Le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué lundi la chargée d’affaires d’Espagne en Israël, Francisca Pedrós, pour lui adresser une protestation officielle après que la ministre Sira Rego a défendu une Palestine « libre du fleuve à la mer ». Ce nouvel incident intervient alors que les relations entre Madrid et Israël sont déjà fortement dégradées, les deux pays n’étant actuellement représentés que par des chargés d’affaires.
Un nouvel épisode vient alourdir les relations déjà difficiles entre Madrid et Israël. Le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué lundi Francisca Pedrós, plus haute représentante diplomatique espagnole dans le pays, afin de lui signifier une « réprimande » à la suite des déclarations de la ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego.
La diplomate doit être reçue par Gilad Cohen, directeur des Affaires politico-stratégiques du ministère israélien.
Israël estime que les déclarations de Rego s’inscrivent dans ce qu’il qualifie de « politique systématique anti-israélienne » menée par le gouvernement espagnol et son président, Pedro Sánchez.
La polémique remonte à jeudi dernier. Lors d’un petit-déjeuner du Fórum Europa à Madrid, Sira Rego avait affirmé que l’Espagne ne s’était « pas trompée de camp » en se plaçant, selon ses termes, du côté des droits humains et du peuple palestinien.
Elle avait ensuite déclaré que « la position de la société espagnole est claire » en faveur d’une Palestine « libre du fleuve à la mer ».
Une formule au cœur d’une profonde controverse
C’est cette dernière expression qui concentre la protestation israélienne.
La formule « du fleuve à la mer » désigne l’espace situé entre le Jourdain et la Méditerranée, englobant Israël et les territoires palestiniens. Son interprétation fait l’objet d’un profond désaccord.
Israël ainsi que plusieurs organisations juives considèrent que ce slogan revient à nier l’existence de l’État israélien. Des militants et organisations propalestiniens affirment de leur côté l’utiliser pour réclamer la liberté, l’égalité des droits et l’autodétermination des Palestiniens sur l’ensemble de ce territoire.
Sira Rego n’a pas précisé, lors de son intervention, quelle configuration politique elle associait à cette formule. La position officielle du gouvernement espagnol reste celle de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
Dana Erlich, chargée d’affaires d’Israël en Espagne, avait déjà vivement réagi jeudi en accusant personnellement Sira Rego d’antisémitisme. La Fédération des communautés juives d’Espagne a également condamné les propos de la ministre.
Madrid et Israël n’ont plus d’ambassadeurs
L’incident prend une dimension particulière compte tenu de l’état actuel des relations diplomatiques.
Israël avait rappelé son ambassadeur à Madrid après la reconnaissance officielle de l’État palestinien par l’Espagne en mai 2024. Madrid a, de son côté, définitivement retiré son ambassadrice en Israël en mars dernier. Les deux ambassades sont désormais dirigées par des chargés d’affaires.
Depuis le début de la guerre à Gaza, le gouvernement espagnol a progressivement durci sa politique envers l’exécutif de Benjamin Netanyahu. L’Espagne a reconnu l’État palestinien, instauré un embargo sur les armes à destination et en provenance d’Israël et adopté des restrictions concernant les produits issus des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.
Israël accuse régulièrement le gouvernement de Pedro Sánchez d’adopter une politique hostile à son égard. En septembre 2025, les autorités israéliennes avaient également interdit l’entrée sur leur territoire à Sira Rego et à la vice-présidente du gouvernement Yolanda Díaz.
La convocation de Francisca Pedrós ne constitue pas une rupture diplomatique. Elle représente néanmoins une nouvelle escalade verbale et diplomatique entre deux gouvernements dont les relations sont déjà réduites à un niveau particulièrement bas.