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Sanctions contre la Russie : Moscou salue un « moment historique » après la décision de Trump

17 octobre 2026 - 10:14

La suspension temporaire par Donald Trump de nouvelles sanctions américaines contre la Russie suscite la satisfaction du Kremlin et de vives critiques à Washington et à Kiev. Pour Kirill Dmitriev, émissaire économique de Vladimir Poutine, cette décision ouvre la voie à une coopération entre les deux puissances. Elle intervient quelques jours après un accord controversé sur les exportations de gazole russe, sur fond de tensions énergétiques internationales et de guerre en Ukraine.

Moscou a accueilli avec satisfaction, samedi 17 octobre, la décision du président américain Donald Trump de suspendre l’application d’un important dispositif de sanctions contre la Russie, adopté par le Congrès des États-Unis et promulgué le mois dernier. Kirill Dmitriev, représentant spécial de Vladimir Poutine pour les investissements et la coopération économique internationale, a qualifié cette initiative de « moment véritablement historique », estimant qu’elle pouvait favoriser une nouvelle phase de dialogue entre Washington et Moscou. Cette réaction illustre les espoirs placés par les autorités russes dans un assouplissement de la politique américaine, alors que la guerre en Ukraine continue de peser sur les relations entre la Russie et les puissances occidentales.

Dans un message publié sur Telegram, Dmitriev a affirmé que la suspension de la loi dite Graham marquait le choix de la coopération plutôt que celui des sanctions et de la confrontation. Selon lui, un rapprochement économique entre les deux pays contribuerait à la stabilité mondiale et pourrait créer un climat plus favorable à la recherche d’une paix durable. Le responsable russe a également soutenu que l’application intégrale du texte aurait presque entièrement paralysé les échanges entre Moscou et Washington, avec des conséquences négatives pour les marchés internationaux. Ces appréciations reflètent la position du Kremlin, sans préjuger des effets réels de la décision américaine.

Une loi toujours en vigueur, mais dont l’application est suspendue

Donald Trump a signé vendredi un décret prévoyant des dérogations à plusieurs dispositions de la législation américaine, en invoquant l’intérêt national des États-Unis. Adoptée avec le soutien d’élus républicains et démocrates, la loi porte le nom du défunt sénateur Lindsey Graham, l’un de ses principaux promoteurs. Elle vise à renforcer les sanctions contre les responsables russes, les établissements financiers et les réseaux commerciaux permettant à Moscou de maintenir ses exportations énergétiques malgré les restrictions occidentales. Elle prévoit également des droits de douane pouvant atteindre 100 % à l’encontre de certains grands importateurs de pétrole et de gaz russes.

La décision présidentielle ne constitue cependant pas une abrogation de la loi. Les dispositions adoptées par le Congrès demeurent juridiquement en place, mais leur application fait l’objet d’exemptions décidées par l’exécutif. Ces dérogations pourront être réexaminées par le président ou par le secrétaire d’État, en coordination avec les responsables américains chargés du Trésor et du commerce. Cette distinction est essentielle : Washington conserve les instruments juridiques nécessaires pour rétablir les mesures concernées, même si leur suspension modifie immédiatement le cadre politique et commercial dans lequel évoluent les relations avec Moscou.

Le gazole russe au cœur du rapprochement

La décision intervient une semaine après l’annonce par Donald Trump d’un accord avec Vladimir Poutine concernant la mise sur le marché international de volumes supplémentaires de gazole russe. Le président américain présente cette initiative comme un moyen d’atténuer les tensions sur les prix de l’énergie, particulièrement fortes dans un contexte de perturbations des approvisionnements internationaux. Pour la Russie, cet arrangement pourrait permettre de préserver des recettes d’exportation et de renforcer ses relations commerciales avec des partenaires qui demeurent exposés aux restrictions financières occidentales.

L’accord énergétique a néanmoins provoqué de nombreuses interrogations sur sa portée économique. Plusieurs observateurs soulignent que les volumes annoncés pourraient avoir un effet limité sur les prix mondiaux, tandis que les recettes générées constitueraient une ressource supplémentaire pour l’économie russe. La question est d’autant plus sensible que les sanctions occidentales ont précisément été conçues pour réduire la capacité de Moscou à financer sa guerre contre l’Ukraine. L’administration américaine privilégie ainsi, dans cette séquence, une logique de stabilisation énergétique que ses détracteurs jugent difficilement conciliable avec les objectifs de pression économique sur le Kremlin.

Des critiques au Congrès et en Ukraine

Aux États-Unis, la suspension des sanctions a suscité des critiques dans les deux grands partis. Plusieurs parlementaires estiment que la Maison-Blanche affaiblit l’objectif d’une loi adoptée avec un large soutien bipartisan. Des sénateurs républicains et démocrates avaient déjà demandé au président de revenir sur son accord relatif au gazole russe, en soulignant le risque de procurer de nouvelles ressources financières à Moscou. La controverse porte également sur l’utilisation par l’exécutif de ses prérogatives de dérogation, alors que le Congrès avait précisément souhaité durcir les restrictions.

L’Ukraine et plusieurs partenaires européens redoutent, de leur côté, qu’un assouplissement des sanctions réduise les moyens de pression disponibles pour obtenir des concessions de la Russie. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a mis en garde contre les revenus supplémentaires que Moscou pourrait tirer de la reprise de certaines transactions énergétiques. Pour Kiev, la question dépasse les seuls échanges commerciaux : elle concerne directement les ressources dont dispose l’État russe pour poursuivre ses opérations militaires et la cohérence du soutien international à l’Ukraine.

Une évolution diplomatique dont la portée reste incertaine

L’enthousiasme affiché par Kirill Dmitriev ne signifie pas que les différends entre Washington et Moscou soient résolus. La guerre en Ukraine se poursuit, les désaccords sur les garanties de sécurité demeurent profonds et les relations entre la Russie et les alliés européens des États-Unis restent marquées par la méfiance. La coopération économique peut faciliter certains échanges diplomatiques, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à produire un accord sur les questions territoriales et militaires au cœur du conflit.

La suspension des sanctions intervient également à quelques semaines des élections américaines de mi-mandat, alors que l’administration Trump fait face à des préoccupations croissantes concernant le coût de l’énergie. Cette dimension intérieure contribue à expliquer l’importance accordée à l’approvisionnement en carburants, sans effacer les conséquences internationales de la décision. Pour le Kremlin, l’initiative constitue une ouverture qu’il souhaite consolider ; pour ses détracteurs, elle risque d’affaiblir la pression exercée sur Moscou avant toute avancée vers la paix. Entre ces deux lectures, les effets concrets des exemptions américaines restent à mesurer.

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