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Sebta : une députée accuse le discours sur l’« invasion » d’alimenter les tensions

21 septembre 2026 - 17:40

Julia Ferreras, députée de Ceuta Ya!, affirme que les débats sur la crise migratoire fragilisent la coexistence dans la ville après l’attaque du véhicule dans lequel elle se trouvait. Le gouvernement de Sebta a condamné les faits, tandis que plusieurs formations de gauche ont appelé à éviter les discours susceptibles d’exacerber les tensions.

La députée de Ceuta Ya!, Julia Ferreras, a appelé à davantage de responsabilité dans le débat sur la situation migratoire à Sebta après avoir été prise à partie dimanche lors d’une manifestation organisée contre la venue du collectif navarrais Negu Gorriak/Derecho a Techo.

La parlementaire se trouvait dans un véhicule avec l’activiste Rafael Borrego et l’avocate spécialisée dans les droits humains Sofía Cánovas lorsque plusieurs manifestants les ont confondus avec des membres du collectif. Le véhicule a été encerclé et secoué, tandis que des objets ont été lancés contre sa carrosserie.

La mobilisation, organisée dans les environs du port, visait à protester contre la présence annoncée du collectif, qui souhaitait se rendre à Sebta pour apporter une aide humanitaire aux migrants. Certains manifestants l’accusaient de défendre des positions radicales et de mettre en danger la coexistence dans la ville.

Des heurts ont opposé certains participants aux forces de l’ordre. La Police nationale est intervenue avec des unités antiémeutes et un homme a été arrêté pour les dégâts causés au véhicule ainsi que pour des faits présumés de violence contre des agents. Julia Ferreras a déposé plainte.

Appel à faire baisser la tension

La députée estime que l’incident s’inscrit dans un climat politique tendu autour de la situation migratoire à Sebta. Tout en reconnaissant le malaise et les inquiétudes d’une partie de la population, elle appelle les responsables politiques à éviter les formules susceptibles d’accroître la confrontation.

« Nous devons cesser d’ajouter du combustible à un feu déjà largement allumé », a-t-elle déclaré, en demandant davantage de responsabilité au gouvernement central comme aux autorités de Sebta.

Ses critiques visent notamment l’utilisation répétée de termes tels que « invasion » ou « envahisseurs » pour décrire l’arrivée massive de migrants enregistrée à la fin du mois de juillet. Selon elle, ce vocabulaire risque de transformer une crise complexe en affrontement identitaire et de désigner collectivement les migrants comme une menace.

Julia Ferreras reproche également à certains responsables politiques de contribuer à la polarisation du débat en associant la question migratoire à une logique permanente d’insécurité. Elle estime que les institutions auraient dû expliquer plus clairement, dès le début de la crise, la situation sur le terrain et les réponses prévues par la législation.

La députée critique par ailleurs l’utilisation de Sebta comme terrain de confrontation entre les principaux partis espagnols. Ses réserves concernent à la fois la gestion de la crise par le gouvernement central et le ton adopté par certains responsables de la droite.

Un débat politique sur les mots employés

Après l’attaque, la ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a également appelé à la vigilance. Selon elle, les mots employés dans le débat public peuvent avoir des conséquences sur le climat social. Elle a reproché à la droite et à l’extrême droite de contribuer, selon son analyse, à installer un environnement de tension.

Des responsables de Compromís ont eux aussi demandé au Parti populaire et à Vox d’éviter les formules qu’ils jugent susceptibles de désigner des groupes ou des personnes comme des cibles. Le porte-parole d’ERC au Congrès, Gabriel Rufián, a pour sa part mis en cause à la fois la gestion de la crise par le gouvernement et son exploitation politique par certains courants de la droite radicale.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a condamné l’attaque et appelé à ne pas rester indifférent face à la banalisation de la haine. Les ministres José Manuel Albares et Ángel Víctor Torres ont également dénoncé les appels à la violence visant les migrants.

Ces réactions ont relancé le débat en Espagne sur les limites du discours politique en période de crise, ainsi que sur la responsabilité des institutions dans la préservation de la tranquillité publique à Sebta.

Le gouvernement de Sebta condamne l’attaque

Le gouvernement de Sebta, dirigé par Juan Jesús Vivas, a condamné les faits et exprimé sa solidarité avec Julia Ferreras et les autres personnes présentes dans le véhicule. L’exécutif local a rappelé que la violence ne pouvait constituer une réponse acceptable.

Il a toutefois déclaré comprendre la fatigue, l’inquiétude et la frustration d’une partie de la population face à la situation que traverse la ville, ainsi que la perception de certaines initiatives comme des provocations.

Cette position, qui associe condamnation de la violence et prise en compte du malaise local, est contestée par Julia Ferreras. La députée estime qu’une condamnation claire doit s’accompagner d’un effort pour éviter les discours susceptibles d’alimenter la peur ou la confrontation.

L’incident intervient alors que les relations entre le gouvernement central et les autorités de Sebta restent tendues. Des sources gouvernementales ont notamment reproché à Juan Jesús Vivas de ne pas avoir accepté une réunion avec le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, alors qu’il devait recevoir le président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo.

Une méprise à l’origine de l’agression

L’attaque s’est produite après que des manifestants ont attribué à tort une identité politique et associative aux occupants du véhicule. Julia Ferreras, Rafael Borrego et Sofía Cánovas n’appartenaient pas au collectif visé par la protestation.

La Police nationale est intervenue pour les protéger et rétablir l’ordre. Une enquête se poursuit après la première arrestation.

Au-delà de l’incident, l’affaire illustre la forte polarisation du débat migratoire à Sebta et la difficulté, pour les responsables politiques, de concilier les inquiétudes de la population, le respect de l’ordre public et la protection des droits fondamentaux.

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