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Palestine : Paris maintient le cap des deux États, quelle que soit l’issue des élections

28 octobre 2026 - 12:02

Alors que le scrutin israélien ne dégage aucune majorité claire, Jean-Noël Barrot réaffirme la ligne diplomatique française : garantir la sécurité d’Israël tout en défendant l’existence d’un État palestinien. Le ministre souligne également la progression des partis arabes, susceptibles de peser sur la formation du prochain gouvernement.

Paris, 28 octobre 2026. La France ne modifiera pas sa politique au Proche-Orient en fonction du résultat des élections législatives israéliennes. C’est le message adressé mercredi par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, alors que le dépouillement du scrutin organisé la veille laisse entrevoir de difficiles négociations pour former un gouvernement.

Invité de France 2, le chef de la diplomatie française a tenu à dissocier les orientations de Paris des recompositions politiques en cours en Israël.

« Notre cap ne variera pas », a-t-il assuré, que le Premier ministre sortant Benyamin Netanyahu parvienne à conserver le pouvoir ou que l’opposition menée par Gadi Eisenkot réussisse à constituer une majorité.

Cette continuité repose, selon le ministre, sur deux principes : la sécurité d’Israël et la perspective d’une coexistence pacifique entre deux États, israélien et palestinien, reconnus dans leurs droits respectifs.

Une position indépendante des résultats électoraux

La déclaration de Jean-Noël Barrot intervient dans un contexte politique particulièrement incertain.

Au lendemain des élections, aucun des principaux blocs israéliens ne semble en mesure de disposer seul d’une majorité parlementaire.

Selon les résultats partiels disponibles mercredi matin, après le dépouillement d’environ 70 % des suffrages, le camp de Netanyahu était crédité de 54 sièges, contre 47 pour les formations d’opposition regroupées autour de Gadi Eisenkot et 19 pour les partis arabes.

La Knesset compte 120 députés et une coalition doit disposer d’au moins 61 sièges pour gouverner.

Ces chiffres restent provisoires, mais ils illustrent la fragmentation de la scène politique israélienne et l’importance des discussions qui suivront la proclamation des résultats définitifs.

Pour Paris, cette incertitude ne remet pas en cause les principes qui guident sa diplomatie.

La progression des partis arabes retient l’attention de Paris

Le ministre français a particulièrement insisté sur les résultats des formations représentant une partie de la population arabe israélienne.

Il a évoqué des scores historiques, estimant que cette progression pourrait influencer les choix du futur gouvernement.

La représentation arabe constitue en effet l’un des éléments marquants de ces élections. Son poids parlementaire pourrait devenir important dans un contexte où ni le bloc de Netanyahu ni celui d’Eisenkot ne disposent d’une majorité autonome.

Mais cette progression ne garantit pas la formation d’une coalition alternative.

Les partis arabes présentent des orientations différentes, tandis que plusieurs formations d’opposition ont exprimé des réserves sur une éventuelle alliance avec eux.

Barrot s’est donc gardé de tirer des conclusions définitives.

Il a rappelé la nécessité d’attendre la fin du dépouillement et de respecter le processus institutionnel israélien.

Paris travaillera avec le gouvernement issu des urnes

Interrogé sur la possibilité d’une amélioration des relations franco-israéliennes en cas d’arrivée de l’opposition au pouvoir, le ministre a refusé d’établir une préférence entre les deux camps.

La France, a-t-il expliqué, travaillera avec le gouvernement qui résultera des élections.

Cette position vise à maintenir une distinction entre les relations d’État à État et les désaccords politiques qui opposent actuellement Paris aux autorités israéliennes.

Elle souligne également une réalité diplomatique : la France entend défendre ses orientations sur la question palestinienne tout en conservant des interlocuteurs institutionnels en Israël.

La reconnaissance de la Palestine, un tournant diplomatique

Les relations entre Paris et le gouvernement Netanyahu se sont considérablement tendues depuis la reconnaissance officielle de l’État de Palestine par la France, le 22 septembre 2025.

Cette décision, portée par Emmanuel Macron, s’inscrivait dans une initiative diplomatique destinée à relancer la solution de deux États.

Pour Paris, la reconnaissance de la Palestine ne constitue pas une remise en cause de l’existence ou de la sécurité d’Israël. Elle est présentée comme une étape vers un règlement politique du conflit, fondé sur la coexistence de deux États souverains.

Le gouvernement israélien a toutefois vivement contesté cette orientation, estimant qu’elle ne répondait pas aux exigences de sécurité du pays.

La divergence porte ainsi sur les conditions et le calendrier d’une solution politique au conflit israélo-palestinien.

La question des colonies accentue les tensions

Un autre sujet de désaccord concerne les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

La France a annoncé des mesures destinées à restreindre le commerce avec les implantations considérées comme illégales au regard du droit international.

Ces initiatives s’inscrivent dans une démarche concertée avec plusieurs partenaires européens et internationaux.

Toutefois, Jean-Noël Barrot a reconnu mercredi que l’interdiction commerciale annoncée n’était pas encore pleinement appliquée. Ses modalités juridiques et pratiques restent à définir.

Cette précision est importante : entre l’annonce d’une orientation diplomatique et sa mise en œuvre effective, plusieurs étapes demeurent nécessaires.

Pour Paris, l’expansion des colonies constitue un obstacle majeur à la viabilité territoriale d’un futur État palestinien.

Du côté israélien, les politiques relatives aux implantations font elles-mêmes l’objet de débats entre les différentes forces politiques.

Deux États : un objectif diplomatique confronté aux réalités du terrain

La solution de deux États demeure la référence officielle de la diplomatie française, mais sa concrétisation se heurte à de nombreuses difficultés.

Les questions des frontières, du statut de Jérusalem, de la sécurité, des réfugiés et de la continuité territoriale palestinienne restent sans règlement négocié.

La situation à Gaza et les développements en Cisjordanie ont encore compliqué les perspectives d’une reprise durable du dialogue politique.

À ces obstacles s’ajoute la question de la représentation palestinienne et des institutions susceptibles d’exercer l’autorité dans un futur État.

Le prochain gouvernement israélien pourra influer sur ces dossiers, sans pour autant disposer à lui seul de toutes les conditions nécessaires à un accord.

C’est précisément cette distinction que la diplomatie française cherche à rappeler : un changement de majorité en Israël pourrait modifier les possibilités de dialogue, mais il ne changerait pas l’objectif poursuivi par Paris.

Une continuité diplomatique à l’épreuve des faits

La position exprimée par Jean-Noël Barrot s’inscrit dans une volonté de préserver un cadre politique pour la résolution du conflit israélo-palestinien.

Elle repose sur l’idée que la sécurité d’Israël et le droit des Palestiniens à disposer d’un État ne doivent pas être envisagés comme deux objectifs incompatibles.

Mais cette orientation soulève aussi une question concrète : comment faire progresser la solution de deux États lorsque les conditions politiques et territoriales de sa mise en œuvre continuent de se dégrader ?

La réponse dépendra des initiatives diplomatiques à venir, des décisions du prochain exécutif israélien, des acteurs palestiniens et de l’engagement des partenaires internationaux.

Pour l’heure, Paris privilégie la continuité de sa ligne diplomatique plutôt que l’attente d’un éventuel changement politique en Israël.

Le résultat des élections déterminera les interlocuteurs de la France. Il ne modifiera pas, selon son ministre des Affaires étrangères, la direction qu’elle entend suivre.

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