Alors que la France traverse un nouvel épisode de chaleur intense, les habitants de Trôo, un village troglodytique du Val de Loire, redécouvrent les vertus d’un habitat millénaire. Creusées dans la pierre calcaire, ces demeures maintiennent naturellement une température fraîche et pourraient inspirer les modèles d’habitat de demain.
Pendant que des millions de Français suffoquent sous une nouvelle vague de chaleur, les habitants de Trôo, petit village du Loir-et-Cher, bénéficient d’un privilège inattendu : vivre dans des habitations creusées dans la roche, capables de conserver une température constante même lors des épisodes caniculaires.
« On a l’impression d’entrer dans un réfrigérateur », raconte Jean-Luc Eclercy-Deterpigny, installé dans le village depuis la pandémie de Covid-19. Sa pièce à vivre, aménagée dans une ancienne carrière de tuffeau, demeure fraîche même lorsque le thermomètre dépasse largement les 30 degrés à l’extérieur.
Situé dans la vallée de la Loire, Trôo compte à peine 315 habitants. Le village possède un patrimoine troglodytique exceptionnel : certaines maisons sont entièrement creusées dans la roche, tandis que d’autres disposent de pièces souterraines servant de salons, de caves ou d’espaces de repos.
Le tuffeau, cette pierre calcaire poreuse utilisée notamment dans la construction des célèbres châteaux de la Loire, agit comme un isolant naturel. En été, il conserve la fraîcheur ; en hiver, il retient la chaleur.
« C’est probablement l’un des meilleurs isolants naturels dont nous disposons aujourd’hui », estime Jean-Luc Eclercy-Deterpigny, également président de l’office de tourisme local.
Un habitat adapté au réchauffement climatique
Le village attire désormais de nouveaux habitants séduits par ce mode de vie singulier. Dominique et Jean-Paul Opéron ont quitté la Normandie pour s’installer à Trôo en 2022. Dans leur vaste pièce troglodytique ornée de plantes, la température reste proche de 19 °C alors que l’extérieur dépasse régulièrement les 30 °C.
« On se sent protégé des températures extérieures », explique Dominique Opéron.
Cette capacité naturelle de régulation thermique suscite un intérêt croissant à l’heure où les vagues de chaleur se multiplient en Europe. Les scientifiques attribuent l’augmentation de leur fréquence et de leur intensité au changement climatique provoqué par les activités humaines.
Selon la municipalité, le village disposerait encore de plusieurs kilomètres de galeries susceptibles d’être réhabilitées à l’avenir.
Des contraintes, mais aussi un modèle d’avenir
La vie dans une maison troglodytique présente néanmoins certaines contraintes. Le manque de lumière naturelle peut être important, notamment pour les habitations mal orientées. L’humidité impose également des travaux d’aménagement spécifiques, tels que des systèmes de ventilation, de drainage et des enduits à la chaux.
Malgré ces difficultés, le maire de Trôo, Patrick Eclercy-Deterpigny, estime que ce patrimoine pourrait inspirer les solutions d’habitat de demain.
Dans un contexte de réchauffement climatique et de hausse des coûts énergétiques, ces habitations creusées dans la pierre rappellent que certaines réponses aux défis contemporains se trouvent parfois dans des savoir-faire très anciens.