Le ministre espagnol des Affaires étrangères attribue au dialogue avec Rabat le retour rapide d’une partie des personnes entrées fin juillet et l’échec d’une nouvelle tentative le 14 août. Alors que Madrid prépare des retours conformes à la loi, l’Assemblée de la ville occupée condamne unanimement les violences et décrit une situation proche de la saturation.
Le gouvernement espagnol a publiquement salué le rôle du Maroc dans la gestion de la crise migratoire à Sebta. Devant la Commission des affaires étrangères du Congrès, José Manuel Albares a affirmé vendredi que la communication avec Rabat avait été «permanente dès le premier moment».
Selon le chef de la diplomatie espagnole, ces échanges ont contribué au retour rapide d’une partie importante des personnes entrées dans la ville les 30 et 31 juillet. Ils auraient également permis d’empêcher une nouvelle tentative de passage collectif le 14 août.
Les estimations espagnoles situent entre 72.000 et 80.000 le nombre de personnes ayant franchi la frontière fin juillet. L’écart entre ces chiffres s’explique par les différents décomptes communiqués depuis le début de la crise. Plusieurs milliers de migrants demeurent encore dans la ville, dont un nombre important de mineurs.
Les propos d’Albares apportent un correctif notable aux accusations adressées à Rabat au cours des dernières semaines. Le Maroc n’est pas présenté par le gouvernement espagnol comme un partenaire absent de la gestion de la crise, mais comme un interlocuteur dont la coopération a permis d’en limiter les conséquences et de prévenir une répétition immédiate.
Cette reconnaissance ne répond toutefois pas à toutes les interrogations sur les événements du 30 juillet. L’analyse évoquée par le ministère espagnol de la Défense envisage une possible «menace hybride» et l’intervention d’un «acteur intéressé» dans l’amplification numérique de la mobilisation. Aucun responsable n’a cependant été publiquement identifié et le document n’attribue pas au Maroc l’organisation directe des passages.
Des retours examinés individuellement
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a confirmé que Madrid préparait le retour au Maroc des personnes qui «ne remplissent pas les conditions pour rester» en Espagne. Il a néanmoins insisté sur la nécessité de respecter la législation espagnole et les engagements internationaux du pays.
Les demandes de protection internationale devront être examinées individuellement. Les personnes répondant aux critères de l’asile ne pourront être renvoyées, tandis que les mineurs relèvent de procédures particulières d’identification, de protection et de recherche familiale. Le gouvernement exclut ainsi une expulsion collective automatique.
Grande-Marlaska a parallèlement appelé au calme et à l’arrêt des violences. Il a accusé le Parti populaire et Vox d’alimenter les tensions par des discours associant les migrants à l’insécurité. L’opposition reproche, de son côté, à l’exécutif d’avoir réagi tardivement et de ne pas avoir fourni suffisamment de moyens à la ville.
Des espaces provisoires d’hébergement
Le gouvernement central et les autorités locales ont trouvé un accord sur une liste de sites susceptibles d’accueillir les migrants qui se trouvent toujours dans les rues de Sebta. La mesure vise à améliorer leurs conditions d’hébergement, à réduire la pression sur l’espace public et à restituer progressivement aux habitants les équipements utilisés depuis la fin juillet.
La transformation provisoire d’installations sportives, sanitaires ou administratives en centres d’accueil avait provoqué une forte opposition locale. Les autorités insistent désormais sur le caractère exceptionnel de ces aménagements et sur la nécessité d’une coordination entre les différentes administrations.
La crise a durement éprouvé les services d’une ville d’environ 85.000 habitants. Plusieurs manifestations ont été organisées pour réclamer des transferts vers la péninsule et un retour rapide à la normale. Ces protestations ont parfois dégénéré en affrontements, en attaques contre des campements improvisés ou en blocages de distributions alimentaires.
Une condamnation unanime des violences
L’Assemblée de Sebta a adopté à l’unanimité une déclaration condamnant «fermement toute forme de violence». Le texte décrit une ville placée dans une «situation limite, au bord de l’effondrement», tout en reconnaissant la légitimité des manifestations pacifiques réclamant des solutions.
Le président de la ville, Juan Jesús Vivas, a affirmé que les auteurs de violences ne représentaient pas les habitants et qu’aucun citoyen ne pouvait se faire justice lui-même. Il a annoncé des sanctions contre les actes de vandalisme et les dégradations du mobilier urbain.
L’Assemblée demande à Madrid d’accélérer les retours légalement possibles, de renforcer les forces de sécurité et la frontière et de réparer les dommages subis par l’économie locale.
Les déclarations d’Albares confirment que la coopération maroco-espagnole demeure un élément central de la sortie de crise. Elles affaiblissent le récit d’un Maroc refusant toute collaboration, sans pour autant clore les enquêtes sur l’origine de la mobilisation, son amplification sur les réseaux sociaux et les défaillances qui ont permis à une situation locale de prendre une dimension aussi exceptionnelle.