À l’issue de son entretien avec José Manuel Albares, jeudi 24 septembre à New York, Nasser Bourita a répondu aux critiques de certains responsables politiques espagnols sur la gestion migratoire. Le chef de la diplomatie marocaine a attribué à l’Espagne les difficultés qui entravent le retour des migrants en situation irrégulière et des mineurs non accompagnés. Il a toutefois réaffirmé l’attachement de Rabat à la déclaration conjointe d’avril 2022, qui demeure le cadre de référence des relations entre les deux pays.
New York, le 24 septembre 2026. Entre fermeté sur le dossier migratoire et volonté de préserver le dialogue diplomatique, Nasser Bourita a précisé la position du Maroc à l’issue de sa rencontre avec son homologue espagnol, José Manuel Albares, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies.
Le ministre marocain des Affaires étrangères a abordé deux questions étroitement liées : les difficultés entourant le retour des migrants en situation irrégulière et des mineurs non accompagnés, ainsi que les critiques formulées par certains responsables politiques espagnols à l’égard de la coopération migratoire entre Rabat et Madrid.
Le Maroc renvoie à l’Espagne la responsabilité des retours
Sur les rapatriements, Nasser Bourita a adopté une position catégorique. Réaffirmant la disposition du Maroc à accueillir les personnes concernées, il a estimé que les obstacles empêchant leur retour relevaient exclusivement de la responsabilité espagnole.
« Si les migrants illégaux et les mineurs ne sont pas retournés, il ne faut pas poser la question au Maroc, mais plutôt à l’Espagne », a déclaré le ministre.
Selon lui, la situation actuelle résulte de controverses et de difficultés propres à l’Espagne. Ses déclarations ne précisent toutefois ni le nombre de dossiers concernés ni les procédures particulières auxquelles il fait référence.
La question des mineurs non accompagnés demeure particulièrement délicate. Leur éventuel retour ne dépend pas uniquement de l’accord entre les deux gouvernements : il doit également respecter les garanties juridiques applicables, notamment l’évaluation individuelle de leur situation et le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Des critiques politiques qui irritent Rabat
Au-delà des procédures migratoires, Nasser Bourita a exprimé son mécontentement face aux déclarations de certains responsables politiques espagnols, auxquels il reproche de méconnaître le Maroc actuel et les réalités de la gestion migratoire.
« Le partenariat ne se construit pas sur des réquisitoires infondés et la rhétorique stérile », a-t-il affirmé, regrettant que des personnalités politiques espagnoles continuent, selon lui, d’alimenter des controverses qui ne tiennent pas suffisamment compte de l’importance stratégique des relations bilatérales.
Le chef de la diplomatie marocaine a estimé que ces prises de position témoignaient d’une méconnaissance du fonctionnement de la coopération migratoire et de la valeur du partenariat entre les deux pays.
Pour Bourita, les relations de voisinage et la gestion des flux migratoires exigent une approche fondée sur le dialogue plutôt que sur la surenchère politique, les réquisitoires et les accusations sans fondement.
Ses critiques visent ainsi certains acteurs de la vie politique espagnole, sans remettre en question la poursuite de la coopération institutionnelle entre Rabat et Madrid.
La déclaration d’avril 2022 demeure le socle des relations bilatérales
Malgré la fermeté de ses propos, le chef de la diplomatie marocaine a tenu à rappeler que les relations avec l’Espagne restent fondées sur la déclaration conjointe d’avril 2022, adoptée à l’issue des discussions entre le roi Mohammed VI et le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez.
Ce texte, qui a ouvert une nouvelle étape dans les relations bilatérales après la crise diplomatique de 2021, repose notamment sur le partenariat, le respect mutuel et le dialogue. Il prévoit également d’éviter les faits accomplis et les initiatives inattendues susceptibles de compromettre la confiance entre les deux pays.
Nasser Bourita a souligné que ces principes devaient permettre aux deux gouvernements de se concentrer sur leurs intérêts communs tout en circonscrivant leurs divergences.
« Il y a beaucoup de points sur lesquels nous sommes d’accord et où on peut avancer », a-t-il déclaré, ajoutant que les désaccords devaient être abordés par le dialogue et la concertation, dans un esprit de bon voisinage et de coopération.
Préserver le partenariat malgré les divergences
La rencontre de New York illustre la volonté affichée par Rabat de distinguer les controverses politiques de la coopération entre les deux gouvernements. Tout en contestant les critiques adressées au Maroc sur la question migratoire, Bourita a réaffirmé son attachement au cadre diplomatique établi en avril 2022.
La gestion des retours demeure néanmoins un sujet sensible. Si les autorités marocaines affirment leur disponibilité à accueillir leurs ressortissants, les modalités concrètes des rapatriements, particulièrement lorsqu’ils concernent des mineurs non accompagnés, restent soumises aux procédures légales et aux obligations de protection applicables en Espagne.
Au-delà de l’immigration, le Maroc et l’Espagne partagent de nombreux intérêts économiques, commerciaux et sécuritaires, auxquels s’ajoute la préparation de la Coupe du monde 2030, qu’ils organiseront conjointement avec le Portugal.
Les déclarations de Bourita traduisent ainsi une double orientation : répondre fermement aux critiques qu’il juge infondées et préserver une relation bilatérale fondée sur le respect mutuel, la concertation et la recherche de solutions communes.