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De Zoulikha Nasri à Fatima Ezzahra El Mansouri : plus d’un quart de siècle de présence féminine au cœur de la décision

30 septembre 2026 - 09:20

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement marque une première dans l’histoire politique du Maroc. Elle constitue aussi l’aboutissement, jusqu’ici, d’un mouvement engagé depuis le début du règne de Mohammed VI : l’accès progressif des femmes à des responsabilités longtemps réservées aux hommes, du Cabinet royal aux institutions constitutionnelles, en passant par l’administration territoriale, la justice, la sécurité et la gestion politique locale.

La nomination, mardi 29 septembre, de Fatima Ezzahra El Mansouri au poste de Cheffe du gouvernement ne constitue pas un épisode isolé dans l’évolution institutionnelle du Maroc. Pour la première fois, une femme accède à la direction de l’Exécutif, franchissant ainsi un seuil qui semblait encore difficilement imaginable il y a quelques décennies.

Cette première s’inscrit cependant dans une histoire plus longue. Depuis l’accession au Trône du roi Mohammed VI en 1999, la présence féminine s’est progressivement étendue à plusieurs espaces de responsabilité politique, administrative, judiciaire, religieuse et sécuritaire.

Zoulikha Nasri, une première au Cabinet royal

L’un des premiers signes forts intervient le 29 mars 2000, lorsque Zoulikha Nasri est nommée conseillère du roi Mohammed VI. Elle devient alors la première femme à occuper cette fonction au sein du Cabinet royal.

Au-delà de sa dimension symbolique, cette nomination fait entrer une femme dans un espace directement associé au centre de la décision. Zoulikha Nasri conservera d’ailleurs une place singulière dans l’entourage royal jusqu’à son décès en 2015.

Quelques années plus tard, un autre domaine, traditionnellement masculin, connaît à son tour une évolution notable.

En 2003, Rajae Naji Mekkaoui devient la première femme à donner une causerie religieuse devant le souverain dans le cadre des Causeries hassaniennes. Son intervention porte sur la famille, au moment même où le Maroc est engagé dans un vaste débat autour de la réforme du statut personnel.

Ce contexte débouchera sur la réforme de la Moudawana, entrée en vigueur en 2004 et devenue l’une des grandes références du débat marocain sur les droits des femmes et les rapports au sein de la famille.

Des responsabilités locales aux fonctions territoriales

L’évolution ne concerne pas uniquement les institutions centrales.

En 2009, Fatima Ezzahra El Mansouri est élue maire de Marrakech. Son arrivée à la tête de l’une des principales villes du Royaume constitue alors une étape importante dans l’accès des femmes à la gestion politique locale.

Son parcours prendra par la suite une dimension nationale : responsabilités au sein du Parti Authenticité et Modernité, fonctions ministérielles, puis direction collégiale de sa formation politique.

L’administration territoriale, longtemps considérée comme l’un des bastions masculins de l’État, connaît elle aussi une évolution majeure.

En 2014, Zineb El Adaoui devient la première femme nommée wali au Maroc, à la tête de la région du Gharb-Chrarda-Béni Hssen et gouverneure de la province de Kénitra. Elle poursuivra ensuite son parcours à la tête de la région Souss-Massa, puis comme wali, inspectrice générale de l’administration territoriale.

2011, le tournant constitutionnel

Entre-temps, la Constitution de 2011 inscrit cette évolution dans un cadre juridique plus large.

Son article 19 consacre l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’exercice des droits et libertés civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux, tout en affirmant que l’État œuvre à la réalisation de la parité.

Le principe de la participation féminine cesse ainsi de relever uniquement d’une succession de nominations ou d’avancées sectorielles : il acquiert une assise constitutionnelle.

Les années suivantes voient les femmes investir progressivement d’autres domaines institutionnels.

La profession d’adoul, longtemps exclusivement masculine, leur est ouverte en 2018. Leur présence se renforce parallèlement dans la magistrature, l’administration, les forces de sécurité et les Forces armées royales.

Zineb El Adaoui à la tête de la Cour des comptes

Une nouvelle étape est franchie en mars 2021 lorsque le roi Mohammed VI nomme Zineb El Adaoui Première présidente de la Cour des comptes.

Elle devient ainsi la première femme à diriger cette institution constitutionnelle chargée du contrôle supérieur des finances publiques.

La même dynamique est perceptible dans les services de sécurité, où les femmes accèdent progressivement à des grades supérieurs et à des responsabilités qui leur étaient auparavant difficilement accessibles.

Au fil des années, il ne s’agit donc plus seulement d’accroître la visibilité des femmes dans les institutions, mais de les voir exercer des responsabilités liées au contrôle, à l’autorité territoriale, à la gestion publique et, désormais, à la conduite même de l’action gouvernementale.

El Mansouri franchit le dernier seuil

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri donne à cette évolution une dimension historique.

Après la victoire du Parti Authenticité et Modernité aux élections législatives du 23 septembre, le roi Mohammed VI l’a reçue au Palais royal de Rabat et l’a nommée Cheffe du gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution, en la chargeant de former le nouvel Exécutif.

Pour la première fois dans l’histoire du Royaume, une femme se retrouve ainsi à la tête du gouvernement.

Le symbole est d’autant plus fort que le parcours d’El Mansouri résume, à lui seul, une partie de l’évolution de la présence féminine dans la vie publique marocaine : maire d’une grande ville, ministre, dirigeante d’un parti arrivé en tête des législatives et, désormais, Cheffe du gouvernement.

De Zoulikha Nasri à Fatima Ezzahra El Mansouri, plus d’un quart de siècle s’est écoulé.

Durant cette période, les Marocaines sont progressivement passées de fonctions jusque-là considérées comme exceptionnelles à la direction d’institutions stratégiques de l’État.

L’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement ne signifie évidemment pas que la question de la parité soit définitivement réglée. Les écarts de représentation demeurent importants dans plusieurs secteurs et niveaux de responsabilité.

Mais un plafond politique vient incontestablement d’être franchi. Après le Cabinet royal, l’administration territoriale, les institutions constitutionnelles, la justice, la sécurité et les collectivités locales, la présence féminine atteint désormais le sommet de l’Exécutif marocain.

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