Le directeur général de Microsoft, Satya Nadella, doit témoigner ce lundi devant un tribunal fédéral de Californie dans le cadre du procès opposant Elon Musk à OpenAI, une affaire suivie de près par l’ensemble de l’industrie mondiale de l’intelligence artificielle.
Au cœur du dossier: la transformation d’OpenAI, créée initialement comme organisation à but non lucratif en 2015, en une structure commerciale valorisée aujourd’hui à plus de 850 milliards de dollars selon les estimations évoquées dans la procédure.
Elon Musk accuse OpenAI et ses dirigeants d’avoir trahi la mission originelle de l’organisation, destinée à développer une intelligence artificielle ouverte et bénéfique pour l’humanité. Il demande le retour d’OpenAI à son statut non lucratif et dénonce l’utilisation des financements initiaux pour bâtir un empire technologique privé.
Le témoignage de Nadella revêt une importance particulière car Microsoft est devenu, depuis 2019, le principal partenaire financier et technologique d’OpenAI. Le groupe américain a investi près de 13 milliards de dollars dans l’entreprise et intégré ses modèles d’intelligence artificielle dans plusieurs produits stratégiques:
-Azure,
-Copilot,
-Microsoft 365,
-Bing,
-et Windows.
Les avocats de Musk chercheront notamment à démontrer que Microsoft savait dès le départ que la création d’une filiale lucrative éloignait OpenAI de sa vocation fondatrice. Ils s’appuieront sur des échanges internes révélés récemment, dans lesquels Nadella et plusieurs dirigeants évoquaient déjà le potentiel économique de l’intelligence artificielle générale (AGI).
Le procès a également mis en lumière les rivalités personnelles et les luttes d’influence au sein du cercle restreint de la Silicon Valley ayant participé à la naissance d’OpenAI avant l’explosion mondiale de ChatGPT en 2022.
OpenAI, dirigée par Sam Altman, affirme de son côté qu’Elon Musk avait quitté volontairement le projet après avoir échoué à en obtenir le contrôle majoritaire. Le milliardaire a ensuite créé sa propre société d’intelligence artificielle, xAI, à l’origine du chatbot Grok.
La juge fédérale Yvonne Gonzalez Rogers pourrait rendre une décision ayant des conséquences majeures sur l’avenir économique et juridique d’OpenAI, notamment sur son projet d’introduction en Bourse prévu cette année.
Au-delà du simple conflit judiciaire, cette affaire illustre surtout la mutation profonde de l’intelligence artificielle:
domaine autrefois présenté comme ouvert et collaboratif, elle est désormais devenue un secteur dominé par les investissements massifs, les rivalités industrielles et les enjeux géopolitiques mondiaux.