Après une plaisanterie sur un photomontage évoquant Mao Zedong, le capitaine des Bleus a perdu plusieurs partenariats publicitaires en Chine. Ses comptes sur les réseaux sociaux sont désormais restreints et la télévision publique chinoise a suspendu la diffusion de la Liga. Les excuses du joueur ouvrent une possibilité d’apaisement, sans effacer les conséquences de la polémique.
Pékin, 28 octobre 2026. Kylian Mbappé a présenté ses excuses, mais la controverse qu’il a déclenchée en Chine est loin d’être terminée. Mercredi, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré prendre « au sérieux » les regrets exprimés par l’attaquant du Real Madrid après ses propos sur un photomontage associé à Mao Zedong.
Cette réaction diplomatique intervient alors que plusieurs entreprises chinoises ont annoncé la fin de leur collaboration avec le joueur et que sa présence médiatique dans le pays subit d’importantes restrictions.
L’affaire, née d’une séquence humoristique diffusée sur internet, dépasse désormais le cadre du football. Elle touche aux sensibilités historiques chinoises, aux intérêts commerciaux des grandes marques et aux relations entre le football européen et l’un de ses marchés internationaux majeurs.
Une plaisanterie sur Mao à l’origine de la polémique
Tout commence avec une vidéo dans laquelle Mbappé évoque les photomontages humoristiques circulant à son sujet sur internet.
Interrogé sur celui qui l’a le plus amusé, le footballeur mentionne une image où son visage apparaît sur le corps d’un homme qu’il présente, de manière approximative, comme un dictateur chinois.
La description semble faire référence à Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine en 1949.
La séquence, issue du podcast The Bridge, a rapidement suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux chinois.
La figure de Mao occupe une place singulière dans l’histoire officielle du pays. Toujours présentée par les autorités comme une référence fondatrice, elle reste associée à une période dont certaines politiques ont entraîné des conséquences humaines considérables, notamment lors du Grand Bond en avant.
Les plaisanteries publiques à son sujet demeurent particulièrement sensibles en Chine, où les références critiques aux grandes figures historiques du Parti communiste sont strictement encadrées.
Mbappé présente ses excuses, Pékin réagit
Face à l’ampleur des réactions, le capitaine de l’équipe de France a diffusé mardi un communiqué en plusieurs langues, dont le mandarin.
Il y reconnaît le caractère maladroit de ses propos et présente ses excuses aux personnes qu’ils ont pu blesser.
Le joueur affirme également son respect pour le peuple chinois et son histoire, assurant qu’il n’avait aucune intention d’offenser.
Mercredi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a réagi à cette déclaration.
« Nous prenons au sérieux les excuses présentées par la personne concernée », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse.
Cette formulation marque une évolution par rapport aux critiques initiales, sans constituer pour autant une annonce de réconciliation officielle.
Les autorités chinoises n’ont pas précisé si les mesures prises par les diffuseurs et les plateformes numériques pourraient être levées.
Trois grandes entreprises chinoises rompent leur partenariat
Les conséquences commerciales de la polémique sont déjà tangibles.
Trois entreprises chinoises ont annoncé mardi la rupture de leurs relations avec Mbappé : le groupe de boissons Dongpeng, le géant laitier Mengniu et le fabricant de produits fromagers Milkground.
Ces sociétés ont invoqué leur opposition aux propos susceptibles de heurter les sentiments nationaux.
La réaction dépasse les seuls partenaires chinois. Selon plusieurs médias locaux, des marques internationales comme Dior et Hublot auraient retiré de leurs comptes Weibo des publications mettant en scène le joueur.
Des journalistes de l’AFP n’ont trouvé aucun résultat en recherchant son nom chinois sur les comptes de ces marques, sans que cette observation permette de conclure à la rupture de leurs contrats.
À Pékin, dans une grande boutique Adidas du quartier commercial de Sanlitun, des maillots du Real Madrid étaient toujours proposés à la vente, mais aucun ne portait le nom de Mbappé lors du passage de journalistes de l’agence.
