L’Iran refuse de reprendre les négociations avec les États-Unis tant que les engagements conclus en juin ne seront pas respectés. Un éventuel accord maritime avec Oman ne signifierait pas, prévient Téhéran, le rétablissement normal de la navigation.
Téhéran entend traiter la reprise du dialogue avec Washington et l’avenir du détroit d’Ormuz comme les deux volets d’un même rapport de force. Les autorités iraniennes affirment qu’aucune négociation formelle n’est en cours et excluent toute réouverture complète de cette route stratégique sans changement préalable de la politique américaine.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a reconnu l’existence d’échanges par l’intermédiaire de pays médiateurs. Il a cependant insisté sur le fait que ces démarches ne constituaient pas des négociations.
Pour la diplomatie iranienne, le retour à la table des discussions reste conditionné à la fin des violations que Téhéran attribue aux États-Unis dans l’application du mémorandum conclu en juin. Washington devrait également, selon Araghchi, réparer les manquements reprochés par la partie iranienne.
Cet arrangement avait permis l’instauration d’un cessez-le-feu temporaire et une reprise partielle du passage des navires par Ormuz. La reprise des hostilités au début du mois de juillet a toutefois interrompu cette dynamique.
Des demandes militaires et économiques
Mohammad Baqer Zolqadr, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a présenté une série de conditions beaucoup plus larges pour envisager la levée du blocage du détroit.
L’Iran demande notamment l’arrêt définitif des opérations militaires américaines contre son territoire et ses alliés, la fin du blocus imposé à ses ports ainsi que la levée des sanctions. Téhéran réclame également la restitution de ses avoirs gelés et une indemnisation intégrale pour les destructions provoquées depuis le déclenchement, le 28 février, de l’offensive américano-israélienne.
Ces exigences montrent que la question d’Ormuz dépasse désormais la seule sécurité maritime. La République islamique cherche à utiliser le contrôle de ce passage comme levier dans son bras de fer militaire, diplomatique et économique avec Washington.
Un arrangement avec Oman, mais pas une réouverture
Parallèlement, l’Iran discute avec Oman de nouvelles modalités de navigation. Abbas Araghchi estime que ces consultations techniques approchent de leur conclusion, même si certains détails restent à régler.
Le ministre a néanmoins pris soin de dissocier cet arrangement d’une véritable réouverture du détroit. Le mécanisme négocié avec Mascate pourrait faciliter le passage de certains navires selon un itinéraire déterminé, sans rétablir pour autant la libre circulation qui prévalait avant le conflit.
Les Gardiens de la Révolution défendent la même lecture: les discussions avec Oman portent sur l’organisation du trafic, tandis que la normalisation d’Ormuz dépendrait de l’acceptation des conditions iraniennes par les États-Unis.
Le risque pesant sur les navires demeure élevé. Les Émirats arabes unis ont condamné samedi ce qu’ils présentent comme une attaque iranienne au missile contre un pétrolier appartenant à la compagnie ADNOC. L’incident n’a fait aucune victime. L’agence britannique UKMTO a de son côté signalé qu’un navire avait été touché par un projectile au large d’Oman, provoquant un incendie rapidement maîtrisé. À ce stade, rien ne permet d’établir avec certitude qu’il s’agit du même bâtiment.
Entre médiation indirecte, négociation technique et exigences politiques, Téhéran maintient donc la pression. Toute prolongation des restrictions dans le détroit risque d’alourdir les coûts du transport et de raviver les tensions sur les marchés énergétiques, avec des répercussions particulières pour les économies importatrices.