Embouteillages, occupation désordonnée des plages, stationnement opaque, manque de sanitaires et nuisances nocturnes : l’été 2026 a une nouvelle fois révélé les faiblesses structurelles de la gestion touristique à Al Hoceima. L’affluence ne suffit pourtant pas à faire une saison réussie. Encore faut-il organiser la ville, protéger le domaine public et rendre compte de l’utilisation de ses ressources.
À la fin de chaque été, j’essaie de dresser un bilan de la saison touristique à Al Hoceima. Non pour alimenter un procès permanent contre la ville ou ses responsables, mais parce qu’aimer une ville ne consiste pas uniquement à célébrer sa beauté. C’est aussi regarder ses dysfonctionnements en face et réclamer les corrections nécessaires.
À cet égard, l’été 2026 restera, à mes yeux, l’une des saisons les plus décevantes de ces dernières années. Il aura surtout mis en évidence le fossé entre l’image de « perle de la Méditerranée » que nous aimons promouvoir et une réalité quotidienne dominée par l’improvisation, le désordre et la faiblesse de l’anticipation.
Malgré les nombreux avertissements publiés dans la presse locale et sur les réseaux sociaux, les autorités et les élus ont semblé se contenter d’administrer les conséquences de l’affluence. Quant au président du conseil communal, il a donné l’impression d’être présent par le titre beaucoup plus que par l’action.
Or, une saison estivale ne constitue pas un événement imprévisible. La population augmente, les véhicules se multiplient, les plages se remplissent et les services publics subissent une pression considérable. Tout cela est connu plusieurs mois à l’avance. L’enjeu n’est donc pas seulement de réagir aux problèmes, mais de les prévenir.
Une ville livrée aux embouteillages
La circulation a été l’un des principaux points noirs de l’été. Le stationnement autorisé ou toléré des deux côtés de voies parfois étroites, notamment sur les avenues Hassan El Ouazzani, Allal El Fassi, de Tunis, Bir Anzarane ou encore Cadi Ayyad, a transformé certains déplacements en véritable épreuve.
Une organisation temporaire adaptée à la haute saison aurait pourtant permis de limiter une partie de ces difficultés : modification ponctuelle des sens de circulation, interdiction du stationnement dans les axes les plus encombrés, création de parkings périphériques, amélioration de la signalisation et présence renforcée des agents chargés de la circulation.
Des questions simples demeurent : la commission communale de la circulation s’est-elle réunie avant l’été ? Un plan spécifique a-t-il été élaboré ? Qui contrôle le stationnement anarchique, l’occupation des trottoirs et l’obstruction de certains passages ?
L’installation de nombreux vendeurs de figues de Barbarie, de maïs grillé et d’autres produits a également marqué le paysage urbain. Il ne s’agit évidemment pas de s’attaquer à des personnes qui cherchent à gagner leur vie. Mais reconnaître leur droit au travail ne dispense pas la commune d’organiser leur activité.
Des emplacements identifiés, des règles sanitaires accessibles et des autorisations transparentes protégeraient à la fois les vendeurs, les consommateurs et l’espace public. Lorsque ces règles restent invisibles, le petit commerçant comme le citoyen finissent par subir les conséquences de l’improvisation.
La présence, dans plusieurs endroits fréquentés, de personnes sans abri ou souffrant manifestement de troubles psychiques et de problèmes de santé appelle également une réponse sociale et médicale. Leur situation ne doit pas être traitée uniquement comme un problème d’image touristique. Elle engage d’abord leur dignité et la responsabilité des services compétents.
Tala Youssef, symbole des dérives
La plage de Tala Youssef est devenue l’un des principaux symboles de cette saison mal maîtrisée. La polémique a dépassé les frontières de la province et a même fait l’objet d’un reportage de la deuxième chaîne nationale.
Le problème ne réside pas dans l’investissement privé ni dans l’autorisation d’occuper temporairement une partie du domaine public maritime. Une plage touristique a besoin de restaurants, de cafés, d’équipements et de services. Ces activités peuvent créer des emplois et améliorer l’accueil des visiteurs.
La difficulté commence lorsque les frontières entre espace public et espace commercial deviennent illisibles, lorsque les surfaces autorisées semblent s’étendre ou lorsque le vacancier peine à trouver un emplacement libre sur une plage qui appartient pourtant à tous.
Une autorisation d’occupation temporaire n’est pas un titre de propriété. Elle porte sur une superficie déterminée et reste soumise à un cahier des charges. Il est donc légitime de demander quelles surfaces ont été concédées, quelles conditions ont été imposées, quels contrôles ont été effectués et si les citoyens peuvent consulter les documents correspondants.
Ces interrogations ne concernent pas seulement Tala Youssef. Elles valent également pour Quemado, Cala Bonita, Sfiha et les autres plages de la province. Valoriser économiquement le littoral peut être bénéfique, à condition de préserver l’accès gratuit à la mer et d’empêcher la privatisation de fait du domaine public.
Des recettes qui doivent devenir lisibles
La gestion des parkings de Tala Youssef a elle aussi suscité un profond mécontentement. L’intervention de la télévision nationale a donné à cette affaire une visibilité particulière, mais les questions soulevées dépassent le seul cas d’un parking.
