Le gouvernement espagnol a convoqué la représentante diplomatique marocaine le 21 août pour protester contre les déclarations d’Abdellatif Ouahbi sur les deux villes. Gardée jusqu’ici confidentielle, cette démarche révèle la fermeté affichée par Madrid en coulisses, parallèlement à son discours public en faveur de la coopération avec Rabat.
Pedro Sánchez a révélé jeudi devant le Congrès que l’ambassadrice du Maroc en Espagne avait été convoquée par le ministère des Affaires étrangères le 21 août. Madrid entendait lui signifier officiellement son rejet des déclarations de membres du gouvernement marocain concernant Sebta et Melilla occupées.
Cette initiative diplomatique n’avait pas été rendue publique. Elle permet de mieux comprendre la réponse espagnole dans les semaines ayant suivi l’afflux massif de migrants à Sebta, le 30 juillet. Tout en défendant publiquement la nécessité de préserver la coopération avec Rabat, le gouvernement espagnol avait donc choisi de fixer ses limites par les canaux diplomatiques.
Une protestation maintenue dans la discrétion
La convocation est intervenue après que le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, eut évoqué les « droits historiques et géographiques » du Maroc sur les deux villes et appelé à l’ouverture d’un dialogue avec l’Espagne sur leur statut.
Sánchez a qualifié ces propos d’« inacceptables ». Le ministère espagnol des Affaires étrangères avait déjà affirmé publiquement que Sebta et Melilla relevaient de la souveraineté et de l’intégrité territoriale espagnoles et constituaient des territoires de l’Union européenne. L’existence d’une protestation diplomatique directe n’était toutefois pas connue.
Madrid avait alors privilégié la discrétion afin d’éviter une escalade bilatérale, tout en sollicitant la coopération marocaine pour stabiliser la frontière. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, continuait de défendre une collaboration avec le Maroc fondée, selon ses termes, sur une « complicité absolument hors de doute ».
Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avait ensuite durci le ton. Lors de son audition parlementaire du 28 août, il avait assuré qu’il n’y avait jamais eu et qu’il n’y aurait jamais de discussion avec le Maroc sur la souveraineté des deux villes. Il avait également déclaré que les propos venant de Rabat avaient été rejetés « formellement et par tous les canaux ».
Une révélation qui répond en partie à Feijóo
La déclaration de Sánchez comporte également une dimension de politique intérieure. La veille, le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, avait réclamé la convocation immédiate de l’ambassadrice marocaine ainsi que le rappel pour consultations de l’ambassadeur espagnol à Rabat.
Cette demande faisait suite à la publication d’un rapport du Centre national espagnol de l’immigration et des frontières sur les événements du 30 juillet. Le document évoque une planification et un « guidage actif » de migrants par des membres des forces de sécurité marocaines. Il n’établit cependant pas de chaîne de commandement permettant d’attribuer directement l’opération au gouvernement marocain.
L’ambassadrice avait donc déjà été convoquée douze jours auparavant, mais pour un motif différent : les déclarations relatives à Sebta et Melilla, et non les conclusions du rapport policier. Sánchez maintient que plusieurs aspects des événements du 30 juillet doivent encore être clarifiés.
Felipe VI attendu dans les deux villes
Le chef du gouvernement espagnol a parallèlement réaffirmé que les deux villes resteraient espagnoles « jusqu’à la fin des temps » et exclu toute négociation sur leur souveraineté. Il a également confirmé une prochaine visite de Felipe VI à Sebta et Melilla, jugeant ce déplacement « opportun ».
Aucune date n’a encore été annoncée. Cette visite, qui devra être coordonnée entre le palais de la Zarzuela et le gouvernement, serait la première de Felipe VI dans les deux villes, aussi bien comme roi que durant son ancienne qualité de prince des Asturies.
La position espagnole associe ainsi le maintien d’une coopération jugée stratégique avec le Maroc à un discours de plus en plus ferme sur les deux villes occupées. La révélation de Sánchez montre que la prudence affichée publiquement par Madrid n’excluait pas une protestation diplomatique directe auprès de Rabat.