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Zapatero nie toute influence dans l'affaire Plus Ultra et ne précise pas l'origine des bijoux : les points clés

24 juillet 2026 - 11:31

José Luis Rodríguez Zapatero s’est exprimé pour la première fois devant les médias depuis sa mise en examen dans l’affaire Plus Ultra, soixante-cinq jours après l’ouverture de l’enquête. L’ancien président du gouvernement espagnol a nié toute implication dans le sauvetage public de la compagnie aérienne et a qualifié de « cadeau de courtoisie » les bijoux découverts dans son bureau, estimés à 1,3 million d’euros, sans en préciser l’origine ni l’identité de leur donateur. Cette intervention n’a apporté aucun élément nouveau susceptible d’étayer sa version des faits et a suscité de nombreuses critiques au sein de la classe politique.

José Luis Rodríguez Zapatero a accordé une interview à la Télévision espagnole (TVE), soixante-cinq jours après sa mise en examen dans l’affaire Plus Ultra pour un présumé trafic d’influence. L’ancien chef du gouvernement s’est borné à contester les éléments retenus contre lui par le juge de l’Audience nationale José Luis Calama, ainsi que les déclarations de son ami et supposé prête-nom, Julio Martínez Martínez, sans fournir de nouvelles preuves à l’appui de son innocence. Cette prise de parole est intervenue quarante-huit heures après la déposition de Martínez Martínez devant le juge, au cours de laquelle celui-ci a affirmé que Zapatero était la personne qui « dictait la marche à suivre » dans le dossier du sauvetage de la compagnie aérienne.

1. Ce qu’a déclaré Zapatero sur le sauvetage de Plus Ultra

Interrogé par le journaliste Javier Ruiz, Zapatero a répété ce qu’il avait déjà affirmé devant le juge : il n’a joué aucun rôle dans le sauvetage public de 53 millions d’euros accordé à Plus Ultra pendant la pandémie.

« Je n’ai parlé à personne, ni à la Société d’État des participations industrielles (SEPI), ni au gouvernement, ni à aucune autorité publique au sujet du sauvetage de Plus Ultra », a-t-il déclaré.

L’ancien président a également nié avoir informé à l’avance Julio Martínez Martínez de la décision du Conseil des ministres, contrairement à ce que ce dernier affirme devant la justice, ajoutant qu’il ignorait même « ce que le conseil de la SEPI allait décider ».

Le seul contact reconnu par Zapatero concerne un appel adressé à Juan Manuel Cendoya, alors vice-président de Banco Santander, afin qu’il reçoive des dirigeants de Plus Ultra à la recherche d’un crédit de l’Institut de crédit officiel (ICO). Selon lui, il s’est limité à « faciliter un contact » et rejette toute qualification de trafic d’influence : « Va-t-on devenir fou au point de considérer que téléphoner à quelqu’un ou le rencontrer constitue une influence ? », a-t-il déclaré.

Il a également nié avoir contacté l’ancien ministre de la Sécurité sociale José Luis Escrivá afin d’accélérer le sauvetage de la compagnie.

2. L’origine des bijoux reste inexpliquée

Concernant les bijoux découverts dans le coffre-fort de son bureau lors de la perquisition du 19 mai, estimés par expertise à 1,3 million d’euros, Zapatero est resté très évasif.

Il les a simplement décrits comme un « cadeau de courtoisie personnelle reçu il y a de nombreuses années », sans préciser ni l’identité du donateur, ni la date de remise, ni le pays d’origine.

« Ils n’avaient ni usage ni destination. Nous n’avons jamais pensé à eux ni à la valeur qui leur est aujourd’hui attribuée », a-t-il déclaré, assurant qu’il ne s’agissait pas d’un patrimoine recherché.

Invité à confirmer si ces bijoux provenaient d’Arabie saoudite, comme cela avait été évoqué par son entourage quelques semaines plus tôt, l’ancien président a refusé de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

Il a néanmoins reconnu que leur acceptation avait peut-être constitué « une erreur » et qu’avec le recul il aurait « probablement pris une autre décision ».

Les bijoux sont actuellement conservés par l’Unité de lutte contre la délinquance économique et fiscale (UDEF) de la police espagnole. Zapatero s’est engagé à expliquer leur provenance devant le juge, alors qu’un délai de dix jours qui lui avait été accordé à cette fin est arrivé à expiration sans qu’il fournisse les informations demandées.

