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Cannabis médical : Pharma 5 présente à Milan un médicament marocain destiné au traitement de l’épilepsie

13 octobre 2026 - 03:09

Développé à partir de matières premières issues de la filière légale marocaine du cannabis, ce nouveau produit pharmaceutique a été présenté lors du salon international CPHI de Milan. Une avancée qui illustre les ambitions du Royaume dans la valorisation médicale et industrielle du cannabis.

Le Maroc poursuit le développement de sa filière du cannabis à usage médical. Le laboratoire pharmaceutique marocain Pharma 5 a présenté, à l’occasion du salon international CPHI, organisé du 6 au 8 octobre à Milan, un médicament à base de cannabis destiné au traitement de l’épilepsie. Développé à partir de matières premières marocaines provenant de la chaîne de production légale, ce produit témoigne de la volonté du Royaume de transformer une ressource agricole longtemps associée aux cultures illicites en une activité pharmaceutique à forte valeur ajoutée.

Cette présentation s’inscrit dans la stratégie de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), chargée d’accompagner le développement d’une filière encadrée, depuis la culture jusqu’à la transformation industrielle. Le choix du CPHI, l’un des grands rendez-vous mondiaux de l’industrie pharmaceutique, réunissant plus de 62 000 professionnels et quelque 2 400 exposants, offre au produit marocain une visibilité auprès des acteurs internationaux du secteur.

Une filière pharmaceutique marocaine en construction

Le médicament présenté par Pharma 5 vient s’ajouter à trois autres produits dérivés du cannabis développés par le laboratoire marocain Sothema, qui ont obtenu des autorisations de mise sur le marché pour le traitement de l’épilepsie, selon les informations communiquées par la presse nationale.

Cette évolution marque une nouvelle étape dans la structuration de la filière légale du cannabis. L’enjeu ne se limite plus à la production de matières premières, mais concerne désormais leur transformation en produits pharmaceutiques répondant à des exigences de qualité, de traçabilité et de sécurité.

La mise en place d’une industrie nationale capable de maîtriser plusieurs étapes de cette chaîne de valeur pourrait également contribuer au développement de compétences scientifiques et industrielles, tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques aux territoires concernés par la culture réglementée du cannabis.

Il convient toutefois de distinguer la présentation d’un médicament dans un salon professionnel de son autorisation de commercialisation. Les informations disponibles ne précisent pas, à ce stade, si le produit de Pharma 5 bénéficie déjà d’une autorisation de mise sur le marché.

Le cannabidiol au cœur des recherches médicales

Au Maroc, cinq sociétés savantes spécialisées ont validé, en coordination avec des médecins et l’ANRAC, des protocoles médicaux encadrant la prescription du cannabidiol (CBD), l’un des principaux composés du cannabis, dépourvu des effets intoxicants caractéristiques du THC.

Le cannabidiol suscite un intérêt médical particulier dans certaines formes sévères d’épilepsie, notamment lorsqu’elles résistent aux traitements habituels. Son utilisation thérapeutique doit néanmoins reposer sur des indications précises, des formulations pharmaceutiques contrôlées et un suivi médical adapté.

Parallèlement, des établissements universitaires et médicaux marocains conduisent, en partenariat avec l’ANRAC, des recherches sur les applications potentielles du cannabis médical. Les travaux portent notamment sur certaines épilepsies pharmacorésistantes chez l’enfant, les douleurs associées aux traitements anticancéreux, les maladies inflammatoires, les affections neurodégénératives et les douleurs chroniques.

Ces pistes de recherche ne constituent pas, à elles seules, une démonstration d’efficacité pour l’ensemble des maladies étudiées. Les bénéfices et les risques doivent être évalués séparément pour chaque indication, dans le cadre d’études cliniques rigoureuses.

Du cadre réglementaire à la reconnaissance internationale

L’essor de la filière marocaine intervient dans un contexte d’évolution du regard international sur les usages thérapeutiques du cannabis. En décembre 2020, la Commission des stupéfiants des Nations unies a retiré le cannabis et sa résine du Tableau IV de la Convention unique de 1961 sur les stupéfiants, conformément à une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé. Cette décision a reconnu l’intérêt de poursuivre la recherche médicale, sans pour autant supprimer les contrôles internationaux applicables à cette substance.

Pour le Maroc, la perspective est à la fois sanitaire, scientifique et économique. Le développement de médicaments issus de la production nationale pourrait favoriser la recherche, renforcer l’industrie pharmaceutique et créer de nouveaux débouchés pour une filière agricole désormais soumise à un encadrement légal.

La présentation du produit de Pharma 5 à Milan constitue ainsi un signal encourageant pour cette industrie émergente. Sa portée réelle dépendra cependant des validations réglementaires, des données cliniques disponibles et de la capacité des entreprises marocaines à inscrire leurs produits dans les circuits pharmaceutiques nationaux et internationaux.

Au-delà de la culture du cannabis, c’est désormais sa transformation en innovation médicale qui devient l’un des principaux enjeux de la filière marocaine.

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