En revanche, des produits dérivés à son effigie restaient disponibles sur Taobao, notamment des articles non officiels.
L’ampleur financière exacte des pertes subies par le joueur demeure difficile à établir.
La Liga prise dans la tourmente
L’affaire a également des répercussions sur le championnat espagnol.
China Media Group, qui supervise notamment la télévision publique CCTV, a annoncé la suspension de la diffusion des rencontres de la Liga ainsi que le retrait de contenus publicitaires associés à Mbappé.
Cette décision constitue un enjeu important pour le football espagnol, dont le développement international repose en partie sur la présence de ses clubs et de ses vedettes dans les grands marchés asiatiques.
La Liga a rapidement présenté ses excuses aux personnes offensées, tout en précisant que les propos du joueur avaient été tenus à titre personnel.
Son président, Javier Tebas, a également rencontré l’ambassadeur de Chine en Espagne afin d’évoquer les conséquences de la polémique et de préserver les relations commerciales et sportives entre les deux parties.
Cette mobilisation montre qu’une controverse individuelle peut avoir des répercussions sur l’ensemble d’une compétition.
Une présence numérique fortement restreinte
La situation de Mbappé s’est également dégradée sur les réseaux sociaux chinois.
Sur Weibo, sa page affiche désormais un message indiquant que les utilisateurs ne peuvent plus s’y abonner en raison d’une violation des règles de la plateforme.
Des restrictions similaires ont été constatées sur Xiaohongshu, également connue sous le nom de RedNote, où le joueur compte plus d’un million d’abonnés.
Les médias officiels chinois ont, de leur côté, largement évité de reproduire la référence explicite à Mao, préférant évoquer des propos jugés inappropriés concernant la Chine.
Ce traitement illustre la sensibilité politique du sujet et les limites de sa discussion dans l’espace médiatique chinois.
La polémique a néanmoins continué de susciter de nombreux commentaires, parfois particulièrement virulents, malgré les excuses du joueur.
De « Guigui » à une crise d’image
Jusqu’à cet épisode, Mbappé bénéficiait d’une forte popularité en Chine.
Sa notoriété dépassait largement le terrain de football. Il apparaissait dans des campagnes publicitaires, sur des panneaux urbains et dans des contenus promotionnels diffusés sur les principales plateformes numériques.
Certains supporters le surnommaient affectueusement « Guigui », la tortue, en référence à sa ressemblance supposée avec un personnage des Tortues Ninja.
Cette familiarité avec le public chinois explique en partie l’ampleur de la réaction.
Le contraste est saisissant entre l’image d’une vedette internationale célébrée pour ses performances sportives et celle d’un joueur soudainement écarté de campagnes publicitaires et de plateformes numériques.
Le football mondial confronté aux sensibilités politiques
Au-delà du cas Mbappé, l’incident pose une question plus large sur la place des sportifs dans un espace médiatique mondialisé.
Les joueurs les plus célèbres ne sont plus seulement des athlètes. Ils représentent des marques, des clubs et parfois des compétitions entières auprès de publics dont les références culturelles et politiques diffèrent profondément.
Une plaisanterie diffusée dans un contexte français peut ainsi être interprétée très différemment lorsqu’elle circule dans un autre environnement national.
Mais cette réalité soulève également des interrogations sur la liberté d’expression, la réaction des entreprises face aux controverses politiques et la place des intérêts commerciaux dans les décisions des organisations sportives.
La crise rappelle notamment les tensions survenues en 2019 entre la NBA et la Chine après des prises de position concernant Hong Kong.
En déclarant prendre les excuses de Mbappé au sérieux, Pékin laisse entrevoir une possibilité d’apaisement. Reste à savoir si les diffuseurs, les plateformes numériques et les partenaires commerciaux suivront cette ouverture.
Pour le capitaine des Bleus, l’enjeu est désormais de reconstruire une relation avec un public qui comptait parmi ses plus fervents admirateurs, sans que les conséquences de cette controverse puissent encore être considérées comme définitivement établies.