3. Ses filles, What The Fav et la société offshore

L’ancien chef du gouvernement a également défendu l’activité de l’entreprise de ses filles, Alba et Laura, également mises en examen dans cette affaire.

La société What The Fav percevait, selon l’enquête, 3.000 euros par mois pour la mise en page des rapports que Zapatero réalisait comme consultant pour la société Análisis Relevante.

Les enquêteurs soupçonnent que ces paiements aient servi à transférer des fonds au bénéfice de l’ancien président sous couvert de prestations fictives.

Zapatero a rejeté cette hypothèse avec vigueur : « Il ne manquerait plus que mes filles aient servi de prête-noms. Enfin, voyons. »

Il a également nié avoir participé à la création d’une société écran à Dubaï destinée à canaliser des commissions hors du contrôle de l’administration fiscale.

« Dire que j’ai donné des instructions pour créer une société offshore revient à dire que je veux aller sur la Lune », a-t-il affirmé.

Concernant le déjeuner au restaurant Portonovo, au cours duquel cette société aurait, selon les enquêteurs, été décidée, Zapatero a reconnu que le repas avait bien eu lieu, mais a qualifié d’« interprétation insolite » l’idée selon laquelle cette réunion aurait servi à mettre en place une société écran.

4. Les implications juridiques

Selon plusieurs spécialistes interrogés par les médias espagnols, les éventuelles infractions fiscales liées aux bijoux pourraient être prescrites, dans la mesure où le cadeau remonterait à 2007.

Le magistrat Joaquim Bosch évoque trois hypothèses : soit Zapatero produit des documents permettant d’établir l’origine des bijoux, soit le juge parvient à la démontrer par ses propres investigations, soit cette origine ne peut être établie, auquel cas l’interprétation la plus favorable à l’intéressé serait celle de la prescription.

Le professeur de droit pénal Manuel Cancio estime que si Zapatero démontre que les bijoux sont anciens mais reconnaît ne pas les avoir déclarés au fisc, il admettrait alors un délit fiscal devenu juridiquement prescrit.

Le juge instructeur considère par ailleurs que le réseau dans lequel Zapatero est soupçonné d’avoir participé pourrait relever de plusieurs infractions : organisation criminelle, détournement de fonds, faux documentaire, blanchiment de capitaux, contrebande et fraude fiscale.

Concernant le trafic d’influence, le Code pénal espagnol précise qu’il n’est pas nécessaire que l’influence ait effectivement produit un résultat : le simple fait de proposer ou d’accepter d’exercer une influence en contrepartie d’un avantage peut suffire à constituer l’infraction.

Le secrétaire général du Syndicat des techniciens du ministère des Finances, José María Mollinedo, rappelle que les délits fiscaux se prescrivent après cinq ans, ou dix ans lorsqu’ils concernent une fraude aggravée supérieure à 600.000 euros.

5. Réactions politiques : soutien du PSOE, critiques de l’opposition

Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a réaffirmé son soutien à l’ancien président, indiquant respecter « pleinement » la procédure judiciaire et estimant que Zapatero avait souhaité « s’adresser aux citoyens pour fournir des explications publiques et réaffirmer son innocence ».

Le président du Parti populaire (PP), Alberto Núñez Feijóo, a dénoncé une intervention qu’il a qualifiée de « mascarade », estimant que Zapatero « n’a répondu à aucune question » et n’a même pas défendu ses filles.

La porte-parole du PP, Ester Muñoz, a estimé que le gouvernement avait besoin que Zapatero défende son innocence « parce que défendre son innocence, c’est défendre celle de Pedro Sánchez ».

Vox est allé plus loin en reliant cette affaire à ce qu’il qualifie d’« Espagne anormale ». Sa porte-parole parlementaire, Pepa Millán, a affirmé que ce dossier n’aurait pas été possible « sans l’intervention du Conseil des ministres et sans la médiation, le consentement ou la tolérance de Pedro Sánchez ».

Du côté de Sumar, la députée Tesh Sidi a regretté le manque de précisions concernant les bijoux. Gabriel Rufián, porte-parole d’ERC, a estimé que Zapatero avait fourni « peu ou pas d’explications », malgré les bonnes relations personnelles qu’il entretient avec lui.

Enfin, le Parti nationaliste basque (PNV), par la voix de sa porte-parole Maribel Vaquero, a jugé que l’ancien président « n’a rien clarifié » des interrogations soulevées dans l’opinion publique, estimant que seule la tenue du procès permettra d’apporter des réponses.

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