La France a connu mardi l’une de ses journées sociales les plus tendues de ces derniers mois. Plus de 200 000 personnes ont manifesté selon les autorités — plus de 300 000 d’après la CGT — pour réclamer des hausses de salaires et davantage de moyens pour les services publics, tandis que la mobilisation des lycéens a donné lieu à des incidents et à des centaines d’interpellations. La contestation intervient à deux jours de la présentation d’un budget marqué par un important effort d’économies et à quelques mois de la présidentielle de 2027.
La pression sociale remonte en France. Fonctionnaires, enseignants, pompiers et agents de différentes administrations ont battu le pavé mardi 29 septembre pour dénoncer l’érosion de leur pouvoir d’achat, la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de moyens dans les services publics. Parallèlement, le mouvement de protestation lancé depuis plusieurs jours dans les lycées s’est étendu à des centaines d’établissements, avec des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre dans plusieurs villes.
Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé plus de 200 000 manifestants à travers le pays, dont environ 30 000 à Paris. La CGT avance de son côté plus de 300 000 participants au niveau national et 70 000 dans la capitale. Près de 170 rassemblements et manifestations avaient été annoncés, donnant à cette journée une ampleur particulière à l’approche des arbitrages budgétaires du gouvernement.
Des salaires qui décrochent
Le pouvoir d’achat constitue le principal moteur de la mobilisation dans la fonction publique. La valeur du point d’indice servant au calcul des rémunérations n’a été augmentée qu’à quelques reprises ces dernières années, tandis que l’inflation cumulée depuis 2017 a sensiblement réduit le salaire réel des agents. L’annonce d’un nouveau gel en 2027 a renforcé le mécontentement dans des services où les syndicats dénoncent également des effectifs insuffisants et une charge de travail croissante.
Près de 10 % des agents de la fonction publique d’État étaient en grève mardi. La mobilisation a été particulièrement visible dans l’Éducation nationale, avec près de 14 % d’enseignants grévistes. Fermetures de classes, manque de personnel, multiplication des missions et dégradation des conditions de travail alimentent un malaise qui dépasse désormais la seule question salariale.
La contestation intervient alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu prépare un important effort budgétaire destiné à réduire le déficit dans un pays confronté à une dette publique particulièrement élevée. Les syndicats redoutent que les agents publics et les administrations deviennent une nouvelle fois l’une des principales variables d’ajustement des finances de l’État.
Les lycéens ouvrent un deuxième front
À cette mobilisation professionnelle s’ajoute celle des lycéens, qui a pris de l’ampleur depuis la semaine dernière. Des centaines d’établissements ont été touchés par des blocages ou des rassemblements portant sur des revendications très concrètes : classes surchargées, enseignants manquants, emplois du temps difficiles et conditions matérielles dégradées, notamment après les épisodes de chaleur extrême de ces derniers mois.
La majorité des actions s’est déroulée sans violences majeures, mais plusieurs blocages ont dégénéré. Des groupes ont incendié des poubelles et lancé des projectiles contre les forces de l’ordre, qui ont répliqué dans certains cas avec des gaz lacrymogènes et des charges. Les autorités ont fait état de 440 interpellations, principalement de mineurs, ainsi que d’au moins dix blessés parmi les élèves et les personnels.
Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a annoncé des poursuites concernant les violences et mis en garde contre toute tentative de les légitimer. Les lycéens mobilisés entendent cependant distinguer ces débordements de revendications portant sur leur quotidien et les moyens accordés à l’école publique.
Le budget 2027 sous pression
La concomitance des deux mouvements transforme la présentation du budget en prochain test social pour l’exécutif. Le gouvernement doit trouver plusieurs dizaines de milliards d’euros pour redresser les comptes tout en répondant à des agents qui estiment avoir déjà subi une longue période de stagnation salariale et de réduction des moyens.
L’enjeu dépasse le taux de participation à la grève. La journée de mardi a révélé un malaise qui traverse plusieurs piliers du service public — éducation, santé, secours, administrations et accompagnement social — et que les organisations syndicales entendent inscrire dans la durée si le gouvernement ne modifie pas ses orientations.
Une tension sociale à l’entrée de l’année présidentielle
Cette séquence intervient enfin à quelques mois de l’élection présidentielle du printemps 2027, qui mettra un terme à près de dix années de présidence d’Emmanuel Macron. Pouvoir d’achat, état des services publics et répartition de l’effort budgétaire devraient occuper une place importante dans une campagne qui s’annonce très disputée.
Les sondages dessinent pour l’heure un paysage politique fragmenté, mais l’urgence immédiate du gouvernement est ailleurs : parvenir à imposer un assainissement budgétaire sans transformer le mécontentement sectoriel en contestation sociale plus large.
La journée du 29 septembre ne constitue pas encore un front social unifié. Les fonctionnaires et les lycéens portent des revendications différentes et obéissent à des dynamiques distinctes. Leur mobilisation simultanée adresse néanmoins un avertissement à l’exécutif : au moment où l’État cherche de nouvelles économies, une partie de ceux qui travaillent ou étudient dans ses services considère que les limites ont déjà été atteintes.