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Espagne : pillages organisés via TikTok à Barcelone, les dessous d’une fausse manifestation

27 octobre 2026 - 08:36

Les Mossos d’Esquadra ont interpellé 128 personnes, dont 72 mineurs, après une soirée de pillages, d’incendies et d’affrontements dans le centre de Barcelone. Présenté sur les réseaux sociaux comme une mobilisation pour l’éducation, le rassemblement aurait été conçu dès le départ pour commettre des vols. La police recherche ses organisateurs, tandis que les autorités mettent en cause la responsabilité des familles.

Le centre de Barcelone a été le théâtre, samedi 24 octobre, de pillages, d’incendies et d’affrontements avec la police. Présenté comme une mobilisation étudiante « pour la qualité de l’enseignement secondaire », le rassemblement poursuivait, selon les enquêteurs, un objectif bien différent : dévaliser des commerces.

Des groupes de jeunes encapuchonnés ont brisé les vitrines de magasins d’électronique, de vêtements, de chaussures et d’optique. Des conteneurs, des motos et des vélos ont été incendiés, tandis que des barricades étaient dressées autour de la place de Catalogne.

Les Mossos d’Esquadra ont procédé à 128 interpellations, dont 72 mineurs. Deux jours après les faits, les organisateurs restent inconnus. Des groupes de messagerie appellent déjà à recommencer le 31 octobre.

Une mobilisation préparée sur les réseaux sociaux

L’appel a circulé sur TikTok et Instagram environ une semaine avant les incidents. Des comptes anonymes, changeant régulièrement de nom, diffusaient des affiches accompagnées de codes QR renvoyant vers des groupes WhatsApp et Telegram.

Ces espaces réunissant plusieurs centaines de participants servaient à fixer les rendez-vous et les objectifs. Les consignes invitaient notamment à porter des vêtements noirs, à dissimuler son visage et à apporter du matériel pyrotechnique. Une plateforme anonyme baptisée Blocus encourageait également à reproduire en Espagne des mobilisations françaises pour la « dignité des lycées ».

La responsable catalane de l’Intérieur, Núria Parlon, affirme que les pillages constituaient l’objectif initial, et non un débordement survenu après une manifestation. La commissaire en chef des Mossos, Sílvia Catà, a déclaré sur RAC1 qu’il ne s’agissait « pas d’une manifestation, mais d’actes délictueux ».

Selon La Vanguardia, certains participants auraient partagé des images d’objets supposément volés et des conseils pour revendre le butin.

Un dispositif policier dépassé

Les Mossos surveillaient les appels à rassemblement, mais prévoyaient environ 300 participants et des incidents mineurs. Ils n’avaient pas anticipé l’intervention de groupes de cinq à vingt jeunes visant directement les commerces.

Dès 18 h 30, les troubles se sont multipliés. Plusieurs magasins, dont El Corte Inglés sur la place de Catalogne, ont fermé leurs portes avec des clients à l’intérieur.

Le bilan matériel varie selon les médias : El País évoque 23 commerces attaqués, contre au moins 14 établissements endommagés ou pillés selon La Vanguardia. Les pompiers ont éteint 33 foyers d’incendie. Quatre policiers sont en arrêt de travail, dont un blessé à la tête par une pierre.

Le dispositif comprenait 295 agents des unités Arro et Brimo et 125 policiers municipaux. Les Mossos ont également dressé 68 procès-verbaux de saisie concernant notamment des armes blanches, des aérosols, des cagoules et du matériel pyrotechnique.

Des revendications étudiantes détournées

Une lycéenne barcelonaise de 17 ans, identifiée par les initiales I. S., avait rejoint la place de Catalogne avec ses camarades et une banderole portant le slogan « Contre le système, lycées en lutte ».

Elle explique à l’agence EFE avoir découvert l’appel dans un groupe WhatsApp qui avait rapidement atteint 600 membres. Selon elle, de nombreux participants étaient inconnus des étudiants mobilisés pour des revendications éducatives.

« Ils ne venaient pas manifester, mais commettre des délits », a-t-elle déclaré. Son groupe a quitté les lieux dès le début des violences.

Ces étudiants redoutent désormais que les pillages discréditent leurs revendications, alors qu’une grève générale est prévue le 11 novembre.

Qui se cache derrière l’appel ?

Le spécialiste de la désinformation Marcelino Madrigal affirme avoir repéré plusieurs comptes mobilisateurs dès le lundi précédent. Il dit avoir identifié des tentatives de recrutement dans des établissements catalans ainsi qu’un groupe envisageant des pillages similaires à Madrid.

Madrigal soupçonne un intérêt « politique ou géopolitique » derrière l’opération, sans désigner de responsable. Les Mossos, en contact avec les polices française et italienne, examinent l’hypothèse d’une organisation dépassant une initiative spontanée.

Gabriel Rufián, candidat d’ERC, a évoqué une possible implication de l’extrême droite. Aucune preuve publique ne permet toutefois, à ce stade, d’étayer cette hypothèse. La police reste prudente sur l’identité et les motivations des organisateurs.

Les familles appelées à payer les dégâts

Le président du gouvernement catalan, Salvador Illa, a promis que les responsables seraient traduits devant la justice et contraints de réparer les dommages. Il a averti les parents que, si leurs enfants ne pouvaient pas payer, ils devraient le faire.

Le maire de Barcelone, Jaume Collboni, a annoncé que la municipalité se constituerait partie civile pour réclamer réparation.

L’article 61.3 de la loi organique espagnole sur la responsabilité pénale des mineurs prévoit une responsabilité civile solidaire des parents, tuteurs ou gardiens pour les dommages causés par les mineurs concernés.

Les premiers interpellés ont commencé à comparaître dimanche devant la justice des mineurs. Le parquet étudie également la possibilité de demander des interdictions de participer à de futurs rassemblements.

Alors que PP et Junts réclament des explications à Núria Parlon devant le Parlement catalan, l’enquête doit encore déterminer qui a conçu et diffusé cet appel. De nouveaux messages attribués à Blocus BCN invitent déjà les jeunes à retourner dans les rues le 31 octobre.

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