Le cabinet spécialisé dans l’analyse des sources ouvertes estime que les réseaux numériques mobilisés avant les entrées massives à Sebta occupée restent actifs. Il envisage un déplacement vers d’autres itinéraires en septembre, sans toutefois identifier de convocation précise ni les responsables de ces réseaux.
Les appels diffusés sur les réseaux sociaux avant les événements des 30 et 31 juillet à Sebta occupée pourraient réapparaître au cours du mois de septembre. C’est l’hypothèse avancée par Golden Owl, une entreprise technologique spécialisée dans l’analyse des informations accessibles en ligne.
Dans une nouvelle note, le cabinet estime que le maintien d’un important dispositif sécuritaire marocain autour de Fnideq réduit les possibilités de reproduire, au même endroit, les mouvements observés à la fin du mois de juillet. Cette situation pourrait, selon lui, pousser les diffuseurs de ces appels à s’intéresser à d’autres itinéraires, notamment Melilla occupée ou les Canaries.
Il ne s’agit cependant pas d’une alerte officielle ni de renseignements établissant l’existence d’une opération en préparation. Golden Owl produit une projection à partir de l’activité observée sur les plateformes numériques. L’entreprise ne fait état d’aucune convocation précise visant actuellement Melilla ou l’archipel espagnol.
Des réseaux toujours actifs, mais sans direction identifiée
Golden Owl avait étudié la circulation des messages ayant précédé le déplacement de milliers de personnes vers la frontière de Sebta. Cette mobilisation avait notamment été alimentée par une interprétation erronée d’une décision du Tribunal suprême espagnol.
Des publications diffusées en ligne affirmaient que l’Espagne ne pouvait plus reconduire vers le Maroc les personnes ayant rejoint Sebta à la nage. Cette information, présentée comme une ouverture de la frontière, avait été largement relayée auprès de jeunes Marocains.
Selon les données espagnoles, plus de 70.000 personnes seraient entrées à Sebta les 30 et 31 juillet. La rapidité de la mobilisation avait alors mis en évidence le rôle des réseaux sociaux dans la transformation d’une rumeur en mouvement collectif de grande ampleur.
Une deuxième tentative annoncée pour le 15 août n’avait toutefois pas connu le même résultat. Les autorités marocaines avaient déployé des forces importantes autour de Fnideq, établi des contrôles routiers et empêché plusieurs groupes de rejoindre la zone frontalière.
Golden Owl considère aujourd’hui que les canaux ayant servi à diffuser ces appels n’ont pas disparu. Leur maintien ne permet toutefois pas de savoir qui les administre ni s’ils obéissent à une direction commune. Aucun élément public ne permet, à ce stade, d’attribuer cette infrastructure numérique à un État, à une organisation ou à un réseau déterminé.
Trois dates placées sous surveillance
L’entreprise identifie trois échéances susceptibles de favoriser une nouvelle intensification des publications : les rassemblements organisés ce mercredi à l’occasion de la « Journée de Ceuta », la comparution de Pedro Sánchez devant le Congrès espagnol le 3 septembre et le déplacement à Bruxelles, le 8 septembre, du président de la ville occupée, Juan Jesús Vivas.
Ces rendez-vous sont politiquement sensibles en Espagne. Ils peuvent accroître la visibilité médiatique de la crise et favoriser la diffusion de nouveaux contenus, sans signifier nécessairement qu’une tentative migratoire est organisée.
Les manifestations de ce mercredi doivent notamment être marquées par la présence, à Madrid, du président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, et du dirigeant de Vox, Santiago Abascal. La crise de Sebta occupe désormais une place centrale dans l’affrontement entre le gouvernement espagnol et l’opposition de droite.
Melilla et les Canaries, deux scénarios différents
Le rapport présente Melilla occupée comme une possible alternative en raison de sa frontière terrestre avec le Maroc. La concentration de personnes à proximité de cette frontière pourrait théoriquement reproduire certains aspects des événements de Sebta.
Le scénario des Canaries répond à une logique différente. Il suppose le recours à des traversées maritimes longues et dangereuses, relevant de routes migratoires déjà anciennes vers l’archipel. Présenter Melilla et les Canaries comme deux options équivalentes serait donc réducteur : les moyens nécessaires, les profils des migrants et les risques humains ne sont pas les mêmes.
L’analyse de Golden Owl évoque des possibilités, mais ne fournit pas d’éléments montrant qu’un transfert effectif des appels vers l’un de ces deux espaces a déjà commencé.
Des discours de plus en plus polarisés
Le cabinet relève également une progression des publications espagnoles utilisant l’expression « Ceuta occupée », ainsi qu’une forte mobilisation émotionnelle autour de la présence de mineurs et de migrants sans hébergement.
Parallèlement, certains réseaux liés à l’extrême droite espagnole auraient évolué du commentaire politique vers des appels à la mobilisation dans la rue. Golden Owl dit avoir détecté des messages approuvant les agressions ou les violences visant des campements de migrants.
Cette évolution représente un risque distinct de celui des passages frontaliers. Les tensions suscitées par la crise pourraient aussi produire des affrontements internes, des agressions racistes et une instrumentalisation politique de la présence migrante.
L’entreprise classe par ailleurs le Maroc, la Russie, la Chine et l’extrême droite parmi les acteurs ayant tiré un « bénéfice narratif » de la crise. Une telle catégorisation relève toutefois de l’interprétation. Profiter politiquement ou médiatiquement d’un événement ne démontre ni une participation à son organisation ni une coordination entre les acteurs cités.
Le Maroc a, de son côté, renforcé ses contrôles autour de Fnideq et contribué au retour d’une grande partie des personnes entrées à Sebta. Ces éléments doivent être pris en considération pour apprécier le rôle de Rabat, sans éluder les interrogations sur les premières heures de la crise.
La note de Golden Owl signale donc un risque à surveiller plutôt qu’une nouvelle mobilisation déjà constituée. Sa principale conclusion est que les réseaux numériques demeurent disponibles et peuvent être réactivés rapidement. Le passage de cette capacité virtuelle à un mouvement réel dépendra toutefois de nombreux facteurs, parmi lesquels l’adhésion des jeunes aux appels, la situation sociale et l’efficacité des dispositifs de prévention.