La cantatrice américaine Grace Moore interprète La Marseillaise lors du premier Festival de Cannes, en 1946.
Le 20 septembre 1946, le Festival accueillait sa première édition au Casino municipal. De cette naissance fragile est issu un rendez-vous où se croisent création, prestige culturel et commerce international des films.
Cannes n’a pas toujours vécu à l’heure du cinéma au mois de mai. Sa première édition s’est ouverte un 20 septembre, en 1946, dans une France encore marquée par la guerre. Quatre-vingts ans plus tard, cet anniversaire rappelle combien le Festival, aujourd’hui associé aux marches et à la Palme d’or, est aussi le produit d’une ambition politique et d’un patient travail de construction culturelle.
Le projet devait initialement voir le jour en 1939. Porté notamment par Jean Zay et Philippe Erlanger, il entendait offrir un espace international au cinéma face à une Mostra de Venise soumise à l’influence des régimes fascistes. La guerre interrompit les préparatifs. Il fallut attendre sept ans pour que les premières projections puissent se tenir au Casino municipal de Cannes.
Une naissance loin du faste actuel
En 1946, les moyens étaient limités et l’organisation encore fragile. La ville ne disposait pas du palais qui deviendrait l’un des symboles du Festival. La première édition, achevée le 5 octobre, relevait autant d’une célébration du cinéma que d’un désir de renouer les échanges après le conflit.
Son palmarès reflétait cette volonté d’ouverture : onze longs métrages reçurent le Grand Prix, parmi lesquels María Candelaria, d’Emilio Fernández, Le Poison, de Billy Wilder, et Rome, ville ouverte, de Roberto Rossellini.
La Palme d’or n’apparut qu’en 1955, avec une première attribution à Marty, de Delbert Mann. Elle deviendrait l’une des distinctions les plus recherchées du cinéma, associée à des œuvres et à des auteurs qui ont marqué plusieurs générations de spectateurs. Les origines de la Palme d’or.
Une ville transformée par son festival
L’histoire de Cannes est aussi celle d’un changement d’échelle. Selon les données rapportées par EFE, le rendez-vous accueille désormais plus de 52 000 accrédités, dont environ 4 000 journalistes, venus de quelque 150 pays. Maud Boissac, directrice de la Culture de la ville, évalue ses retombées économiques directes à près de 220 millions d’euros par an.
Cette puissance repose sur plusieurs activités qui se renforcent mutuellement. La sélection attire les regards, les vedettes assurent une visibilité mondiale et le marché réunit ceux qui financent, achètent et distribuent les films. Pendant le Festival, une œuvre peut trouver à la fois un public critique, des partenaires et une perspective de diffusion internationale.
Le prestige cannois s’est ainsi construit autour d’une double fonction : consacrer des cinéastes déjà reconnus et donner une audience nouvelle à des œuvres moins exposées. Derrière les images de célébrités, c’est aussi cet accès à la circulation mondiale des films qui se joue.
Pour accompagner l’anniversaire, la ville prévoit des conférences, des rencontres et des projections consacrées à l’histoire du Festival. Les célébrations se prolongeront en 2027, année de sa 80e édition : les interruptions du calendrier expliquent le décalage avec les 80 ans de sa naissance.
Du Casino municipal aux salles et aux espaces professionnels d’aujourd’hui, Cannes a profondément changé. Son influence demeure liée à une promesse : faire d’une projection un événement capable de modifier le destin d’un film.