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Maroc : plus de 10.000 interventions en cinq ans, mais 41 députés n'ont jamais pris la parole

16 juillet 2026 - 09:15

Une vaste enquête fondée sur l’analyse des données parlementaires révèle un paradoxe au sein de la Chambre des représentants : alors que les séances hebdomadaires de questions orales ont enregistré une activité record au cours de la législature 2021-2026, 41 députés n’ont prononcé aucune intervention pendant cinq ans.

L’investigation, réalisée à partir de l’examen de 123 séances hebdomadaires tenues entre octobre 2021 et juin 2026, met en lumière les déséquilibres qui caractérisent la prise de parole au Parlement marocain. Au total, 10.164 interventions – questions orales, répliques, rappels au règlement et déclarations sur des sujets d’actualité – ont été recensées.

Un député sur dix est resté silencieux

L’un des principaux enseignements de cette analyse est que 41 députés, soit 10,4 % des membres de la Chambre des représentants, n’ont formulé ni question, ni intervention, ni rappel au règlement durant toute la législature. La très grande majorité appartient aux partis de la coalition gouvernementale.

À l’inverse, une poignée de parlementaires concentre une part importante des interventions. Les dix députés les plus actifs totalisent à eux seuls 1.068 prises de parole, soit 10,5 % de l’ensemble des interventions enregistrées au cours des cinq dernières années.

Davantage de débats… mais une parole concentrée

Comparée à la précédente législature, l’activité parlementaire a nettement progressé.

Le nombre de séances hebdomadaires est passé de 110 à 123, tandis que le volume total des interventions a augmenté de 42,7 %. Les questions orales ont progressé de près de 59 %, les répliques de 32,6 % et les rappels au règlement ont plus que doublé, avec une hausse de 136,4 %.

Cette intensification ne signifie toutefois pas une meilleure répartition de la parole. L’enquête souligne que l’activité reste fortement concentrée entre un nombre limité d’élus, alors qu’une partie importante des députés demeure très peu visible dans les débats publics.

Les rappels au règlement de plus en plus détournés

Autre constat marquant : sur 688 rappels au règlement recensés, 239, soit 34,7 %, ne relevaient pas réellement de cette procédure parlementaire. Au lieu de porter sur l’application du règlement intérieur ou l’organisation des débats, ils ont souvent servi à répondre aux adversaires politiques, exprimer des positions partisanes ou adresser des félicitations.

L’opposition apparaît comme la principale utilisatrice de cet outil, transformé dans de nombreux cas en moyen d’obtenir la parole en dehors des interventions prévues à l’ordre du jour.

Les secteurs les plus interpellés

Les députés ont principalement interrogé le gouvernement sur les politiques directement liées au quotidien des citoyens.

Les ministères de l’Équipement et de l’Eau, de l’Agriculture, de l’Éducation nationale, de la Santé et de l’Enseignement supérieur figurent parmi les départements ayant reçu le plus grand nombre de questions et de répliques durant la législature.

À l’inverse, les Affaires étrangères, la Pêche maritime ou encore les Relations avec le Parlement comptent parmi les secteurs les moins sollicités.

Plus de quantité, mais quelle efficacité ?

Au-delà des statistiques, cette enquête pose une question plus fondamentale : une augmentation du nombre d’interventions améliore-t-elle réellement le contrôle de l’action gouvernementale ?

Si les chiffres témoignent d’un Parlement plus actif et plus prolixe que lors de la précédente législature, ils mettent également en évidence une forte concentration de la parole, un recours croissant aux rappels au règlement à des fins politiques et une faible participation d’une partie des élus.

L’analyse conclut que les données quantitatives, aussi révélatrices soient-elles, ne permettent pas à elles seules de mesurer l’impact réel du travail parlementaire sur les politiques publiques ou sur la vie quotidienne des citoyens.

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