>

Maroc : les jeunes n'ont pas abandonné la politique, ils ont abandonné les partis

28 juin 2026 - 11:43

Les jeunes Marocains ne se détournent pas de la politique. Ils se détournent des partis politiques. C’est la principale conclusion d’un rapport prospectif consacré à « La scène politique et partisane au Maroc à l’horizon 2035 », publié par le Centre africain des études stratégiques et de la transformation numérique.

L’étude remet en question une idée largement répandue selon laquelle la faible participation des jeunes aux élections traduirait un désintérêt croissant pour les affaires publiques. Selon ses auteurs, la réalité est plus complexe : la jeunesse marocaine reste fortement impliquée dans le débat public, mais privilégie désormais des formes d’engagement éloignées des structures politiques traditionnelles.

Le rapport souligne que les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les campagnes citoyennes et les initiatives de la société civile sont devenus les principaux espaces d’expression politique des nouvelles générations. Les jeunes y débattent activement de questions telles que l’éducation, l’emploi, l’environnement, les libertés publiques ou encore la justice sociale, sans pour autant passer par les partis ou les organisations classiques.

Pour les chercheurs, cette évolution traduit moins une crise de la participation qu’une crise de confiance envers les canaux institutionnels existants.

Une fracture entre les partis et la génération numérique

Le rapport estime que les formations politiques n’ont pas su accompagner les profondes mutations sociales et technologiques qu’a connues le Maroc ces dernières années. Les partis continueraient à fonctionner selon des méthodes organisationnelles et des discours jugés peu adaptés aux attentes d’une génération née dans un environnement numérique, habituée à davantage d’interactivité, de rapidité et de transparence.

Selon les auteurs, les jeunes ne rejettent pas la politique en tant que telle. Ils contestent davantage l’efficacité des mécanismes traditionnels de représentation et privilégient des formes d’engagement plus directes, plus horizontales et plus réactives.

Le rapport considère ainsi que la jeunesse constitue aujourd’hui le principal réservoir de renouvellement politique du pays, mais qu’elle demeure largement à l’écart des appareils partisans. Les obstacles évoqués sont nombreux : faiblesse de la démocratie interne, concentration du pouvoir entre les mains des dirigeants historiques, difficultés d’accès aux responsabilités pour les nouvelles générations et renouvellement insuffisant des élites politiques.

Restaurer la confiance

Les auteurs établissent également un lien entre la faible participation électorale des jeunes et l’élargissement du fossé entre les institutions et la nouvelle génération. Selon eux, la reconquête de cette confiance ne pourra se limiter à des appels généraux à la participation électorale.

Elle suppose des réformes profondes permettant aux jeunes de percevoir que leurs idées et leurs votes peuvent réellement influencer les décisions publiques.

Le rapport recommande notamment de moderniser le fonctionnement interne des partis, de favoriser l’émergence de jeunes responsables, de développer des outils numériques de dialogue permanent avec les citoyens et de renforcer les mécanismes de démocratie participative au niveau local.

Enfin, les auteurs rappellent que l’amélioration de la représentation des femmes au Parlement grâce à des mécanismes institutionnels montre qu’un renouvellement des élites politiques est possible. Selon eux, la même logique pourrait être appliquée à la jeunesse, à condition de dépasser les discours d’intention pour engager de véritables réformes organisationnelles.

La conclusion du rapport est sans équivoque : le défi n’est plus de convaincre les jeunes de revenir vers les partis politiques, mais d’amener les partis à se transformer afin de répondre aux attentes d’une génération qui vit, débat et s’engage désormais à l’ère numérique.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *