Baptisé « Bouclier d’Achille », le futur réseau grec combinera plusieurs technologies israéliennes pour contrer avions, drones et missiles à différentes altitudes.
Israël et la Grèce ont signé lundi un contrat d’environ trois milliards d’euros portant sur la construction d’un réseau intégré de défense aérienne grec. Baptisé « Bouclier d’Achille », le programme doit permettre à Athènes de moderniser en profondeur la protection de son espace aérien.
Le ministère israélien de la Défense présente cette opération comme la plus importante exportation militaire jamais conclue entre les deux pays et comme l’une des plus grandes de l’histoire d’Israël.
Le Bouclier d’Achille ne sera pas une batterie antimissile unique, mais une architecture multicouche réunissant radars, systèmes d’interception et moyens de commandement. Cette configuration doit permettre d’adapter la réponse à la nature, à la portée et à l’altitude de chaque menace.
Le dispositif comprendra notamment la Fronde de David — David’s Sling —, conçue pour intercepter des roquettes lourdes et des missiles à moyenne et longue portée. Il intégrera aussi le Barak MX, développé par Israel Aerospace Industries, ainsi que le Spyder, système mobile de courte et moyenne portée destiné notamment à neutraliser des avions, des drones et certaines catégories de missiles.
L’accord consacre le renforcement du partenariat militaire entre Athènes et Tel-Aviv. Pour la Grèce, il s’inscrit dans un vaste programme de modernisation des forces armées et répond à la multiplication des menaces aériennes, balistiques et liées aux drones.
Sa portée dépasse toutefois le seul renouvellement des équipements grecs. Le déploiement d’un réseau antimissile aussi développé modifie les équilibres stratégiques en Méditerranée orientale, région déjà marquée par les rivalités territoriales, énergétiques et militaires entre la Grèce et la Turquie.
Athènes ne présente pas officiellement le Bouclier d’Achille comme un dispositif dirigé contre Ankara. Sa capacité à protéger les îles, les infrastructures militaires et les installations stratégiques grecques contre des drones et des missiles sera néanmoins suivie avec attention par la Turquie.
Le contrat comporte également un volet industriel important. Environ 25 % de sa valeur devrait bénéficier aux entreprises grecques, soit près de 700 millions d’euros, à travers la sous-traitance, la coproduction et des transferts technologiques. Le réseau devrait devenir pleinement opérationnel dans un délai d’environ 35 mois.
Pour Israël, l’accord confirme le poids croissant de son industrie militaire sur le marché européen. Il démontre aussi que les partenariats sécuritaires et les contrats d’armement continuent de se développer malgré les critiques internationales visant le gouvernement israélien en raison de la guerre à Gaza.
Avec le Bouclier d’Achille, la Grèce ne se contente donc pas d’acheter plusieurs systèmes d’interception. Elle se dote d’une nouvelle architecture de défense susceptible de devenir l’un des principaux piliers de sa stratégie militaire et de peser durablement sur les rapports de force en Méditerranée orientale.