>

L’euro numérique avance pour réduire la dépendance européenne à Visa et Mastercard

23 juin 2026 - 10:44

Bruxelles – Le projet d’euro numérique, porté par la Banque centrale européenne (BCE), franchit une étape importante au Parlement européen. L’objectif est de doter l’Union européenne d’un moyen de paiement numérique public capable de réduire la dépendance vis-à-vis des grands opérateurs américains.

Visa, Mastercard, PayPal ou encore Apple Pay dominent aujourd’hui une grande partie des paiements électroniques dans la zone euro. Selon la BCE, près des deux tiers des paiements par carte reposent sur des infrastructures non européennes.

Pour les institutions européennes, cette situation représente une vulnérabilité stratégique dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et de compétition technologique mondiale.

Une version numérique de l’euro

L’euro numérique constituerait une forme électronique de la monnaie unique émise directement par la Banque centrale européenne.

Les citoyens pourraient ouvrir un portefeuille numérique auprès d’une banque ou d’un organisme public et l’utiliser pour effectuer des paiements en magasin, sur internet ou entre particuliers.

La BCE insiste sur le fait que les espèces continueront de circuler et que l’euro numérique viendrait simplement compléter les moyens de paiement existants.

Le projet prévoit également des garanties importantes en matière de confidentialité, notamment grâce à des paiements hors ligne comparables à l’utilisation des espèces.

Un enjeu de souveraineté

Pour de nombreux responsables européens, l’euro numérique dépasse largement la question technologique.

L’Union européenne cherche à renforcer son autonomie financière face à des infrastructures dominées par des groupes étrangers. Les débats récents autour des sanctions internationales et des systèmes de paiement ont renforcé les arguments en faveur d’une solution européenne.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a régulièrement plaidé pour une plus grande souveraineté financière de l’Union.

Les réticences du secteur bancaire

Les banques européennes restent toutefois prudentes.

La Fédération bancaire européenne estime que le coût d’adaptation pourrait atteindre 18 milliards d’euros, alors que la BCE évoque une facture comprise entre 4 et 5,8 milliards d’euros.

Les établissements financiers craignent également une diminution des dépôts bancaires si les particuliers transfèrent une partie de leur épargne vers l’euro numérique.

La Banque centrale assure toutefois que des mécanismes de plafonnement permettront d’éviter tout risque pour la stabilité financière.

Un lancement envisagé à l’horizon 2029

Si le cadre législatif est adopté d’ici la fin de l’année, la BCE prévoit une phase pilote dès 2027 avant un éventuel lancement en 2029.

Pour Francfort, l’euro numérique représente à la fois un nouvel instrument de paiement et un outil destiné à renforcer la souveraineté économique et monétaire de l’Europe face aux grands acteurs internationaux du secteur financier.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *