Port d’Algésiras (Espagne)
Les États-Unis envisagent d’imposer une taxe de 200 000 dollars par voyage aux navires battant pavillon espagnol et de limiter l’entrée de plusieurs catégories de produits, notamment les huiles, les cosmétiques et les céramiques. À l’origine de cette initiative, le refus de Madrid d’autoriser l’escale de cargos américains soupçonnés de transporter du matériel militaire destiné à Israël en 2024.
Les relations commerciales entre les États-Unis et l’Espagne pourraient connaître un nouvel épisode de tensions. La Commission maritime fédérale américaine (FMC) a annoncé mercredi une proposition de mesures restrictives visant les navires battant pavillon espagnol ainsi que certaines importations en provenance d’Espagne, à l’issue d’une enquête portant sur les conditions d’accès des bâtiments américains aux ports espagnols.
L’organisme envisage une taxe de 200 000 dollars par voyage pour les navires immatriculés en Espagne, accompagnée de restrictions susceptibles de toucher plusieurs catégories de marchandises : parfums et cosmétiques, huiles et graisses, céramiques, ouvrages en pierre, sucre et produits de confiserie.
Il ne s’agit toutefois pas de sanctions déjà appliquées. Les mesures proposées doivent faire l’objet d’une consultation publique avant toute décision définitive.
Un différend né dans le port d’Algésiras
L’affaire remonte à novembre 2024, lorsque les autorités espagnoles avaient refusé l’accès au port d’Algésiras à plusieurs cargos américains exploités par Maersk Line. Ces navires étaient soupçonnés de transporter du matériel militaire destiné à Israël, dans un contexte de fortes tensions internationales liées à la guerre à Gaza.
La compagnie maritime avait contesté ces soupçons, affirmant que les marchandises concernées par les opérations de transbordement ne comprenaient ni armes ni munitions.
Ces incidents avaient conduit la Commission maritime fédérale à ouvrir une enquête en décembre 2024, sous la présidence de Joe Biden. Certains des bâtiments concernés participaient au Programme de sécurité maritime de l’Administration maritime américaine (MARAD), un dispositif destiné à maintenir une flotte marchande susceptible de répondre aux besoins commerciaux et stratégiques des États-Unis.
Au terme de ses investigations, la FMC estime que les décisions espagnoles ont créé des conditions défavorables au transport maritime américain et porté atteinte à la fiabilité des chaînes logistiques internationales.
Un nouveau sujet de friction entre Madrid et Washington
La proposition intervient alors que les relations entre les gouvernements américain et espagnol sont déjà marquées par plusieurs désaccords politiques et stratégiques.
Le président Donald Trump a notamment critiqué à plusieurs reprises la position de Madrid concernant les dépenses militaires au sein de l’OTAN, ainsi que les divergences entre les deux pays sur la politique américaine au Moyen-Orient et la guerre contre l’Iran.
Si la procédure maritime a été engagée avant le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les mesures désormais envisagées pourraient ajouter une dimension commerciale à ces différends diplomatiques.
Le choix des produits susceptibles d’être visés est également significatif. En étendant les restrictions éventuelles au-delà du transport maritime, la Commission envisage une réponse susceptible d’affecter plusieurs branches des exportations espagnoles vers le marché américain.
À ce stade, ni le périmètre définitif des produits concernés ni les modalités précises d’application des restrictions n’ont été arrêtés.
Une procédure encore ouverte
La Commission maritime fédérale entend recueillir les observations des acteurs concernés afin d’évaluer les conséquences des mesures proposées et de déterminer la réponse qu’elle juge appropriée.
L’Espagne se verra également offrir la possibilité de présenter ses arguments lors d’une audience administrative. Les autorités américaines devront donc encore examiner les observations recueillies avant de décider de la suite à donner à cette procédure.
Le dossier comporte par ailleurs une dimension européenne, l’Espagne appartenant au marché unique de l’Union européenne, dont la politique commerciale extérieure relève d’une compétence commune.
La perspective de taxes portuaires et de restrictions commerciales illustre ainsi la persistance des tensions entre Washington et Madrid. Mais l’issue demeure ouverte : aucune des mesures annoncées mercredi ne constitue, pour l’heure, une sanction définitivement adoptée.