L’Espagne a de nouveau appelé l’Union européenne à interdire l’importation de produits provenant des colonies israéliennes installées dans les territoires palestiniens occupés, estimant qu’il s’agit d’une obligation découlant directement du droit international.
À son arrivée au Conseil des affaires étrangères de l’UE à Luxembourg, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a affirmé que l’Union devait agir non seulement pour des raisons politiques, mais aussi pour respecter ses engagements juridiques internationaux.
« L’Union européenne doit respecter le droit international », a déclaré le chef de la diplomatie espagnole.
L’argument juridique
Madrid s’appuie notamment sur l’avis consultatif rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de Justice, selon lequel l’occupation israélienne des territoires palestiniens est contraire au droit international.
La Cour a également estimé que les États ont l’obligation de ne pas reconnaître ni soutenir la situation créée par cette occupation.
Pour l’Espagne, permettre l’importation de produits issus des colonies pourrait être interprété comme une forme de soutien économique indirect à une activité jugée illégale par le droit international.
Une Europe divisée
La proposition suscite toutefois d’importantes divergences au sein de l’Union européenne.
Les services juridiques du Conseil et de la Commission examinent actuellement la base juridique qui permettrait d’adopter une telle mesure.
Si la question relève de la politique étrangère, l’unanimité des Vingt-Sept serait nécessaire. Si elle est considérée comme une mesure commerciale, une majorité qualifiée pourrait suffire.
Cette distinction pourrait déterminer l’issue du débat.
L’Espagne, l’Irlande, la Belgique et la Slovénie figurent parmi les États favorables à une ligne plus ferme à l’égard d’Israël, tandis que l’Allemagne, l’Autriche ou la Hongrie demeurent beaucoup plus réservées.
Le contexte de Gaza
Le débat intervient alors que les relations entre Israël et plusieurs capitales européennes se sont fortement dégradées en raison de la guerre à Gaza et de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie.
Ces derniers mois, l’Union européenne a déjà adopté de nouvelles sanctions contre des colons israéliens impliqués dans des violences contre des Palestiniens.
La possibilité de sanctionner les ministres israéliens Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich continue également d’être examinée, mais plusieurs États membres s’y opposent encore.
Une stratégie diplomatique assumée
La démarche espagnole s’inscrit dans la politique menée par le gouvernement de Pedro Sánchez depuis plusieurs années en faveur d’une reconnaissance accrue des droits des Palestiniens.
Après avoir reconnu officiellement l’État de Palestine en 2024 aux côtés de l’Irlande et de la Norvège, Madrid cherche désormais à faire évoluer la position européenne sur le terrain économique et commercial.
Pour José Manuel Albares, il ne s’agit pas d’une initiative politique isolée mais d’une application cohérente des principes du droit international.
Le débat qui s’ouvre à Luxembourg pourrait ainsi devenir l’un des dossiers diplomatiques les plus sensibles de l’Union européenne dans les prochains mois et révéler les profondes divisions européennes sur la question israélo-palestinienne.