Des premières législatives à l’entrée des femmes dans l’hémicycle, l’histoire parlementaire du Royaume est jalonnée de ruptures et de réformes. Le scrutin du 23 septembre ouvre une nouvelle séquence, la quatrième depuis la Constitution de 2011.
Le Maroc s’apprête à renouveler sa Chambre des représentants. Douzième rendez-vous législatif depuis l’indépendance, le scrutin du mercredi 23 septembre 2026 s’inscrit dans une histoire de plus de soixante ans, marquée par des changements de Constitution, une interruption de la vie parlementaire et plusieurs transformations des règles électorales.
Cette histoire commence par une distinction essentielle : 1962 est l’année de la première Constitution ; 1963, celle des premières élections législatives. Entre ces deux dates se met en place l’architecture d’un Parlement dont la composition et les modalités de désignation évolueront au fil des décennies.
1963, une première expérience rapidement interrompue
Les premières législatives se déroulent le 17 mai 1963, quelques mois après le référendum constitutionnel de décembre 1962. Le Parlement comprend alors deux chambres : les représentants sont élus au suffrage universel direct, tandis que les conseillers sont désignés au suffrage indirect.
Le Front pour la défense des institutions constitutionnelles, connu sous le sigle FDIC, s’impose au terme du scrutin. Cette formation, constituée peu auparavant, obtient autant de sièges que l’Istiqlal et l’Union nationale des forces populaires réunis. Les résultats suscitent des accusations de fraude et alimentent les tensions entre le pouvoir et l’opposition.
L’affrontement se poursuit au Parlement, où l’opposition tente de renverser le gouvernement par une motion de censure. À cette crise politique s’ajoutent les tensions sociales qui culminent avec les manifestations de Casablanca en mars 1965. En juin, Hassan II proclame l’état d’exception : la première expérience parlementaire prend fin moins de deux ans après son lancement.
Une chambre, puis deux : une architecture plusieurs fois remaniée
La Constitution de 1970 ouvre une nouvelle étape et supprime la Chambre des conseillers. Le Parlement devient monocaméral, avec une Chambre des représentants dont le mandat est fixé à six ans.
Cette organisation perdure jusqu’au retour au bicaméralisme, inscrit dans la Constitution de 1996 et concrétisé lors des élections de 1997. Le Royaume retrouve alors deux chambres, selon une architecture toujours en vigueur.
Les modes de désignation ont, eux aussi, changé. Durant la période monocamérale, la représentation parlementaire combine élections directes et indirectes. Le scrutin uninominal domine longtemps, avant le passage au scrutin de liste en 2002, qui modifie la manière dont les partis présentent leurs candidatures et obtiennent leurs sièges.
Le pluralisme, une constante constitutionnelle
Dès 1962, la Constitution interdit le parti unique. Cette reconnaissance du pluralisme accompagne le développement d’un paysage partisan progressivement plus diversifié.
Le nombre de formations en compétition augmente au fil des décennies : onze participent aux législatives de 1984, seize à celles de 1997 et trente et une au scrutin de 2021. Pour l’échéance de 2026, vingt-sept partis sont annoncés dans la course aux 395 sièges de la Chambre des représentants.
Le nombre de partis ne suffit toutefois pas à mesurer la vitalité de la représentation. La lisibilité des programmes, la participation électorale et la capacité des élus à rendre compte de leur action déterminent également la relation entre les citoyens et l’institution.
Les femmes, trente ans d’attente avant les premières élues
Il faut attendre 1993 pour que deux femmes entrent à la Chambre des représentants : Latifa Bennani-Smires et Badia Skalli. Pendant les trois premières décennies de son histoire électorale, l’institution reste exclusivement masculine.
Les dispositifs destinés à favoriser la représentation féminine permettent ensuite une progression : 35 femmes sont élues en 2002, puis 67 en 2011. La législature issue des élections de 2021 en compte 96 sur 395 députés, soit près d’un quart de l’hémicycle.
Pour 2026, les chiffres rapportés font état de 2 658 candidatures féminines sur un total de 7 288, soit 36,47 %. Cette proportion mesure la place des femmes parmi les candidatures, sans préjuger de leur représentation dans la prochaine Chambre : celle-ci dépendra des résultats et des positions occupées sur les listes.
De la première assemblée de 1963 au scrutin de 2026, le Parlement marocain a ainsi changé de structure, de règles électorales et de composition. La prochaine étape se jouera aussi dans sa capacité à traduire cette évolution institutionnelle en représentation effective des attentes des citoyens.