Long de 93 kilomètres et réalisé pour plus de 52 millions de dirhams, le nouvel axe routier d’Amgala, dans la province de Smara, ouvre de nouvelles perspectives vers la Mauritanie. Au-delà du désenclavement local, ce corridor pourrait à terme constituer une deuxième voie terrestre entre le Maroc et son voisin mauritanien, en complément de Guerguerat, et renforcer l’ancrage africain des provinces du Sud.
Dans les provinces du Sud, 93 kilomètres de route pourraient acquérir une portée dépassant largement leur dimension locale. L’axe aménagé depuis Amgala se dirige vers la Mauritanie à travers la zone de Laâguida et les communes d’Amgala et de Tifariti, en direction d’Amogrein côté mauritanien. Dotée d’une enveloppe supérieure à 52 millions de dirhams, l’infrastructure doit améliorer la desserte de cet espace saharien, mais son principal potentiel est géostratégique : diversifier les voies de circulation entre le Maroc et la Mauritanie et offrir, à terme, un corridor complémentaire à celui de Guerguerat.
Amgala, une ancienne porte vers le Sud
Pour Fatima Sayida, présidente de la commune d’Amgala, cette vocation s’inscrit dans une continuité historique. La région a longtemps constitué un espace de passage entre le Maroc et son prolongement africain, porté également par les liens humains et familiaux unissant les provinces du Sud à la Mauritanie et, au-delà, au Mali, au Tchad et à d’autres pays subsahariens. Le nouvel axe répond ainsi à une double logique : désenclaver les territoires traversés et redonner une fonction économique à une ancienne voie de circulation vers le Sud.
Un deuxième axe vers la Mauritanie ?
C’est la perspective d’une deuxième liaison frontalière avec la Mauritanie, après Guerguerat, qui confère au projet sa véritable dimension stratégique. Guerguerat demeure aujourd’hui le grand corridor terrestre reliant le Maroc à la Mauritanie et aux marchés ouest-africains. Une nouvelle liaison permettrait de diversifier les itinéraires, de faciliter la circulation des personnes et d’ouvrir de nouvelles possibilités au transport de marchandises. Il convient néanmoins de distinguer la construction de la route de l’ouverture effective d’un nouveau poste-frontière : celle-ci nécessiterait des décisions et des dispositifs coordonnés entre Rabat et Nouakchott.
Du désenclavement à la géoéconomie
L’enjeu dépasse donc Smara. En créant une nouvelle perspective de connexion vers la Mauritanie, l’axe d’Amgala pourrait s’inscrire dans la stratégie marocaine de connectivité africaine, articulant routes, infrastructures logistiques et corridors commerciaux entre les provinces du Sud, la Mauritanie, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Dans cette architecture, la Mauritanie occupe une position charnière entre le Maghreb et les espaces sahéliens.
Pour les territoires traversés, les premiers bénéfices restent le désenclavement, l’amélioration de la mobilité et l’apparition de nouvelles possibilités économiques. Mais si le corridor acquiert demain une véritable dimension transfrontalière, il changera d’échelle : Guerguerat conserverait sa fonction de grand corridor atlantique, tandis qu’Amgala pourrait devenir une deuxième porte terrestre du Sahara marocain vers la Mauritanie et la profondeur africaine du Royaume.
C’est là que se situe le véritable enjeu des 93 kilomètres : déterminer si cette infrastructure restera principalement une route de désenclavement régional ou si elle contribuera demain à redessiner la carte des échanges terrestres entre le Maroc, la Mauritanie et l’Afrique subsaharienne.