À Bangkok, le cofondateur d’Anthropic, Jack Clark, a plaidé pour une coopération renforcée entre les développeurs d’intelligence artificielle afin de mieux maîtriser les risques des modèles les plus avancés. Il estime toutefois que les entreprises ne peuvent décider seules des règles de sécurité, alors que les gouvernements peinent encore à définir un cadre international commun.
Bangkok, le 16 octobre 2026. Comment encadrer une technologie dont les capacités progressent plus rapidement que les règles destinées à la superviser ? Cette question a occupé une place centrale dans les débats consacrés à l’intelligence artificielle lors des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Jack Clark, cofondateur d’Anthropic, entreprise américaine à l’origine de l’assistant Claude, a appelé vendredi les acteurs du secteur à mieux coordonner le développement des modèles d’IA les plus puissants et à partager des mécanismes techniques permettant d’en limiter les risques. Son intervention intervient dans un contexte de concurrence intense entre entreprises technologiques et de divergences persistantes entre les approches réglementaires nationales.
Des mécanismes de sécurité à partager entre développeurs
Pour Jack Clark, l’absence de réglementation internationale harmonisée ne doit pas conduire les entreprises à attendre passivement l’adoption de nouvelles lois. Il préconise de mieux maîtriser le rythme de développement de l’IA de pointe et de concevoir collectivement des dispositifs capables de ralentir ou de contenir certaines évolutions jugées dangereuses. Cette coopération pourrait contribuer à établir des pratiques de sécurité communes, notamment dans l’évaluation des capacités des modèles et la prévention de comportements imprévus. Le responsable d’Anthropic souligne néanmoins que les décisions concernant les limites de cette technologie ne sauraient relever exclusivement des entreprises qui la commercialisent.
Entre législation européenne et engagements volontaires américains
Le débat met en évidence les différences entre les réponses apportées par les grandes puissances économiques. L’Union européenne s’est dotée d’une législation spécifique sur l’intelligence artificielle, tandis que les États-Unis ont également recouru à des engagements volontaires du secteur, dans un environnement réglementaire distinct. Clark estime que ces expériences pourraient contribuer à l’émergence de normes communes, même en l’absence d’un accord mondial unique. L’enjeu consiste à définir des principes suffisamment partagés pour éviter que la concurrence technologique ne favorise des pratiques moins exigeantes en matière de sécurité, sans pour autant confier aux seuls industriels la responsabilité de fixer les règles.
Les chercheurs alertent sur l’évolution des capacités de l’IA
Cette prise de position rejoint les préoccupations exprimées dans un récent texte collectif signé par 22 spécialistes de l’intelligence artificielle, parmi lesquels Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio. Les auteurs appellent les États à adopter des mesures préventives face à la possibilité d’une accélération exceptionnelle des capacités des systèmes avancés. Ils soulignent notamment le rôle croissant des outils automatisés dans la production de code et certaines activités de développement technologique. Ces avertissements décrivent des risques à anticiper, et non un scénario dont la réalisation serait certaine. Ils relancent néanmoins le débat sur la transparence, les évaluations indépendantes et la nécessité d’une supervision humaine effective.
Un potentiel économique considérable, selon le FMI
Les préoccupations sécuritaires s’accompagnent d’attentes économiques importantes. La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, estime qu’une utilisation efficace de l’intelligence artificielle pourrait ajouter jusqu’à un demi-point de pourcentage à la croissance mondiale annuelle. L’institution prévoit une expansion économique mondiale de 3,1 % en 2026, soutenue notamment par les investissements technologiques, malgré les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Pour les responsables économiques, le défi consiste à transformer les gains potentiels de productivité en bénéfices largement partagés, tout en limitant les risques liés à l’emploi, à la concentration du marché et à la stabilité financière.
La gouvernance de l’IA, un enjeu qui dépasse les géants technologiques
Les appels à la prudence interviennent alors qu’Anthropic connaît elle-même une expansion commerciale rapide. Selon des informations du Wall Street Journal, ses revenus ont progressé de 45 % au troisième trimestre pour atteindre 16,8 milliards de dollars, tandis qu’une introduction en Bourse serait envisagée dès novembre. Cette croissance illustre les intérêts économiques considérables associés à l’IA et renforce la question de l’équilibre entre innovation, concurrence et sécurité. Pour les économies émergentes, dont le Maroc, la construction de règles internationales accessibles et transparentes représente également un enjeu : bénéficier des nouvelles technologies sans dépendre exclusivement des décisions prises par un nombre limité de développeurs privés.