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L’Atlantique comme horizon partagé : le Maroc au cœur du dialogue Afrique–Caraïbes

07 septembre 2025 - 14:32

À Addis-Abeba, le 2ᵉ Sommet Afrique–CARICOM a placé l’Initiative Atlantique au centre des discussions, révélant une vision où l’océan devient vecteur de solidarité et d’avenir commun.

À Addis-Abeba, lors du deuxième Sommet qui réunit l’Afrique et la Communauté des Caraïbes, l’Atlantique a été présenté moins comme une ligne de fracture géographique que comme un espace de projection collective. L’initiative marocaine, portée par SM le Roi Mohammed VI, ne se réduit pas à une déclaration diplomatique ; elle propose de transformer cet océan, longtemps associé à l’histoire des fractures coloniales et des échanges inégaux, en un véritable corridor de prospérité partagée. Elle entend offrir aux pays enclavés du continent un accès structurant aux routes maritimes, tout en posant les bases d’un écosystème d’infrastructures et d’énergies destiné à relier durablement deux régions souvent tenues à la marge des flux mondiaux.

Le Maroc, par la voix de son représentant permanent auprès de l’Union africaine, Mohammed Arrouchi, a rappelé que cette vision s’inscrit dans une doctrine plus large : placer la coopération sud-sud au rang de pilier stratégique, en la dotant de moyens tangibles et d’une orientation claire. La question n’est pas uniquement celle de l’accès physique aux côtes atlantiques, mais bien celle de la capacité des deux rives à s’organiser en réseau, à investir conjointement dans les secteurs vitaux – agriculture, commerce, énergie, santé, éducation, connectivité – et à bâtir des mécanismes qui rendent cette coopération irréversible.

Certes, les flux actuels demeurent limités et les chiffres du commerce bilatéral témoignent de la distance qui reste à parcourir. Pourtant, l’intérêt de l’initiative réside justement dans cette volonté d’inverser la tendance, en inscrivant les ambitions dans des projets concrets et en ancrant l’idée que la résilience africaine et caribéenne dépendra largement de leur disposition à parler d’une seule voix et à mutualiser leurs ressources. Dans ce sens, l’Atlantique ne figure plus comme une frontière, mais comme un horizon stratégique où les deux régions peuvent affirmer leur place dans une mondialisation en recomposition.

La dynamique enclenchée à Addis-Abeba traduit donc un basculement. Les États africains et caribéens refusent désormais de se limiter au rôle d’espaces périphériques dépendants des grandes puissances ; ils aspirent à devenir architectes de leur propre avenir. L’impulsion marocaine ouvre une brèche dans l’imaginaire : au lieu de subir les règles écrites ailleurs, il s’agit de formuler un projet où la complémentarité et la solidarité servent de leviers pour affronter ensemble les défis climatiques, alimentaires et énergétiques.

La valeur réelle de l’Initiative Atlantique se mesurera à sa capacité de transformer les promesses en structures durables. Mais déjà, elle déplace le regard. L’océan, symbole d’arrachement et de dépendance, se redessine comme espace de circulation choisi, porteur d’une nouvelle mémoire et d’une nouvelle ambition. En offrant ce cadre, le Maroc donne aux deux régions une occasion de se penser comme acteurs d’un Sud global confiant, créatif et solidaire.

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