La participation du ministre russe des Finances, Anton Siluanov, à la réunion organisée par Washington a provoqué la colère de plusieurs responsables européens. Les États-Unis excluent tout allègement économique avant la fin de la guerre, mais l’Union européenne redoute une normalisation progressive des relations avec Moscou.
La présence inattendue du ministre russe des Finances, Anton Siluanov, à la réunion du G20 organisée à Asheville, en Caroline du Nord, a révélé une nouvelle divergence entre Washington et ses partenaires européens sur l’attitude à adopter face à Moscou.
Il s’agissait de la première participation physique de Siluanov à une réunion ministérielle du G20 depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. La Russie n’a jamais été formellement exclue du forum, mais ses représentants y étaient politiquement isolés et leur participation avait été fortement limitée au cours des dernières années.
Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a jugé cette présence inappropriée. Il a estimé que le moment n’était pas venu de « normaliser » les relations avec la Russie alors que la guerre se poursuit et que les attaques contre les civils ukrainiens se multiplient.
Le vice-chancelier et ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a également dénoncé le signal envoyé par Washington. Il a regretté que le ministre russe ait pu être reçu comme un participant ordinaire, malgré l’intensification des frappes menées par Moscou.
Le malaise européen s’est prolongé jusque dans la mise en scène diplomatique de la rencontre. Plusieurs responsables ont refusé d’apparaître aux côtés de Siluanov sur la traditionnelle photo de famille, finalement organisée sans le ministre russe.
Dans le même temps, le ministre ukrainien des Finances est intervenu à distance lors d’une réunion des membres du G7 consacrée au soutien financier à Kiev.
Anton Siluanov a néanmoins rencontré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. Selon des sources informées du contenu des discussions, le responsable américain lui a signifié qu’aucun accord ni allègement économique en faveur de la Russie ne serait possible tant que la guerre en Ukraine se poursuivrait.
Washington ne remet donc pas officiellement en cause le régime de sanctions. Mais en rétablissant un dialogue direct avec un haut responsable russe, l’administration américaine adopte une approche plus transactionnelle que celle défendue par les Européens.
Pour l’UE, le problème réside moins dans la tenue d’une conversation que dans le symbole politique créé par le retour de Moscou autour de la table. Les capitales européennes craignent que cette réintégration procédurale n’installe progressivement l’idée d’un retour à la normale sans modification substantielle de la politique russe en Ukraine.
La controverse a éclipsé une partie de l’agenda économique du G20, qui devait notamment porter sur la croissance mondiale, l’endettement, les déséquilibres commerciaux et les capacités industrielles excédentaires de la Chine.
La réunion se déroule également sur fond de guerre entre les États-Unis et Israël et l’Iran, de tensions tarifaires provoquées par Donald Trump et de désaccords persistants entre Washington et plusieurs de ses alliés. L’absence de l’Afrique du Sud et les restrictions imposées à certains médias américains ont encore alourdi le climat.
L’épisode illustre les difficultés croissantes du G20 à dépasser les conflits géopolitiques pour parvenir à des compromis économiques. Le forum, créé pour coordonner les principales puissances mondiales, devient lui-même le miroir de leurs divisions.