Le président ukrainien met en garde contre les conséquences des restrictions imposées aux communications satellitaires de SpaceX, essentielles à certaines opérations militaires. En visite à Londres, il a obtenu de nouvelles assurances du Premier ministre britannique Andy Burnham, alors que les relations entre Kiev et Washington se tendent davantage.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé mercredi au rétablissement des capacités du réseau satellitaire Starlink utilisées par les forces armées de son pays, après l’introduction de restrictions ayant perturbé plusieurs opérations militaires. Cet appel intervient dans un contexte de tensions croissantes avec le président américain Donald Trump, dont les récentes décisions suscitent une profonde inquiétude à Kiev.
Dans un entretien accordé au journaliste britannique Piers Morgan, Volodymyr Zelensky a averti que les dysfonctionnements du système pourraient entraîner des pertes humaines si les attaques russes se poursuivaient. Tout en espérant qu’il puisse s’agir d’une erreur ou d’un problème technique majeur, il a demandé que les capacités de communication concernées soient rapidement rétablies.
Développé par SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, Starlink joue un rôle déterminant dans les communications militaires ukrainiennes. Le réseau permet notamment de coordonner des unités sur le terrain et de conduire certaines opérations de drones, y compris dans les zones où les infrastructures traditionnelles de télécommunications ont été détruites.
Des restrictions qui perturbent les opérations de drones
Selon Serhiy Beskrestnov, conseiller de la présidence ukrainienne spécialisé dans les technologies militaires, SpaceX a introduit sans préavis de nouvelles limitations affectant certaines antennes satellitaires utilisées par les forces ukrainiennes.
Ces restrictions concernent principalement les terminaux en mouvement au-delà d’une vitesse d’environ 160 kilomètres à l’heure. Des unités militaires ont toutefois signalé des interruptions de connexion à des vitesses inférieures, provoquant l’annulation ou la perturbation de plusieurs missions.
Les limitations semblent toucher en particulier Starshield, une offre de communications satellitaires destinée aux usages militaires. Leur origine exacte et les motivations de cette décision restent néanmoins à clarifier.
Certains responsables ukrainiens soupçonnent un lien avec les tensions politiques entre Kiev et Washington. À ce stade, aucun élément public ne permet cependant d’établir que la Maison Blanche aurait directement ordonné ces restrictions.
Une relation de plus en plus difficile avec Washington
La controverse intervient alors que Volodymyr Zelensky exprime ouvertement sa déception face à Donald Trump. Interrogé par Piers Morgan, le président ukrainien a reconnu se sentir trahi par les dernières initiatives américaines, notamment le rapprochement avec Moscou et l’accord annoncé sur le gazole russe.
Il a regretté ce qu’il perçoit comme une évolution de la position américaine au bénéfice de la Russie, tout en affirmant que son pays continuait de compter sur la coopération des États-Unis.
Les inquiétudes ukrainiennes portent également sur le partage des renseignements militaires. Kiev affirme ne pas avoir reçu certaines alertes préalables à de récentes frappes russes contre sa capitale, ce qui alimente les interrogations sur la continuité du soutien américain.
Un responsable ukrainien a évoqué, sous couvert d’anonymat, de possibles pressions de Washington pour obtenir l’arrêt des frappes ukrainiennes contre les raffineries russes. Les autorités américaines démentent toutefois toute modification de leur politique de partage du renseignement, tandis que l’Union européenne affirme ne disposer d’aucun indice attestant une interruption de cette coopération.
Andy Burnham réaffirme le soutien britannique
C’est dans ce climat diplomatique tendu que Volodymyr Zelensky a été reçu mercredi au 10 Downing Street par le Premier ministre britannique Andy Burnham.
Les deux dirigeants ont dénoncé la poursuite des bombardements russes contre les civils et les infrastructures énergétiques ukrainiennes, estimant que ces attaques témoignaient de l’absence de volonté de paix de Moscou.
Andy Burnham a assuré que le soutien britannique ne faiblirait pas et confirmé de nouvelles mesures destinées à renforcer les capacités défensives de l’Ukraine.
Londres a notamment annoncé un programme de livraison de missiles sol-air d’une valeur de 45 millions de livres sterling, soit environ 52 millions d’euros. Une partie de ces équipements, représentant 10 millions de livres, doit être acheminée de manière accélérée afin de répondre aux besoins les plus urgents avant l’hiver.
Les discussions ont également porté sur la lutte contre les drones russes, le développement de nouvelles solutions militaires et la coordination des efforts internationaux en faveur de Kiev.
L’hiver approche, les infrastructures énergétiques restent visées
Sur le terrain, la poursuite des frappes russes aggrave les difficultés de la population ukrainienne. Selon les autorités de Kiev, les dernières attaques contre les installations énergétiques ont privé plus de 600 000 personnes d’électricité.
Cette situation suscite de vives préoccupations à l’approche de l’hiver, lorsque les besoins en chauffage augmentent considérablement. La protection des centrales électriques, des réseaux de distribution et des infrastructures essentielles constitue désormais l’une des principales priorités ukrainiennes.
Moscou accuse parallèlement Kiev d’avoir violé la trêve énergétique annoncée par Donald Trump en visant des installations pétrolières russes. Les autorités ukrainiennes contestent cette version des événements.
Après Londres, Volodymyr Zelensky doit poursuivre ses consultations à Bruxelles afin de mobiliser davantage ses partenaires européens. Entre les restrictions touchant Starlink, les interrogations sur le soutien américain et l’intensification des attaques russes, l’Ukraine aborde les prochains mois dans une situation particulièrement délicate.
La visite à Londres confirme néanmoins la volonté britannique de maintenir son engagement auprès de Kiev, au moment où les divergences entre alliés occidentaux deviennent de plus en plus visibles.