Rabat. Le débat sur les aides publiques accordées aux importations de bétail prend une nouvelle dimension politique. Trois composantes de la majorité parlementaire ont décidé de soutenir l’initiative visant à créer une commission d’enquête parlementaire, tandis que le Rassemblement national des indépendants (RNI), parti du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, est resté en retrait.
Cette absence, remarquée au Parlement, alimente les interrogations sur les équilibres au sein de la coalition gouvernementale.
Les présidents des groupes du Parti Authenticité et Modernité (PAM), du Parti de l’Istiqlal et du groupe constitutionnel démocratique social ont adressé une lettre aux formations de l’opposition afin d’engager des consultations sur la création d’une commission d’enquête consacrée aux différentes formes de soutien public accordées aux importations de bétail et au secteur de l’élevage.
Un dossier devenu hautement sensible
Depuis plusieurs années, les exonérations fiscales et les mécanismes de soutien mis en place pour les importations de bétail suscitent un important débat public.
L’objectif initial était de limiter la hausse des prix et de soutenir l’approvisionnement du marché national dans un contexte marqué par la sécheresse, la baisse du cheptel et l’augmentation des coûts alimentaires.
Cependant, l’efficacité de ces mesures fait désormais l’objet de nombreuses interrogations.
Les partis d’opposition réclament depuis 2022 davantage de transparence concernant les bénéficiaires des aides, leur coût pour les finances publiques et leur impact réel sur les prix de la viande.
Une majorité qui se divise
L’élément le plus significatif demeure toutefois l’absence du groupe parlementaire du RNI parmi les signataires de l’initiative.
Cette situation pourrait refléter des divergences d’appréciation au sein même de la majorité sur la gestion politique du dossier.
Le sujet est particulièrement sensible dans la mesure où il touche directement aux questions du pouvoir d’achat, de la sécurité alimentaire et de l’utilisation des fonds publics.
À quelques mois de la fin de la législature, la volonté de certaines composantes de la majorité de travailler avec l’opposition sur un mécanisme de contrôle parlementaire apparaît comme un signal politique notable.
Une demande de transparence
Les signataires estiment qu’une commission d’enquête permettrait d’établir les faits et d’éclairer l’opinion publique sur les mécanismes de soutien accordés au secteur.
Les commissions d’enquête parlementaires figurent parmi les outils de contrôle les plus importants prévus par la Constitution marocaine, même si leur mise en place demeure relativement rare.
Le dossier des importations de bétail est devenu l’un des principaux sujets économiques et sociaux débattus ces derniers mois, notamment en raison de la hausse persistante des prix de la viande et des difficultés rencontrées par les éleveurs.
Une fin de législature sous tension
Cette initiative intervient dans un contexte politique particulier, alors que la législature approche de son terme.
Au-delà des questions liées au secteur de l’élevage, le débat pourrait désormais porter sur la gouvernance des aides publiques et sur les mécanismes d’évaluation des politiques de soutien économique.
Le dossier du bétail, initialement présenté comme une réponse aux tensions sur le marché, pourrait ainsi devenir l’un des principaux enjeux politiques de la fin du mandat parlementaire.