Le chef des Gardiens de la Révolution, Ahmad Vahidi, a affirmé samedi que les forces iraniennes avaient mis l’armée américaine «à genoux», alors que Téhéran et Washington se livrent une bataille militaire autant qu’une guerre des récits autour du détroit d’Ormuz.
S’appuyant sur leur foi et sur des opérations offensives et défensives menées sous un feu intense, les forces iraniennes auraient réussi, selon Vahidi, à faire plier «l’armée la plus armée de l’histoire du monde». Ses propos ont été relayés par Tasnim, une agence proche des Gardiens de la Révolution.
Cette proclamation intervient au moment où les deux adversaires assurent contrôler le détroit d’Ormuz. La circulation maritime y est fortement réduite, mais le passage n’est pas totalement fermé. Quelques navires continuent de l’emprunter, tandis qu’une grande partie du trafic commercial évite désormais la zone en raison des attaques, des interceptions et du danger posé par les mines.
Plus de 130 bâtiments traversaient quotidiennement cette route avant le déclenchement de la guerre. Ils ne sont plus que quelques-uns certains jours, une chute qui fragilise les approvisionnements, augmente les coûts du transport et entretient les tensions sur les marchés de l’énergie.
Une souveraineté revendiquée de part et d’autre
Le conflit a débuté le 28 février par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Près de six mois plus tard, les combats, une trêve avortée et les tentatives de médiation n’ont permis à aucun camp d’imposer une issue politique durable.
Téhéran affirme décider quels navires peuvent franchir Ormuz. Washington maintient de son côté un blocus visant les ports et les bâtiments iraniens, tout en assurant ne pas entraver le passage des navires neutres qui ne se dirigent pas vers l’Iran.
Ces capacités militaires ne confèrent cependant à aucun des deux pays une souveraineté exclusive sur le détroit. Situé entre les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman, Ormuz est une voie internationale indispensable au transport du pétrole et du gaz.
Donald Trump a encore durci la confrontation verbale en déclarant vouloir faire du détroit un «territoire des États-Unis» après avoir «vaincu l’Iran». Une telle proclamation n’aurait aucun effet juridique automatique : les États-Unis ne peuvent annexer unilatéralement une route maritime bordée par deux États souverains.
Les forces iraniennes ont qualifié de «mensonges» les affirmations américaines sur le contrôle du passage. Dans les faits, l’Iran conserve une importante capacité de nuisance contre la navigation, tandis que les États-Unis disposent d’une supériorité navale et aérienne considérable.
Le passé judiciaire de Vahidi
Ahmad Vahidi dirige les Gardiens de la Révolution depuis mars, après la mort de son prédécesseur lors des premières frappes américano-israéliennes. Ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur, il a également commandé la Force Al-Qods, chargée des opérations extérieures de l’organisation.
Il est recherché par la justice argentine pour son implication présumée dans l’attentat contre le siège de l’Association mutuelle israélite argentine, qui avait fait 85 morts à Buenos Aires en 1994.
À la demande de l’Argentine, Interpol a publié en 2007 une notice rouge à son encontre. Celle-ci demande aux services de police de le localiser en vue d’une éventuelle arrestation provisoire. Elle ne constitue toutefois ni une condamnation ni un mandat d’arrêt international directement exécutoire.
La résistance érigée en victoire
Le message du commandant iranien s’adresse aussi à l’opinion intérieure. Après plusieurs mois de guerre, de sanctions et de difficultés économiques, le pouvoir présente sa survie et la poursuite de ses opérations comme la preuve qu’il a vaincu une force militairement supérieure.
Washington développe un récit inverse. Trump affirme avoir défait l’Iran, alors que Téhéran continue de menacer le trafic maritime et exige la levée des sanctions, la fin du blocus et le dégel de ses avoirs avant toute normalisation.
La formule de Vahidi ne décrit donc pas un résultat militaire établi. Elle illustre la stratégie de communication d’un pouvoir qui transforme sa capacité à résister en victoire politique.
Derrière ces déclarations triomphales, le bilan est moins glorieux : la navigation reste dangereuse, les économies importatrices d’énergie sont exposées et aucune des deux puissances n’a encore réussi à contraindre l’autre à accepter ses conditions.