La réunion du Comité pour le patrimoine immatériel, qui se tient à New Delhi, remet en avant le dossier du caftan. Le Maroc y défend une tradition solidement établie, tandis que l’Algérie poursuit une stratégie d’opposition dont les excès ont attiré l’attention de l’UNESCO.
L’organisation onusienne s’apprête à étudier la candidature marocaine consacrée au caftan. Le climat est déjà tendu. Plusieurs courriers et messages transmis par des acteurs algériens, et avalisés par les autorités de leur pays, recourent à un vocabulaire offensant à l’égard du Maroc, en décalage complet avec l’esprit de la Convention sur le patrimoine immatériel. Ces dérives ont motivé une réaction marocaine formelle, rappelant que l’institution culturelle ne peut servir de caisse de résonance à des positions politiques hostiles.
La démarche du Maroc s’appuie sur un ensemble cohérent. Des artisans, des créateurs, des chercheurs et des praticiens du secteur ont contribué à un dossier qui retrace l’histoire et la transmission du caftan dans les pratiques marocaines. Ce corpus comprend également des témoignages et documents d’origine algérienne, antérieurs au virage politique de décembre 2019, qui confirment l’ancienneté et la centralité du caftan dans les usages marocains.
La nouvelle offensive d’Alger intervient dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, la relation avec Rabat connaît une série de ruptures et de mesures unilatérales qui ont compliqué le dialogue. La scène culturelle s’est trouvée entraînée dans cette dynamique, au même titre que les institutions internationales. Le dossier du caftan devient ainsi un chapitre supplémentaire d’une confrontation plus politique que patrimoniale.
La période est d’ailleurs marquée par un recul diplomatique pour Alger. Lors du dernier scrutin au sein de l’UNESCO, la candidature algérienne au Conseil exécutif a été rejetée, tandis que celle du Maroc a obtenu un large soutien. Le contraste s’est ajouté à d’autres épisodes récents sur la scène internationale. Ce déséquilibre accentue la sensibilité d’Alger à tout dossier où le Maroc bénéficie d’un ancrage historique clair, comme c’est le cas pour le caftan.
À l’approche de la réunion de New Delhi, une question domine. L’UNESCO parviendra-t-elle à maintenir un espace de travail préservé des tensions géopolitiques. Les États membres seront appelés à examiner les éléments présentés, à évaluer la cohérence des dossiers et à se prononcer uniquement sur la base des critères de sauvegarde du patrimoine.
Pour le Maroc, l’enjeu se situe dans la reconnaissance internationale d’un savoir-faire vivant, façonné par des générations de couturières, d’artisans et de créateurs. Pour l’Algérie, ce dossier est devenu un marqueur identitaire dans une période où les symboles culturels sont mobilisés avec intensité. La tension qui entoure cette inscription montre combien le patrimoine immatériel peut se retrouver au cœur de stratégies d’influence.
La réunion de New Delhi fournira un cadre pour clarifier les positions. L’issue sera observée avec attention, car elle dira quelque chose de la capacité des institutions culturelles internationales à résister aux pressions politiques et à préserver le sens premier du patrimoine, héritage partagé plutôt que territoire de rivalité.