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À Genève, le Maroc et l’Organisation Internationale pour les Migrations ont inauguré un nouvel espace diplomatique consacré à un thème encore largement sous-exploré : le rôle du sport dans les dynamiques migratoires. Ce “Groupe des Amis sur le Sport et la Migration” veut ouvrir une réflexion collective sur un outil de cohésion sociale souvent sous-estimé dans les débats internationaux.

L’initiative, portée par la Mission du Maroc auprès des Nations Unies avec l’appui de l’OIM, propose un cadre de concertation multilatérale sur la manière dont le sport peut contribuer à l’inclusion, à la prévention de la vulnérabilité et à la consolidation de politiques migratoires fondées sur l’humain. L’idée peut sembler nouvelle, mais elle s’inscrit dans une logique diplomatique qui s’élargit progressivement aux dimensions sociales et culturelles du développement.

Intervenant à distance lors du lancement, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a rappelé que le sport reste un levier que la diplomatie internationale a longtemps laissé en marge. Or, selon lui, il constitue souvent le seul espace où les tensions sociales se suspendent pour laisser place à la participation collective, à l’engagement citoyen et à la construction de trajectoires positives pour les jeunes. Dans le champ migratoire, cette fonction d’inclusion prend une signification particulière, notamment dans les contextes où les mobilités sont associées à la précarité ou à des représentations négatives.

Le ministre a également replacé cette initiative dans la Vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Leader de l’Union Africaine sur la question de la migration. Une Vision qui insiste depuis plusieurs années sur une idée désormais partagée par de nombreux acteurs africains : la migration peut être une force de transformation et un atout pour le développement, à condition d’être accompagnée par des politiques responsables, des données fiables et une approche centrée sur le potentiel humain.

Dans ce cadre, le sport apparaît comme un langage partagé — particulièrement en Afrique, continent où la jeunesse représente la majorité de la population. Il devient un espace de reconnaissance sociale, un terrain de résilience, un horizon d’espoir. En ce sens, la création de ce Groupe des Amis ne se limite pas à un geste diplomatique : elle ouvre la voie à une réflexion internationale sur les conditions sociales d’une migration sûre, ordonnée et valorisée.

L’Observatoire Africain des Migrations, basé à Rabat, jouera un rôle central dans cette dynamique. L’institution, qui travaille déjà sur la production de données fiables et d’analyses stratégiques, est appelée à alimenter ce nouveau cadre multilatéral en recherches, indicateurs et expertises capables d’orienter les décisions politiques. Ce lien entre connaissance, diplomatie et action collective reflète une orientation marquante de la politique extérieure marocaine : associer les institutions africaines aux grandes transitions sociales et humaines du continent.

Il faut rappeler que l’idée de ce Groupe des Amis est née lors d’un événement de Haut Niveau organisé par le Maroc et l’OIM à New York, en marge de la 80e Assemblée générale des Nations Unies. Sa formalisation aujourd’hui à Genève confirme que le thème est amené à prendre une place croissante dans les discussions internationales sur la migration.

Avec cette initiative, le Maroc cherche à élargir le cadre de la gouvernance migratoire en y intégrant des leviers sociétaux souvent relégués au second plan. Le sport, dans cette perspective, n’est pas un simple terrain de jeu ; il devient un outil diplomatique, un espace de prévention, un vecteur d’intégration et un symbole d’un destin africain partagé.

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