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Charles Michel ouvre le procès du leadership d’Ursula von der Leyen

15 septembre 2026 - 11:01

L’ancien président du Conseil européen estime que la présidente de la Commission n’est pas «à la hauteur des défis» et reproche à Bruxelles sa faiblesse face à Donald Trump. Derrière une vieille rivalité personnelle se dessine une question autrement plus importante : qui dirige l’Europe lorsqu’elle doit agir comme une puissance ?

Charles Michel et Ursula von der Leyen n’ont jamais formé un tandem harmonieux. Pendant cinq ans, lorsqu’ils occupaient respectivement la présidence du Conseil européen et celle de la Commission, leurs divergences institutionnelles se sont doublées d’une relation personnelle notoirement difficile. Le sofagate d’Ankara, en 2021, en avait fourni l’image la plus spectaculaire.

Il serait donc tentant de réduire les déclarations particulièrement sévères de Michel à un nouvel épisode de cette vieille querelle. Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel.

«Elle n’est pas à la hauteur des défis», affirme aujourd’hui l’ancien président du Conseil européen à propos de von der Leyen. Il lui reproche également de consacrer beaucoup d’énergie à une communication «un peu superficielle», alors que l’Union laisserait, selon lui, passer des occasions essentielles.

Le moment choisi n’a rien d’anodin. Ursula von der Leyen doit prononcer mercredi devant le Parlement européen son discours sur l’état de l’Union, rendez-vous majeur au cours duquel la présidente de la Commission dressera son bilan et présentera les priorités de l’exécutif européen.

Trump, révélateur des fragilités européennes

Charles Michel concentre notamment ses critiques sur la relation commerciale avec les États-Unis.

À ses yeux, l’Union européenne a fait preuve d’une trop grande faiblesse face à Donald Trump, et la Commission porte une responsabilité majeure dans cette situation. Au-delà de la polémique, son accusation renvoie à l’une des contradictions fondamentales de l’Europe actuelle : l’écart entre son ambition d’autonomie stratégique et sa capacité réelle à l’exercer.

L’Union dispose d’un marché d’environ 450 millions de consommateurs, d’une puissance économique considérable et d’une capacité réglementaire que peu d’acteurs mondiaux peuvent ignorer. Pourtant, lorsqu’il s’agit de transformer ce poids économique en influence géopolitique, les divisions entre États membres et les dépendances stratégiques européennes réapparaissent.

La Commission défend l’accord commercial avec Washington comme un compromis destiné à garantir davantage de stabilité et de prévisibilité aux entreprises européennes et à éviter une escalade tarifaire beaucoup plus dommageable. Le cadre négocié plafonne notamment à 15 % les droits américains applicables à la grande majorité des exportations européennes concernées.

Michel inverse le raisonnement : pour lui, la volonté européenne d’éviter l’affrontement a précisément révélé sa faiblesse.

La vraie question dépasse donc la négociation elle-même. Elle consiste à déterminer jusqu’où l’Europe est prête à défendre ses intérêts lorsque ceux-ci ne coïncident plus avec ceux de Washington.

Le miroir canadien

Le choix de Mark Carney comme contre-exemple est particulièrement révélateur. Charles Michel voit dans le Premier ministre canadien un dirigeant qui tente de tracer une autre voie face à Donald Trump : défendre les intérêts de son pays, diversifier ses alliances et réduire une dépendance excessive à l’égard des États-Unis.

Carney se rapproche justement de l’Europe dans le cadre de cette stratégie et doit participer cette semaine à des rencontres européennes destinées à approfondir le partenariat entre Ottawa et l’UE.

La comparaison est volontairement provocatrice. Le Canada dépend économiquement des États-Unis dans des proportions que l’Union européenne ne connaît pas. Si Ottawa cherche malgré tout à accroître son autonomie, pourquoi une Europe dotée de ressources économiques et politiques beaucoup plus importantes ne pourrait-elle pas en faire autant ?

Il existe néanmoins une différence essentielle : Carney dirige un État. Von der Leyen préside une Commission dont l’action dépend d’un ensemble de 27 pays aux intérêts parfois divergents. L’Europe peut vouloir parler le langage de la puissance ; encore faut-il qu’elle construise l’unité politique nécessaire pour le faire.

Une question qui dépasse von der Leyen

Le bilan de la présidente de la Commission ne saurait d’ailleurs être réduit aux accusations de Charles Michel. Depuis son arrivée à Bruxelles, l’Union a dû affronter une pandémie, l’invasion russe de l’Ukraine, une crise énergétique majeure, le retour du réarmement, l’intensification de la compétition sino-américaine et une remise en cause profonde des règles du commerce international.

Michel lui-même reconnaît certains succès, notamment dans la politique climatique européenne.

Il faut également tenir compte de l’identité de l’accusateur. Charles Michel n’est pas un commentateur extérieur : il fut pendant cinq ans le partenaire institutionnel et souvent le rival de von der Leyen.

Mais les comptes personnels du messager ne suffisent pas à disqualifier le message.

Depuis des années, Bruxelles parle de souveraineté européenne, d’autonomie stratégique et d’Europe géopolitique. La guerre en Ukraine, le retour de Donald Trump, la montée en puissance de la Chine et la fragmentation de l’ordre international obligent désormais l’Union à donner un contenu concret à ces concepts.

C’est pourquoi la phrase la plus importante de Charles Michel n’est peut-être pas celle selon laquelle Ursula von der Leyen ne serait «pas à la hauteur». C’est celle affirmant que l’Union européenne est en train de laisser passer une occasion.

Le discours de mercredi permettra à la présidente de la Commission de répondre, indirectement, à cette accusation. Car derrière le duel Michel-von der Leyen se pose une question beaucoup plus importante pour les Européens : l’Union veut-elle réellement devenir une puissance, ou continuera-t-elle à laisser les autres définir les limites de son action ?

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