>

Sánchez refuse d’accuser le Maroc sans preuves et reprend l’initiative politique

16 septembre 2026 - 09:10

Face à la crise migratoire de Ceuta, Pedro Sánchez écarte toute mise en cause de Rabat en l’absence d’éléments solides et défend une coopération qu’il juge indispensable. Dans son entretien sans concessions sur La Sexta, le président espagnol répond également au juge Peinado, confirme que les élections auront lieu en 2027 et renouvelle son soutien à José Luis Rodríguez Zapatero.

Pedro Sánchez a profité de son entretien dans El Intermedio, sur La Sexta, pour préciser sa position sur plusieurs des dossiers les plus sensibles auxquels son gouvernement est confronté. La crise de Ceuta a occupé une place centrale dans l’échange. Le chef de l’exécutif a rejeté l’idée d’une défaillance des services de renseignement et refusé de mettre en cause le Maroc tant qu’aucune preuve ne permet d’établir son implication. Il a surtout défendu la continuité de la coopération avec Rabat, qu’il considère nécessaire pour gérer la frontière, organiser les retours et rétablir la stabilité dans la ville autonome.

L’entretien a également pris la forme d’une contre-offensive politique. Sánchez a durci le ton contre le juge Juan Carlos Peinado, défendu l’innocence de Begoña Gómez et de son propre frère, David Sánchez, et accusé le Parti populaire et Vox de chercher à restreindre le droit de vote de nouveaux citoyens espagnols. Il a en outre confirmé que les élections générales se tiendraient en 2027 et réaffirmé son soutien à José Luis Rodríguez Zapatero.

1. Aucun élément ne permet d’accuser le Maroc

Sur le dossier de Ceuta, Sánchez a choisi une ligne de prudence institutionnelle. Interrogé sur une éventuelle responsabilité marocaine dans les arrivées massives des 30 et 31 juillet, il a assuré qu’il n’existait, à ce stade, aucune information suffisamment solide pour en attribuer l’organisation à Rabat. Cette position place la nécessité de la preuve au-dessus des accusations politiques et médiatiques qui ont accompagné la crise.

Le président n’a pas exclu une réaction espagnole si l’enquête devait établir ultérieurement une responsabilité. Il a affirmé que son gouvernement apporterait alors une réponse « ferme ». Cette réserve ne constitue cependant pas une accusation : elle relève de la réaction que tout exécutif serait tenu d’envisager face à des faits démontrés. Dans l’état actuel du dossier, Sánchez maintient qu’aucun élément ne permet de franchir ce seuil.

Il a également rejeté l’hypothèse selon laquelle la position du gouvernement serait influencée par l’affaire Pegasus, qui avait visé son téléphone et ceux de plusieurs ministres. À deux reprises, il a répondu « absolument pas ». Son choix de préserver les relations avec le Maroc repose, selon lui, sur des considérations opérationnelles : l’Espagne a besoin de la coopération marocaine pour surveiller la frontière et assurer le retour des personnes qui ne disposent pas du droit de séjourner sur son territoire.

Sánchez oppose ainsi son approche à celle du PP et de Vox, qui réclament un durcissement à l’égard de Rabat. Il leur a demandé s’ils proposaient une solution ou s’ils cherchaient à enliser le problème. Le gouvernement privilégie donc la coopération et la stabilité diplomatique, sans renoncer à défendre les intérêts espagnols si de nouveaux éléments venaient à modifier les conclusions actuelles.

2. Sánchez nie toute défaillance du renseignement

Le président s’est montré catégorique lorsqu’il a été interrogé sur une éventuelle défaillance des services de renseignement avant les arrivées massives de migrants. « Non », a-t-il répondu. Selon lui, les organismes de sécurité disposaient d’informations sur certains mouvements et appels à la mobilisation, mais rien ne permettait d’anticiper un phénomène de l’ampleur finalement observée.

Sánchez a également relativisé la portée des messages échangés entre le Centre national de renseignement et la délégation du gouvernement à Ceuta, puis déclassifiés. À ses yeux, ces communications ne prouvent pas l’existence d’alertes précises restées sans réponse. Elles montrent au contraire que la situation faisait l’objet d’un suivi. L’exécutif distingue ainsi l’existence de signaux sur de possibles entrées et la capacité à prévoir leur dimension exceptionnelle.

Cette formulation nuance les explications antérieures du président. Il avait reconnu qu’une mobilisation de cette ampleur n’avait pas été anticipée et plaidé pour une amélioration du renseignement dans l’espace numérique. Il sépare désormais clairement l’impossibilité de mesurer à l’avance la portée de la crise d’un dysfonctionnement des services, qu’il récuse.

