Face à la hausse des prix à la pompe et à ses répercussions sur le pouvoir d’achat, une initiative citoyenne appelle les Marocains à suspendre volontairement l’utilisation de leurs véhicules dimanche 18 octobre, de 13 h à 14 h. Une mobilisation symbolique qui intervient quelques jours après l’annonce de la nouvelle coalition gouvernementale.
Une heure sans voiture pour faire entendre le mécontentement des consommateurs. C’est le mot d’ordre lancé par le Comité de l’initiative citoyenne pour le plafonnement des prix des carburants, qui appelle à une mobilisation nationale dimanche 18 octobre 2026, entre 13 h et 14 h. L’objectif affiché est d’alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de la hausse des prix de l’essence et du gasoil, dans un contexte de tensions persistantes sur le pouvoir d’achat des ménages.
Baptisée « Une heure pour le pouvoir d’achat et la dignité sociale », l’opération repose sur un geste simple : renoncer volontairement, pendant soixante minutes, à utiliser sa voiture, sa moto ou tout autre véhicule. Les organisateurs présentent cette initiative comme une forme de protestation pacifique, ouverte aux citoyens, aux associations et aux organisations syndicales.
L’appel, diffusé le 11 octobre sur les réseaux sociaux, intervient à un moment politique particulier. La formation d’une majorité réunissant le Parti authenticité et modernité (PAM), l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS), autour de Fatima Ezzahra El Mansouri, place désormais les questions sociales au cœur des attentes adressées au futur exécutif.
Des hausses à la pompe qui pèsent sur les ménages
La mobilisation fait suite à une nouvelle augmentation des prix des carburants au début du mois d’octobre. Selon les tarifs annoncés par les distributeurs, le gasoil a enregistré une hausse de 80 centimes par litre, tandis que l’essence super a progressé de 39 centimes. À Casablanca, les prix relevés dans certaines stations ont ensuite dépassé les 16 dirhams le litre pour le gasoil.
Pour les initiateurs de l’appel, l’enjeu dépasse largement les dépenses des automobilistes. Le carburant intervient dans les coûts du transport des personnes et des marchandises, avec des répercussions possibles sur les prix de nombreux produits et services. Son renchérissement est ainsi perçu comme un facteur supplémentaire de pression sur les budgets familiaux.
Le comité défend le principe d’un plafonnement des prix des carburants et souhaite remettre cette revendication au centre du débat public. Il appelle les autorités à examiner les mécanismes susceptibles de limiter l’impact des fluctuations des prix à la pompe sur les consommateurs.
La question est d’autant plus sensible que les pouvoirs publics ont déjà adapté certaines mesures de soutien aux professionnels. Début octobre, le ministère du Transport et de la Logistique a annoncé une révision à la hausse de l’aide exceptionnelle directe destinée aux transporteurs routiers de voyageurs et de marchandises. Un dispositif sectoriel qui ne répond toutefois pas directement à la demande de plafonnement formulée par l’initiative citoyenne.
Une protestation volontaire, sans blocage de la circulation
Les organisateurs insistent sur le caractère pacifique de leur démarche. Il ne s’agit ni de bloquer les routes ni d’empêcher les autres usagers de circuler, mais de rendre visible un mécontentement à travers un arrêt volontaire de l’utilisation des véhicules.
Les déplacements indispensables, les interventions médicales et les situations d’urgence sont explicitement exclus de l’appel. Le comité demande également aux participants de respecter la liberté de circulation et de s’abstenir de tout comportement susceptible de perturber les services publics.
Ce choix d’une mobilisation limitée à une heure traduit la volonté de privilégier une action symbolique, sans recourir à une grève générale ni à des rassemblements sur la voie publique. Son ampleur réelle reste cependant impossible à anticiper à ce stade.
Un dossier social pour la future équipe El Mansouri
L’annonce de cette initiative coïncide avec la recomposition de la majorité gouvernementale. Si la protestation n’a pas été présentée par ses organisateurs comme une action dirigée contre la nouvelle coalition, elle met en évidence l’une des préoccupations auxquelles celle-ci devra répondre : la protection du pouvoir d’achat.
L’alliance PAM–Istiqlal–USFP–PPS réunit des formations aux sensibilités économiques et sociales différentes. La définition d’une position commune sur les prix des carburants, les mécanismes de régulation et les aides ciblées pourrait constituer l’un des sujets de discussion du futur programme gouvernemental.
À ce stade, aucune réponse spécifique de la nouvelle majorité à l’appel du 18 octobre n’a été annoncée. La composition définitive du gouvernement et ses orientations détaillées restent également à préciser.
Le débat sur le plafonnement pose, par ailleurs, plusieurs questions économiques : son coût éventuel pour les finances publiques, ses modalités d’application et son efficacité pour protéger les consommateurs. Ces aspects devront être examinés si la revendication débouche sur des propositions concrètes.
Le 18 octobre, un rendez-vous à suivre
L’initiative citoyenne entend transformer une préoccupation quotidienne en message collectif adressé aux responsables publics. Son originalité réside moins dans la durée de l’action que dans la possibilité, pour les automobilistes, de manifester leur désaccord sans interrompre la circulation des autres usagers.
Reste à savoir quelle sera l’adhésion à cet appel et si les organisateurs parviendront à inscrire leur revendication dans un dialogue plus large sur les prix de l’énergie et le pouvoir d’achat.
À quelques jours de l’installation du nouvel exécutif, cette mobilisation annoncée rappelle que les attentes sociales ne se limitent pas aux équilibres politiques et parlementaires. Pour la future équipe gouvernementale, la question des carburants pourrait rapidement devenir l’un des dossiers sur lesquels les citoyens attendront des réponses concrètes.