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Une flottille annoncée vers Sebta, portée par des figures de la droite nationaliste espagnole

28 août 2026 - 12:44

Jusqu’à 60 embarcations doivent rejoindre samedi la ville occupée de Sebta depuis plusieurs ports de la Costa del Sol. Présentée comme une initiative citoyenne spontanée de solidarité, l’opération est en réalité promue par plusieurs personnalités liées aux milieux national-conservateurs espagnols. Aucun élément ne permet cependant de l’attribuer directement à Vox.

Une flottille baptisée «Armada de la Solidaridad» doit prendre la mer samedi 29 août en direction de Sebta, un mois après l’arrivée massive de migrants dans la ville administrée par l’Espagne. Ses organisateurs affirment vouloir manifester leur soutien aux habitants et réaffirmer les liens entre la cité et le reste du territoire espagnol.

Les embarcations partiront de différents ports de la Costa del Sol. Leur arrivée est prévue de manière échelonnée entre midi et 20 heures. La Marina de Ceuta leur accordera la gratuité de l’amarrage, tandis qu’une réception et un dîner de bienvenue doivent être organisés avec la participation des autorités locales. Une manifestation maritime est également programmée dimanche matin dans les eaux de la ville.

L’opération reprend plusieurs slogans: «La mer nous unit, Ceuta nous appelle», «Unis pour Ceuta, unis pour l’Espagne» ou encore «Nous sommes tous Ceuta». Ses promoteurs souhaitent en faire un rendez-vous périodique entre la ville et les ports andalous.

Des organisateurs identifiés

Le quotidien ABC présente la mobilisation comme une initiative née du bouche-à-oreille entre des navigateurs anonymes, sans association ni formation politique à sa tête. D’autres publications espagnoles identifient pourtant clairement ses principaux promoteurs: Marcos de Quinto, Amalio de Marichalar, Francisco Mier del Castillo, África León, Juan Núñez, Fernando Oltra et Pedro Rodríguez.

L’implication de ces personnalités donne à la traversée une dimension politique que la seule notion de «solidarité» ne suffit pas à restituer.

Marcos de Quinto est un ancien dirigeant de Coca-Cola et un ex-député de Ciudadanos. Depuis son départ de la vie parlementaire, il s’est engagé dans plusieurs structures appartenant à la droite espagnole, notamment le laboratoire d’idées Pie en Pared et la plateforme Sociedad Civil Española. Il a participé à des manifestations soutenues par le Parti populaire et Vox ainsi qu’à des événements organisés par le parti de Santiago Abascal.

L’ancien député a également investi dans le groupe médiatique de Javier Negre, propriétaire de plusieurs plateformes classées dans l’écosystème numérique de la droite radicale espagnole.

Amalio de Marichalar, autre figure de la mobilisation, est connu pour son engagement monarchiste, constitutionnaliste et son opposition particulièrement virulente au gouvernement de Pedro Sánchez. Il évolue lui aussi dans les milieux national-conservateurs, sans qu’il soit possible de le présenter comme un responsable de Vox.

Une mobilisation relayée par la droite radicale

La Gaceta de la Iberosfera, média appartenant à l’environnement de la Fondation Disenso, présidée par Santiago Abascal, assure une forte promotion de la flottille. Le journal la présente comme une initiative destinée à défendre les habitants de Sebta et «la souveraineté nationale» espagnole.

Cet appui ne démontre pas que Vox organise directement l’opération. Aucun élément public ne permet, à ce stade, d’attribuer la convocation au parti d’extrême droite. Il montre néanmoins que la flottille s’inscrit dans un espace politique plus précis que ne le laisse entendre le récit d’une simple rencontre spontanée entre plaisanciers.

Les autorités de Sebta sont par ailleurs associées à l’accueil des participants, notamment à travers la mise à disposition gratuite des places d’amarrage et l’organisation de la réception. Cette implication institutionnelle renforce la visibilité de l’initiative, dans un contexte marqué par les tensions migratoires, les manifestations locales et la politisation croissante de la crise.

La traversée précédera les rassemblements annoncés le 2 septembre, à l’occasion du Jour de Ceuta, dans plusieurs villes espagnoles. Ces mobilisations bénéficient désormais du soutien de la Fédération espagnole des municipalités et provinces. Elles ne doivent pas être confondues automatiquement avec la flottille, dont les promoteurs et le langage politique sont plus nettement identifiés.

Qualifier l’«Armada de la solidarité» d’opération directement organisée par l’extrême droite irait donc au-delà des éléments disponibles. La présenter comme un mouvement apolitique de navigateurs anonymes serait tout aussi trompeur. Il s’agit d’une mobilisation civique à forte tonalité nationaliste espagnole, portée par des personnalités situées dans l’espace de la droite conservatrice et relayée activement par les réseaux médiatiques proches de Vox.

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