>

Reconnaissance de la Palestine : Macron défie Netanyahou et récuse toute accusation d'antisémitisme

19 août 2025 - 22:18

Dans une lettre incendiaire, Benjamin Netanyahou accuse Emmanuel Macron d’avoir attisé l’antisémitisme en France en reconnaissant l’État palestinien. L’Élysée rétorque fermement : « abject » et « erroné », et défend sa politique comme un geste de responsabilité et de paix.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a adressé mardi une lettre à Emmanuel Macron dans laquelle il affirme que le projet de reconnaissance d’un État palestinien par la France « verse de l’huile sur ce feu antisémite », accusant ce geste de « récompenser le terrorisme du Hamas » et d’« encourager la haine des Juifs dans les rues françaises ». Le ton du courrier ne laisse pas place à l’ambiguïté : Netanyahou y exige même que la France « remplace la faiblesse par l’action » avant la date symbolique du Nouvel An juif, le 23 septembre.

La réponse de l’Élysée a été immédiate et tranchante. Paris a jugé ces accusations « abjectes » et « erronées », rappelant que la République « protège et protégera toujours ses citoyens juifs ». Le palais présidentiel a dénoncé une « confusion » volontaire et une « manipulation » politique à un moment qui, selon lui, exige « sérieux et responsabilité ». La fermeté de cette réplique traduit une volonté claire : dissocier le combat contre l’antisémitisme, qui reste une priorité nationale, de la décision souveraine de reconnaître un État palestinien.

Cette joute diplomatique s’inscrit dans un contexte international chargé. Emmanuel Macron a annoncé fin juillet que la France reconnaîtrait officiellement la Palestine lors de la prochaine session des Nations unies en septembre. En rejoignant la liste déjà longue de plus de 145 pays ayant franchi ce pas, Paris entend signifier que la paix au Proche-Orient passe par la reconnaissance mutuelle et l’existence de deux États. Pour Israël, ce choix équivaut à une concession dangereuse qui, loin de relancer un dialogue, consoliderait les positions les plus radicales.

L’échange de ces derniers jours illustre deux visions inconciliables. D’un côté, un gouvernement israélien qui considère chaque reconnaissance comme une menace existentielle et une caution indirecte du Hamas. De l’autre, une France qui défend la reconnaissance comme une étape politique nécessaire, sans renoncer à son attachement à la sécurité des Juifs sur son territoire. Là où Netanyahou parle d’« apaisement », Paris répond par la volonté d’ouvrir un chemin de paix crédible, même fragile, pour sortir d’une guerre interminable.

Dans cet affrontement verbal, ce qui se joue dépasse le simple désaccord bilatéral. C’est l’image de la France sur la scène internationale qui est en cause, mais aussi sa capacité à conjuguer une diplomatie active au Proche-Orient avec la responsabilité intérieure de lutter contre un antisémitisme persistant. En défiant Netanyahou, Macron parie sur la légitimité d’une parole française indépendante, à la fois solidaire de ses citoyens et tournée vers une paix durable.

La dispute entre Paris et Jérusalem révèle ainsi l’ampleur du fossé : Israël redoute l’isolement et multiplie les attaques contre ses alliés, tandis que la France s’installe dans une position qu’elle veut lucide, assumant l’idée qu’un statu quo sans issue alimente davantage la haine que la reconnaissance d’un État palestinien.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *