné. Le film a été produit par The Guardian et compte Jonathan Glazer, réalisateur de « La Zone d’intérêt », parmi ses producteurs exécutifs. Yuval Abraham et Rachel Szor avaient déjà signé, avec les Palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal, le documentaire « No Other Land », récompensé par l’Oscar en 2025.
L’armée israélienne rejette catégoriquement les accusations centrales portées par le film. Elle affirme que ses opérations visent des objectifs militaires et que chaque frappe fait l’objet d’une évaluation humaine de l’avantage militaire attendu et des dommages potentiels pour les civils.
Cette récompense intervient alors que Gaza continue de subir les conséquences de l’offensive israélienne lancée après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 73 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre ; l’ONU considère les données globales de ce ministère comme fiables, tout en ne pouvant vérifier chaque décès individuellement.
Pour ses réalisateurs, le prix offre une visibilité accrue à une enquête destinée aussi à interpeller la société israélienne. « C’est notre pays qui commet ces crimes », a déclaré Yuval Abraham lors du festival.