Au lendemain de l’annonce de l’alliance PAM–Istiqlal–USFP–PPS, les députés sont convoqués ce mardi 13 octobre à 15 heures pour élire le président de la Chambre des représentants. Avec 207 sièges sur 395, la nouvelle coalition dispose de la majorité absolue, mais doit encore organiser ses groupes et répartir les responsabilités parlementaires.
La nouvelle majorité gouvernementale marocaine s’apprête à franchir une première étape institutionnelle. Moins de vingt-quatre heures après l’annonce de l’accord entre le Parti authenticité et modernité (PAM), l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), la Chambre des représentants doit se réunir ce mardi 13 octobre, à partir de 15 heures, pour élire son président.
Convoquée par Abdelaziz Aba, président du bureau provisoire, cette séance intervient dans un paysage politique profondément remanié par les élections législatives du 23 septembre et par la décision de Fatima Ezzahra El Mansouri de constituer une coalition à quatre partis.
L’alliance rassemble 207 députés sur les 395 que compte la première Chambre, soit neuf sièges de plus que la majorité absolue. Une marge suffisante pour disposer d’une majorité parlementaire, mais qui impose une coordination étroite entre les partenaires, notamment lors des scrutins et des arbitrages institutionnels.
La présidence de la Chambre, premier enjeu de la nouvelle coalition
L’élection du président de la Chambre des représentants constitue le premier rendez-vous parlementaire majeur depuis l’officialisation de la nouvelle majorité. Elle doit permettre de désigner la personnalité appelée à diriger les travaux de l’institution, à veiller à l’application de son règlement intérieur et à représenter la Chambre dans ses relations institutionnelles.
Selon plusieurs informations de presse publiées avant la séance, Ahmed Touizi, membre de la direction du PAM et ancien président de son groupe parlementaire, figure parmi les personnalités pressenties pour accéder à cette fonction. Aucune élection ne peut toutefois être considérée comme acquise avant le vote des députés.
Le choix du président revêt une dimension politique particulière. Le PAM, arrivé en tête des législatives avec 97 sièges, dirige désormais la coalition appelée à soutenir le gouvernement El Mansouri. La désignation du président de la Chambre constituera donc un premier indicateur de la manière dont les quatre partenaires entendent organiser leur collaboration au sein du Parlement.
La répartition des autres responsabilités, notamment les postes du bureau et les présidences des commissions permanentes, représentera une étape supplémentaire dans la mise en place de la nouvelle législature.
Une majorité de 207 sièges, mais des groupes encore en formation
La coalition annoncée lundi soir réunit le PAM, fort de 97 députés, l’Istiqlal avec 65 sièges, l’USFP avec 26 élus et le PPS avec 19 représentants.
Cette configuration ne doit cependant pas être confondue avec la composition des groupes parlementaires, dont les effectifs peuvent dépasser ceux des partis grâce à des accords avec d’autres formations.
Le cas du PPS est particulièrement révélateur. Avec 19 députés issus des élections, le parti ne franchissait pas seul le seuil de vingt membres exigé pour constituer un groupe parlementaire. Il a donc conclu un accord avec Les nouveaux démocrates et le Front des forces démocratiques (FFD), permettant la formation d’un groupe commun de 22 députés.
Ce rapprochement parlementaire ne signifie pas automatiquement que les trois élus supplémentaires participent, au même titre que le PPS, à la coalition gouvernementale. Les accords de groupe et les engagements de majorité relèvent de deux logiques politiques distinctes.
L’Union constitutionnelle, qui dispose de 17 sièges, et le Mouvement démocratique et social, fort de huit élus, ont également annoncé la reconduction de leur groupe commun de 25 députés.
L’Istiqlal et l’USFP ont pris de l’avance
Alors que plusieurs formations attendent encore de finaliser leur organisation interne, l’Istiqlal et l’USFP ont déjà avancé dans la désignation de leurs responsables parlementaires.
L’Istiqlal a confié la présidence de son groupe à Madiha Khayr, qui succède à Allal Amraoui. Élue dans la circonscription de Béni Mellal, elle devient l’une des figures appelées à représenter le parti au sein de la nouvelle configuration parlementaire.
L’USFP a, de son côté, renouvelé sa confiance à Abderrahim Chahid pour conduire son groupe de 26 députés, selon les informations rapportées avant l’annonce de la coalition.
Le PAM doit encore arrêter officiellement son organisation parlementaire, dans un contexte où certains de ses élus pourraient être appelés à exercer des responsabilités gouvernementales. Le PPS devra également préciser la direction et la dénomination de son groupe commun, dont la coordination a été confiée provisoirement à Rachid Hamouni.
Ces décisions détermineront la représentation des différentes formations au sein des instances de la Chambre et leur capacité à intervenir dans les travaux législatifs.
RNI, PJD et Mouvement populaire : l’opposition s’organise
La constitution de la majorité El Mansouri clarifie également les contours de l’opposition parlementaire.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait le gouvernement sortant, ne figure pas dans la nouvelle coalition. Avec 66 sièges, il demeure néanmoins la deuxième force de la Chambre, derrière le PAM.
Le parti doit encore déterminer son organisation parlementaire et préciser les modalités de son action face au futur exécutif. Plusieurs noms ont circulé pour la présidence de son groupe, notamment ceux de Rachid Talbi Alami, Mustapha Baïtas et Mohamed Chouki, sans qu’une désignation définitive ait été établie dans les informations disponibles avant la séance.
Le Parti de la justice et du développement (PJD), qui compte 54 députés, a pour sa part confié la présidence de son groupe à Driss El Azami El Idrissi. Il a également proposé Abdellah Bouanou pour une vice-présidence de la Chambre.
Le Mouvement populaire, avec 29 sièges, doit lui aussi achever la désignation de ses responsables. Les noms de Rim Chabat et d’Abdennabi El Aidoudi ont notamment été évoqués pour conduire son groupe parlementaire.
Le véritable enjeu : faire fonctionner une majorité resserrée
L’accord conclu entre le PAM et les trois formations historiques de la Koutla ouvre une nouvelle phase politique. Il rassemble des partis aux trajectoires et aux sensibilités différentes, dont deux, l’USFP et le PPS, siégeaient dans l’opposition durant la précédente législature.
La nouvelle majorité dispose d’une avance de neuf sièges sur le seuil de 198 députés. Cette configuration lui permet théoriquement de faire adopter ses textes, à condition de maintenir une discipline de vote suffisante et d’assurer la présence de ses élus lors des scrutins décisifs.
Au-delà de l’élection du président de la Chambre, les prochaines étapes seront la constitution définitive des groupes, la mise en place du bureau et des commissions, puis l’examen du programme du futur gouvernement.
La composition ministérielle et la répartition des portefeuilles entre les quatre partis restent, à ce stade, à préciser.
La séance de ce mardi représente ainsi davantage qu’une formalité institutionnelle : elle marque le début de la traduction parlementaire de l’accord politique conclu autour de Fatima Ezzahra El Mansouri. Reste à voir comment cette majorité de 207 sièges organisera son fonctionnement et préservera sa cohésion au fil des premiers arbitrages.