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Gouvernement El Mansouri : Ouzzine écarté, une majorité de 207 sièges à l’épreuve de la cohésion

13 octobre 2026 - 03:09

L’échec des négociations avec le Mouvement populaire révèle les tensions qui ont accompagné la formation de la nouvelle majorité gouvernementale. Si Fatima Ezzahra El Mansouri dispose d’une assise parlementaire suffisante pour gouverner, la coalition réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS devra rapidement démontrer sa capacité à dépasser les calculs partisans.

La nouvelle majorité gouvernementale marocaine est désormais connue, mais les circonstances de sa formation continuent de susciter des interrogations. En concluant, lundi 12 octobre, un accord avec l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), Fatima Ezzahra El Mansouri a choisi de constituer autour du Parti authenticité et modernité (PAM) une coalition de quatre formations totalisant 207 sièges à la Chambre des représentants. Une majorité absolue, certes, mais dont la marge parlementaire reste limitée.

Le Mouvement populaire (MP), qui avait participé aux consultations, se retrouve finalement en dehors de cette configuration. Son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, n’a pas réussi à obtenir une place dans le futur exécutif. Un revers politique qui éclaire les difficultés des négociations et pose, au-delà du sort d’un parti, la question des équilibres sur lesquels reposera la prochaine équipe gouvernementale.

Ouzzine et les coulisses d’une négociation avortée

Selon des informations rapportées par Alyaoum24, le désaccord entre la cheffe du gouvernement désignée et la direction du Mouvement populaire aurait porté principalement sur la répartition des responsabilités institutionnelles. Mohamed Ouzzine aurait notamment revendiqué pour lui-même la présidence de la Chambre des représentants, tout en demandant trois portefeuilles ministériels pour sa formation.

Ces exigences, auxquelles Fatima Ezzahra El Mansouri n’aurait pas donné suite, auraient contribué à l’échec des discussions. Il convient toutefois de préciser que cette version repose sur des sources citées par le quotidien marocain et qu’elle n’a pas fait l’objet d’une confirmation officielle. Mohamed Ouzzine avait, de son côté, nié avoir réclamé des postes ministériels ou des responsabilités institutionnelles.

Au-delà de ces versions divergentes, l’épisode met en lumière une réalité récurrente de la vie politique marocaine : les négociations gouvernementales ne portent pas uniquement sur les programmes et les orientations politiques. Elles engagent également des rapports de force, des ambitions partisanes et la répartition des responsabilités au sein des institutions.

L’exclusion du Mouvement populaire traduit ainsi les limites d’une négociation dans laquelle les attentes des partenaires potentiels n’ont pas trouvé de terrain d’entente.

Une majorité de 207 sièges, entre stabilité et vulnérabilité

La coalition réunie autour du PAM dispose de 207 députés sur les 395 que compte la Chambre des représentants, soit neuf sièges de plus que la majorité absolue. Cette configuration lui permet, en principe, de soutenir le futur gouvernement, mais laisse peu de marge en cas de divergences internes lors des votes les plus sensibles.

La question ne se limite pourtant pas à l’arithmétique parlementaire. Une majorité relativement courte peut se révéler solide si ses composantes respectent leurs engagements, tandis qu’une coalition plus large peut être fragilisée par des rivalités persistantes. Tout dépendra de la discipline des groupes parlementaires, de la coordination entre les partenaires et de leur capacité à défendre des positions communes.

La nouvelle alliance présente, à cet égard, une particularité politique. Elle associe le PAM aux trois formations historiques de la Koutla démocratique, dont les trajectoires et les références idéologiques ne se confondent pas nécessairement avec celles du parti arrivé en tête des élections du 23 septembre.

Cette diversité peut constituer une ressource politique, à condition de déboucher sur un véritable compromis programmatique. Elle pourrait aussi devenir une source de tensions si les partenaires privilégient leurs intérêts respectifs au détriment de la cohérence gouvernementale.

La loi de finances, premier test parlementaire

L’un des premiers rendez-vous décisifs sera l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Ce texte constituera une occasion de mesurer la capacité de la coalition à traduire ses engagements en choix budgétaires et à mobiliser ses députés autour de priorités communes.

Les questions du pouvoir d’achat, de l’emploi, de la protection sociale et des disparités territoriales devraient occuper une place centrale dans les arbitrages du futur exécutif. Leur traitement exigera des compromis entre les sensibilités économiques et sociales des quatre partenaires.

Le défi sera également organisationnel. L’absentéisme parlementaire, les désaccords ponctuels et les difficultés de coordination pourraient compliquer certains votes. Il serait néanmoins excessif de considérer qu’une absence isolée suffit à menacer l’adoption d’un texte, les règles de vote variant selon les procédures législatives.

L’enjeu sera donc de transformer les 207 sièges annoncés en une majorité réellement mobilisée, capable d’accompagner l’action gouvernementale dans la durée.

Des soutiens extérieurs et une opposition en recomposition

La nouvelle équipe pourrait également compter sur l’appui de l’Union constitutionnelle et du Mouvement démocratique et social, deux formations qui ont exprimé leur volonté de soutenir le gouvernement sans participer à sa composition ministérielle.

Ce soutien extérieur pourrait renforcer la marge parlementaire de Fatima Ezzahra El Mansouri. Sa portée dépendra toutefois des engagements pris par ces partis et de leur comportement lors des votes.

En parallèle, le Mouvement populaire rejoint les formations appelées à exercer leur rôle dans l’opposition, aux côtés notamment du Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait le gouvernement sortant.

Selon Alyaoum24, la présidence de la commission de la justice et de la législation pourrait revenir à Mustapha Baitas, responsable du RNI. Cette hypothèse, qui reste à confirmer, illustre l’importance des négociations relatives à la répartition des responsabilités parlementaires, au-delà de la seule composition du gouvernement.

Le véritable enjeu : gouverner ensemble

En privilégiant une alliance de quatre partis, Fatima Ezzahra El Mansouri a fait le choix d’une majorité resserrée. Cette formule peut faciliter la coordination entre les partenaires, mais elle suppose également une vigilance constante pour prévenir les désaccords et maintenir la discipline parlementaire.

Pour Mohamed Ouzzine, l’issue des consultations représente un revers qui obligera le Mouvement populaire à redéfinir sa stratégie politique. Pour les formations de la nouvelle majorité, le plus difficile commence désormais : s’entendre sur la répartition des portefeuilles, élaborer un programme commun et démontrer leur capacité à répondre aux attentes sociales.

La solidité du futur gouvernement ne se mesurera donc pas seulement au nombre de sièges dont il dispose, mais à la cohérence de ses décisions et à la qualité de son action.

Avec 207 députés, Fatima Ezzahra El Mansouri a obtenu les moyens parlementaires de gouverner. Il lui reste à construire les conditions politiques pour durer.

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