Comment l’exploitation a-t-elle été attribuée ? Quel tarif a été officiellement fixé ? Quelles recettes ont été encaissées ? À quelles dépenses ont-elles été affectées ? Combien la commune d’Imzouren perçoit-elle grâce aux parkings, kiosques, cafés, restaurants et autres activités saisonnières installées sur la plage ?
Il serait imprudent d’avancer des montants sans disposer de documents comptables. Mais c’est précisément l’absence d’informations facilement accessibles qui nourrit les rumeurs et les soupçons.
La transparence ne peut se limiter à un communiqué général. Elle suppose la publication des contrats, des cahiers des charges, des tarifs, des recettes et de leur affectation, dans une présentation compréhensible par tous.
Plusieurs activités commerciales installées sur le littoral semblent bénéficier d’une fréquentation importante. Les prix pratiqués ne sont cependant pas toujours accompagnés d’un niveau d’équipement et de service équivalent. Une économie touristique saine repose sur un équilibre entre rentabilité, qualité de l’accueil, protection du consommateur et respect du site exploité.
Où sont les toilettes publiques ?
L’une des contradictions les plus frappantes de l’été concerne le manque de sanitaires publics dans plusieurs places, corniches et plages.
Al Hoceima accueille des milliers de visiteurs, mais ne leur garantit pas toujours l’accès à un équipement aussi élémentaire qu’une toilette propre et correctement entretenue. Comment prétendre construire une destination de qualité sans répondre à ce besoin fondamental ?
Le tourisme ne commence pas avec les scènes, les concerts et les campagnes de communication. Il commence par la propreté, les sanitaires, les transports, la signalisation, les parkings, la sécurité, l’accessibilité des plages et la qualité de l’accueil.
La situation des plages de la province au regard du label « Pavillon bleu » mérite également une explication officielle. Quelles plages ont présenté leur candidature ? Quels critères ont été remplis ? Lesquels ne l’ont pas été ? Quelles mesures seront prises pour améliorer leur classement ?
Il faut éviter d’attribuer la perte ou l’absence d’un label à une seule défaillance sans disposer des évaluations correspondantes. En revanche, les citoyens ont le droit de connaître les résultats et les efforts nécessaires pour satisfaire aux standards environnementaux et sanitaires requis.
Quand le divertissement devient une nuisance
Un festival organisé cet été a, lui aussi, suscité l’exaspération de nombreux riverains. La puissance des enceintes et la poursuite des spectacles jusqu’à une heure tardive ont transformé une activité de divertissement en source de nuisances pour les quartiers voisins.
La culture et les festivités sont indispensables à la vitalité d’une ville touristique. Mais le succès d’un festival ne se mesure pas au volume de ses haut-parleurs. Une programmation responsable doit choisir un espace approprié, respecter des horaires raisonnables et concilier le droit du public à se divertir avec celui des habitants à se reposer.
Al Hoceima dispose d’espaces susceptibles d’accueillir de telles manifestations loin des zones résidentielles, à condition de les aménager convenablement. Les malades, les personnes âgées, les enfants et les travailleurs ne doivent pas supporter chez eux le coût sonore des festivités.
Une affluence ne fait pas une politique touristique
Al Hoceima possède des atouts naturels, historiques et culturels exceptionnels. Elle mérite son surnom de « perle de la Méditerranée ». Mais la beauté du paysage ne peut compenser indéfiniment les faiblesses de la gestion.
Le succès d’une saison ne se mesure ni au nombre de voitures coincées dans les rues ni à celui des photographies publiées sur les réseaux sociaux. Il se juge à la qualité des services, à la propreté, à la sécurité, au respect de la loi, à la protection du domaine public, au confort des habitants et à la transparence dans la gestion des ressources.
L’été 2026 a révélé des carences manifestes dans l’administration de la circulation, des plages, des équipements et des services saisonniers. Dans de nombreuses situations, habitants et vacanciers se sont retrouvés seuls face au désordre, malgré les alertes répétées de la société civile et des médias locaux.
À l’approche des élections, les promesses vont réapparaître. Des élus silencieux pendant plusieurs années retrouveront soudain la parole. Les pronostics sur les futurs vainqueurs commenceront avant même que les citoyens aient pu examiner les bilans.
Al Hoceima a pourtant davantage besoin de résultats mesurables que de slogans : qu’a-t-on réalisé ? Quels projets ont échoué ? Comment les ressources ont-elles été utilisées ? Qui assume la responsabilité des insuffisances constatées ?
Critiquer la gestion de la ville ne signifie pas s’opposer à Al Hoceima. C’est précisément parce que nous voulons la voir progresser que nous refusons de confondre communication et développement, affluence et réussite, animation et politique touristique.
La saison 2026 touche à sa fin, mais une question demeure :
Quand Al Hoceima cessera-t-elle de gérer chaque été comme une urgence improvisée pour se doter enfin d’une véritable politique touristique, avec des responsabilités définies, des résultats publiés et des comptes à rendre ?
Mohammed Abid est militant associatif à Al Hoceima