La République démocratique du Congo fait face à la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée. Plus de 4.050 contaminations et 1.850 décès ont été recensés dans cinq provinces, tandis que l’insécurité et l’absence de vaccin homologué contre la souche en circulation compliquent la riposte.
L’épidémie d’Ebola continue de progresser rapidement en République démocratique du Congo (RDC). Selon les dernières données gouvernementales rapportées vendredi par Reuters, le pays comptabilise désormais 4.053 infections confirmées et 1.850 décès, soit une létalité proche de 46%.
Les contaminations concernent cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo. L’Ituri demeure de loin l’épicentre de la crise, concentrant près de 90% des cas recensés.
Par son ampleur, cette flambée est devenue la plus importante jamais connue en RDC et la deuxième à l’échelle mondiale, derrière l’épidémie qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.
Une circulation probablement antérieure à l’alerte
L’épidémie n’a été officiellement déclarée que le 15 mai, mais les experts estiment que le virus circulait vraisemblablement depuis janvier. Plus de 500 cas suspects auraient été signalés entre la mi-janvier et le déclenchement officiel de l’alerte.
Ce retard a permis à plusieurs chaînes de transmission de se développer avant la mise en place d’un dispositif sanitaire adapté. Le bilan réel pourrait donc être supérieur aux chiffres actuellement confirmés.
Au 4 août, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et Africa CDC faisaient encore état de 3.973 cas et 1.801 décès. Les deux organisations avaient également constaté que seuls 75% des contacts identifiés étaient effectivement suivis, contre un objectif opérationnel d’au moins 95%. Dans le Nord-Kivu, le taux d’occupation des centres de traitement avait atteint 139%, révélant une forte saturation des capacités d’accueil. OMS et Africa CDC
Une souche sans vaccin homologué
Cette épidémie est provoquée par le virus Ebola de type Bundibugyo. Contrairement à la souche Zaïre, il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement spécifique homologué contre cette variante, même si plusieurs essais cliniques sont en cours.
La riposte repose principalement sur le dépistage rapide, l’isolement des malades, les soins de soutien, le suivi des contacts et la sécurisation des pratiques funéraires. L’insécurité persistante dans l’est congolais, les déplacements de population, la difficulté d’accès à certaines zones et les pénuries de matériel médical ralentissent toutefois les opérations.
L’OMS rappelle qu’Ebola se transmet par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne malade ou décédée, ainsi que par des objets contaminés. Une personne infectée ne transmet pas le virus avant l’apparition des symptômes. Fiche d’information de l’OMS
Surveillance africaine, sans alarmisme
Pour le Maroc, cette évolution appelle avant tout une attention soutenue dans le cadre de la veille sanitaire africaine et internationale. Elle ne justifie pas, à elle seule, de conclure à une menace imminente sur le territoire national.
L’OMS déconseille d’ailleurs les restrictions inutiles aux voyages et aux échanges commerciaux. Elle préconise plutôt le renforcement de la surveillance, des capacités de diagnostic et de la coordination entre les pays africains afin de détecter rapidement tout cas importé.
Au-delà de la situation congolaise, cette crise met une nouvelle fois en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés plusieurs systèmes sanitaires africains lorsque les épidémies se développent dans des régions marquées par les conflits, les déplacements de population et le manque de ressources.