Le projet de résolution américain sur le Sahara marocain confirme la place croissante du plan d’autonomie dans les discussions au Conseil de sécurité. Pour Ibrahim Bilali Souih, membre du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes, cette évolution réduit les marges de manœuvre du Polisario et ouvre la voie à une redéfinition du rôle de la MINURSO. Mais le texte reste soumis aux négociations entre les membres du Conseil avant son adoption.
À quelques jours de l’expiration du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), prévue le 31 octobre, les discussions diplomatiques s’intensifient à New York. Au centre des consultations figure un projet de résolution élaboré par les États-Unis, qui entend renforcer la place de l’initiative marocaine d’autonomie dans la recherche d’un règlement politique.
Pour Ibrahim Bilali , analyste politique et membre du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS), interrogé par Alyaoum 24, cette nouvelle étape marque une évolution significative dans l’approche américaine du dossier.
Selon lui, la première version du projet fait de l’autonomie sous souveraineté marocaine le cadre de référence des futures négociations. Une orientation qui s’inscrit dans le prolongement de la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, par laquelle le Conseil de sécurité avait retenu la proposition marocaine comme base des discussions.
L’autonomie au centre de la démarche américaine
La portée du projet réside, selon l’analyste, dans le passage d’un soutien politique à l’initiative marocaine à une volonté d’en faire le cadre privilégié, voire exclusif, des négociations.
Washington chercherait ainsi à traduire dans le langage du Conseil de sécurité une orientation diplomatique déjà affirmée par les États-Unis.
Cette démarche rejoint les efforts conduits par l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, pour relancer le processus politique.
La résolution de 2025 avait déjà reconnu qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pouvait constituer l’une des solutions les plus réalisables. Elle maintenait néanmoins l’objectif d’un règlement juste, durable et mutuellement acceptable, conforme à la Charte des Nations unies et au principe d’autodétermination.
La nouvelle rédaction américaine entend aller plus loin. Toutefois, rappelle l’évolution des consultations, un projet présenté par Washington ne constitue pas encore une décision du Conseil de sécurité.
Les quinze membres peuvent en modifier les formulations avant le vote, notamment pour rechercher un compromis entre des positions diplomatiques différentes.
La MINURSO au cœur des négociations
Au-delà de la référence à l’autonomie, l’avenir de la MINURSO constitue l’un des principaux enjeux du texte.
Déployée depuis 1991, la mission exerce notamment des fonctions de surveillance sur le terrain. Son rôle pourrait évoluer si les négociations politiques aboutissaient à un nouveau cadre de règlement.
Ibrahim Bilali Souih estime que Washington cherche à anticiper cette éventualité en envisageant une adaptation des missions de la présence onusienne, notamment dans les domaines de la surveillance du cessez-le-feu, de l’action humanitaire et de l’accompagnement d’un futur accord.
Les premières versions du projet américain ont également alimenté les discussions sur une transformation progressive de la MINURSO en mission davantage tournée vers l’appui politique.
Ces hypothèses restent cependant tributaires des arbitrages du Conseil, de l’examen des besoins opérationnels et de l’évolution des négociations entre les parties.
Le Polisario conteste l’orientation du projet
La réaction du Front Polisario constitue un autre point de tension.
Le mouvement reproche aux États-Unis de chercher à transposer leur position nationale dans une résolution des Nations unies. Il a également évoqué la possibilité de remettre en cause sa participation au processus politique si le texte n’était pas substantiellement modifié.
Pour Ibrahim Bilali , cette contestation entretient une confusion entre deux responsabilités distinctes : celle de l’État chargé de rédiger le projet et celle du Conseil de sécurité, seul habilité à l’adopter.
Les États-Unis exercent traditionnellement la fonction de porte-plume sur le dossier du Sahara. Ils préparent les projets de résolution, qui sont ensuite discutés et éventuellement amendés par les autres membres.
L’analyste considère ainsi que le véritable débat devrait porter sur le contenu du texte et les perspectives de règlement qu’il propose, plutôt que sur la nationalité de son rédacteur.
Il interprète également la menace de retrait du Polisario comme le signe d’une difficulté croissante à s’inscrire dans un processus dont les références politiques évoluent.
Cette lecture demeure celle de l’analyste. La position du Polisario traduit, pour sa part, son opposition à un cadre de négociation qu’il juge incompatible avec sa conception de l’autodétermination.
Un vote déterminant pour la suite du processus
Pour le membre du CORCAS, le prochain vote pourrait accentuer la pression diplomatique sur les parties afin de favoriser une reprise effective des négociations.
Il plaide pour une approche fondée sur le compromis, dans laquelle chaque partie serait appelée à présenter des propositions concrètes plutôt qu’à se limiter au rejet des initiatives adverses.
L’enjeu concerne également le respect du cessez-le-feu et la définition d’un dispositif onusien adapté à une éventuelle nouvelle phase du processus politique.
Reste à connaître les formulations que retiendra finalement le Conseil de sécurité.
Entre la volonté américaine de consolider la place de l’autonomie marocaine, les réserves exprimées par le Polisario et les équilibres diplomatiques à préserver, la résolution attendue devra préciser les conditions dans lesquelles les discussions pourront se poursuivre.
Pour Ibrahim Bilali, l’essentiel est désormais de transformer l’évolution du cadre diplomatique en avancées politiques tangibles. Le vote à venir permettra de mesurer jusqu’où les membres du Conseil sont disposés à accompagner cette orientation.