3. La fin de l’année comme horizon pour stabiliser Ceuta

Sánchez a fixé pour la première fois un calendrier précis à la gestion exceptionnelle de la crise. Le commandement unique activé en vertu de la loi sur la sécurité nationale restera en place jusqu’à la fin de l’année. Le président espère que la situation sera alors stabilisée grâce à l’augmentation des capacités d’accueil, au renforcement de la frontière et à l’accélération du traitement administratif des dossiers.

Les chiffres donnent la mesure du dispositif. Avant les arrivées massives, Ceuta disposait d’environ 500 places d’accueil. Selon Sánchez, leur nombre devait dépasser 6 000 au cours de la semaine, avec l’objectif d’approcher les 10 000. Le gouvernement a également lancé un programme extraordinaire de plus de 300 millions d’euros pour la ville, dont environ 80 millions doivent être engagés avant la fin de l’année.

De nouveaux investissements sont prévus aux frontières. Après plus de 77 millions d’euros consacrés ces dernières années à Ceuta et Melilla, Sánchez a annoncé une enveloppe supplémentaire de 100 millions. Pour les personnes qui restent dans la ville et ne souhaitent pas bénéficier d’un retour volontaire, la procédure demeure individuelle : identification, éventuelle demande de protection internationale et, lorsque le droit le permet, retour vers le pays d’origine.

4. Une offensive directe contre le juge Peinado

Le ton de l’entretien a changé lorsque les enquêtes judiciaires visant l’entourage du président ont été abordées. Sánchez a assuré conserver le « plus grand respect pour la justice » au sujet de l’enquête sur la crise de Ceuta, tout en jugeant surprenant que certaines informations liées à la sécurité nationale n’aient pas été communiquées immédiatement à l’exécutif.

À propos de Juan Carlos Peinado, le magistrat chargé de l’enquête visant Begoña Gómez, le président a abandonné cette prudence. Il a estimé que certains juges accomplissaient correctement leur travail et que d’autres ne le faisaient pas. Selon lui, Peinado a « fait beaucoup de mal à la justice » et ne restera pas dans les mémoires comme un magistrat impartial. Il s’agit de l’une des attaques les plus sévères prononcées par un chef de gouvernement espagnol contre un juge en exercice.

Sánchez a défendu Begoña Gómez ainsi que son frère David Sánchez, en reliant les procédures qui les concernent à des plaintes portées par des organisations d’extrême droite et soutenues politiquement par le PP et Vox. Il a réaffirmé la totale innocence de son épouse.

5. Des élections en 2027 et un soutien maintenu à Zapatero

Sánchez a écarté l’idée que les difficultés parlementaires ou l’impossibilité éventuelle d’adopter le budget de l’État puissent conduire à des élections anticipées. « Les élections auront lieu en 2027 », a-t-il affirmé. Il entend rester à la tête du gouvernement jusqu’au dernier jour de la législature et se présenter à nouveau, convaincu que le camp progressiste pourra remporter le scrutin.

Le président a réservé une partie de ses critiques les plus dures aux initiatives judiciaires concernant le vote des personnes naturalisées au titre de la loi sur la mémoire démocratique. Il a accusé le PP et Vox de vouloir réduire ou supprimer leur droit de vote, rappelant que le Parti populaire avait pourtant été la formation la plus soutenue par les Espagnols établis à l’étranger lors des élections générales de 2023. Il a dénoncé l’idée d’une citoyenneté à deux vitesses motivée par la crainte de perdre les élections.

Sánchez a également maintenu son soutien à José Luis Rodríguez Zapatero malgré les enquêtes qui le concernent. Il a invoqué la présomption d’innocence et affirmé qu’il existait de solides raisons de continuer à compter sur l’ancien président. Devenu l’un des principaux atouts du PSOE pendant les campagnes électorales, Zapatero devrait de nouveau participer à la mobilisation socialiste en vue de 2027.

Le logement figure enfin parmi les dossiers que Sánchez reconnaît comme centraux pour la législature. Il admet que la résolution de la crise demandera du temps, tout en accusant plusieurs gouvernements régionaux de droite de mener un « boycott idéologique » contre la loi sur le logement. Il défend les plus de sept milliards d’euros prévus dans le plan national, l’action de Casa 47 et les résultats observés à Barcelone et dans certaines villes basques pour soutenir qu’une intervention publique peut contribuer à contenir les prix.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *