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Quand l’insinuation tient lieu de preuve : Lahcen Haddad répond à The Objective

14 septembre 2026 - 10:10

Le média espagnol The Objective a publié, sous la signature de Manuel Cerdán, un article au titre particulièrement accusateur : « Sánchez ha financiado Marruecos con mil millones de euros desde el “caso Pegasus” » (« Sánchez a financé le Maroc à hauteur d’un milliard d’euros depuis l’affaire Pegasus »).

L’économiste et ancien ministre marocain Lahcen Haddad conteste fermement cette lecture. À ses yeux, le texte ne démontre aucun chantage : il juxtapose l’affaire Pegasus et plusieurs financements espagnols pour suggérer une relation de cause à effet qui n’est pas établie.

La démonstration de Cerdán repose essentiellement sur une proximité de dates : le piratage présumé du téléphone du chef du gouvernement espagnol en 2021, puis l’intensification des instruments financiers espagnols en faveur de projets au Maroc. Mais une succession chronologique ne prouve ni une relation de cause à effet, ni a fortiori un chantage.

Le chiffre d’« un milliard d’euros offert au Maroc » est lui-même trompeur. Les principaux montants évoqués relèvent du FIEM, un mécanisme espagnol conçu pour financer l’internationalisation des entreprises du pays. Il s’agit de crédits accordés à l’acheteur étranger, remboursables, dont les décaissements servent directement à régler les entreprises espagnoles titulaires des contrats.

Le crédit de plus de 750 millions d’euros lié à l’acquisition de 40 trains par l’ONCF s’inscrit précisément dans ce cadre. Selon le ministère espagnol de l’Économie, il finance l’achat de matériels ferroviaires fournis par des entreprises espagnoles et a été formalisé par un accord entre l’ICO espagnol et l’office ferroviaire marocain. Le présenter comme un cadeau politique à Rabat revient à effacer sa nature commerciale, contractuelle et remboursable.

De même, le protocole financier de 800 millions d’euros conclu en 2023 ne dissimule pas son objet : soutenir de nouveaux projets portés par des entreprises espagnoles au Maroc, notamment dans l’eau, le rail, l’agroalimentaire et le tourisme. Madrid l’a présenté publiquement comme un outil d’appui à ses propres exportateurs et investisseurs.

Lahcen Haddad a raison de souligner que ces mécanismes ne sont pas apparus sous Pedro Sánchez ni après Pegasus. Les relations économiques entre les deux pays ont, depuis longtemps, combiné intérêts industriels espagnols, besoins d’investissement marocains et proximité géographique. C’est une logique d’interdépendance, non la preuve automatique d’une capitulation.

Surtout, l’accusation de chantage se heurte à une carence décisive : l’affaire Pegasus n’a pas permis d’identifier judiciairement ses auteurs. En janvier 2026, l’Audience nationale espagnole a classé l’enquête pour la seconde fois, invoquant notamment l’absence de coopération israélienne indispensable à la poursuite des investigations.

Il est légitime de débattre de la politique de Madrid envers Rabat, de ses choix au Sahara ou de sa gestion de la relation migratoire. Mais une enquête rigoureuse ne peut remplacer les preuves par des sous-entendus. Avant d’affirmer qu’un État a fait chanter un gouvernement, il faut démontrer un auteur, une menace, une exigence et une contrepartie. Manuel Cerdán n’en apporte pas la preuve ; il agence des faits hétérogènes pour suggérer une conclusion déjà écrite.

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