La cote d’approbation du président russe s’établit à 67,4 %, l’un de ses niveaux les plus faibles depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Pénuries de carburant, frappes ukrainiennes en territoire russe et restrictions d’internet nourrissent un malaise qui ne menace pas, à ce stade, la domination de Russie unie, mais fait des élections des 18 au 20 septembre un baromètre de l’état d’esprit du pays.
La Russie s’apprête à organiser ses premières élections législatives depuis le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022. Le scrutin laisse peu de suspense quant au contrôle de la Douma : Russie unie, soutenue par Vladimir Poutine, reste largement favorite dans un système où la véritable opposition dispose d’une marge de manœuvre très limitée. L’incertitude porte davantage sur la manière dont les urnes traduiront l’usure d’une guerre qui approche désormais de sa cinquième année.
Selon les dernières données de l’institut public VTsIOM, 67,4 % des Russes interrogés approuvent l’action de Poutine, tandis que 73,1 % déclarent lui faire confiance. Le chef du Kremlin conserve donc un soutien majoritaire considérable, mais sensiblement inférieur aux niveaux dépassant 80 % observés à d’autres moments depuis le début de la guerre. Sa cote a d’ailleurs regagné 0,5 point lors de la dernière semaine mesurée : il est donc plus exact de parler d’une érosion par rapport à ses sommets que d’un effondrement continu.
Une guerre de plus en plus présente dans la vie quotidienne
L’enquête d’août du Centre Levada illustre l’ambivalence de l’opinion russe. 59 % des personnes interrogées souhaitent désormais l’ouverture de négociations de paix, contre 31 % qui préfèrent la poursuite des opérations militaires. Dans le même temps, 68 % continuent de soutenir l’action des forces armées russes en Ukraine.
Le soutien aux négociations a même reculé de huit points depuis février. En revanche, un autre indicateur témoigne clairement de l’installation du conflit dans la durée : 55 % des Russes pensent désormais que la guerre se poursuivra pendant plus d’un an, un record dans les enquêtes de Levada.
Surtout, les conséquences du conflit atteignent de plus en plus directement la population. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries et les infrastructures énergétiques russes ont réduit la production de carburants et entraîné des pénuries dans plusieurs régions. À quelques jours des élections, le Kremlin reconnaît lui-même les difficultés créées par ces attaques.
Levada relève que deux tiers des personnes interrogées ont été confrontées au cours du dernier mois à des difficultés liées à l’internet mobile, aux messageries ou à la pénurie d’essence. Pour près d’un Russe sur trois, les problèmes d’approvisionnement en carburant ont sérieusement compliqué la vie quotidienne.
Les restrictions numériques constituent parallèlement une autre source de mécontentement, notamment chez les plus jeunes. Elles s’accompagnent d’une inquiétude persistante autour d’une éventuelle nouvelle mobilisation après le scrutin, malgré les démentis répétés du Kremlin. Certains Russes ont récemment choisi de quitter le pays, invoquant à la fois la crainte d’une conscription et le durcissement des restrictions sur les libertés et internet.
Un scrutin prévisible, mais politiquement révélateur
Ces difficultés ne signifient pas que le pouvoir de Poutine soit menacé dans les urnes. Russie unie devrait conserver sa domination sur la Douma d’État et ses 450 sièges, dans un environnement politique où la compétition électorale demeure étroitement contrôlée.
L’enjeu des 18, 19 et 20 septembre réside donc moins dans l’identité du vainqueur que dans l’ampleur de sa victoire, le niveau de participation et les éventuels signes de démobilisation de l’électorat.
Après plus de quatre ans et demi de guerre, le Kremlin doit désormais composer avec une réalité nouvelle : le conflit n’est plus seulement suivi depuis les écrans de télévision. Entre pénuries de carburant, drones, restrictions numériques et inquiétudes liées à une éventuelle mobilisation, la guerre pénètre de plus en plus dans le quotidien des Russes.