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Le journaliste péruvien Ricardo Sánchez Serra : « Le Maroc n'est ni le gendarme ni le concierge de l'Europe »

06 août 2026 - 12:51

Ricardo Sánchez Serra

Une lecture latino-américaine de la crise de Ceuta qui invite à dépasser les récits simplificateurs

Dans une tribune consacrée à la récente crise migratoire de Ceuta, le journaliste et analyste péruvien Ricardo Sánchez Serra appelle à une lecture plus équilibrée des événements, estimant que la plupart des analyses diffusées en Amérique latine reposent sur une vision largement construite depuis la rive nord de la Méditerranée.

Sous le titre « Ceuta : au-delà des gros titres », l’auteur affirme que la crise « ne peut être comprise qu’en analysant les faits et non les préjugés », plaidant pour une approche fondée sur les informations officielles publiées aussi bien par les autorités espagnoles que marocaines.

« L’immigration clandestine ne peut plus être réduite à une simple question de frontières »

Pour Ricardo Sánchez Serra, les événements survenus à Ceuta illustrent une réalité devenue beaucoup plus complexe que le simple contrôle des frontières.

« L’immigration irrégulière ne peut plus être comprise uniquement comme un problème de surveillance frontalière. »

Selon lui, plusieurs facteurs s’entrecroisent : décisions judiciaires, politiques migratoires, action des réseaux criminels spécialisés dans le trafic d’êtres humains, influence des réseaux sociaux, coopération internationale et politiques de développement.

L’auteur rappelle également qu’une décision judiciaire rendue en Espagne début juillet aurait modifié le traitement de certains migrants arrivés par voie maritime, un changement qui, selon lui, a alimenté le débat sur l’efficacité du dispositif dissuasif mis en place aux frontières.

Les réseaux sociaux au cœur de la mobilisation

L’analyse souligne aussi le rôle joué par les plateformes numériques.

S’appuyant sur des informations publiées par plusieurs médias espagnols, Ricardo Sánchez Serra indique que les services de renseignement auraient identifié une intense activité sur WhatsApp, Facebook et TikTok, où circulaient des appels encourageant des départs massifs vers Ceuta.

Selon ces informations, une partie de ces contenus provenait de comptes ou de serveurs situés en dehors du Maroc, ce qui illustrerait, selon lui, la capacité des réseaux de trafic à exploiter rapidement tout changement juridique ou politique.

Le Maroc, partenaire stratégique de la sécurité méditerranéenne

Le journaliste péruvien reprend également les arguments avancés par Rabat concernant le rôle joué par le Royaume dans la gestion des flux migratoires.

Il rappelle que, selon les autorités marocaines, le pays a empêché plus de 360 000 tentatives d’immigration irrégulière au cours des cinq dernières années, démantelé 632 réseaux de trafic de migrants et mené plus de 32 000 opérations de sauvetage en mer.

Ces chiffres, écrit-il, permettent de mesurer l’ampleur de la contribution marocaine à la stabilité de la route migratoire occidentale.

L’auteur cite également une formule devenue emblématique dans le discours officiel marocain :

« Le Maroc n’est ni le gendarme ni le concierge de l’Europe. »

Selon lui, cette déclaration traduit une idée simple : la gestion des migrations constitue une responsabilité partagée entre les deux rives de la Méditerranée et ne peut reposer exclusivement sur le Royaume.

Le développement plutôt que la seule réponse sécuritaire

Ricardo Sánchez Serra estime également que Rabat défend une approche plus globale du phénomène migratoire.

« Le développement économique constitue l’instrument le plus efficace pour réduire l’émigration irrégulière. »

L’auteur rappelle les investissements réalisés au cours des vingt-cinq dernières années dans les infrastructures, les provinces du Nord, les zones industrielles ou encore les grands projets économiques, présentés comme des leviers destinés à offrir davantage de perspectives à la jeunesse marocaine.

Il évoque aussi les témoignages de migrants ayant choisi de retourner volontairement au Maroc après avoir découvert que la réalité à Ceuta ne correspondait pas à l’image idéalisée diffusée par les réseaux de passeurs.

Une coopération indispensable entre le Maroc et l’Union européenne

En conclusion, le journaliste estime que la crise de Ceuta dépasse largement le cadre d’un différend bilatéral entre Rabat et Madrid.

« L’immigration irrégulière n’admet pas de solutions unilatérales. »

Selon Ricardo Sánchez Serra, lorsque la coordination entre États s’affaiblit ou que les règles évoluent sans concertation, ce sont avant tout les organisations criminelles qui profitent de la situation.

Pour l’auteur, la stabilité de la frontière occidentale de la Méditerranée dépend d’une coopération durable, fondée sur la confiance, la coresponsabilité et la reconnaissance du rôle stratégique joué par le Maroc dans la gestion des flux migratoires entre l’Afrique et l’Europe.

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