La dirigeante de One Nation a qualifié les peuples autochtones de « race la plus primitive de la Terre ». Au-delà du scandale, l’épisode interroge la banalisation d’un discours racial dans une démocratie encore marquée par de profondes inégalités envers ses Premières Nations
Pauline Hanson, sénatrice du Queensland et figure historique de la droite radicale australienne, se retrouve au centre d’une nouvelle polémique après la rediffusion d’un entretien dans lequel elle présente les peuples aborigènes comme la « race la plus primitive de la Terre » et minimise plusieurs dizaines de milliers d’années de culture autochtone.
La ministre des Affaires autochtones, Malarndirri McCarthy, a dénoncé des propos ouvertement racistes. Plus révélateur encore, Jacinta Nampijinpa Price, personnalité conservatrice indigène connue pour son opposition à plusieurs politiques de reconnaissance autochtone, a elle aussi condamné les déclarations de Hanson en les qualifiant d’ignorantes et d’inacceptables.
Cette convergence mérite attention. Elle montre qu’il existe une différence fondamentale entre contester une politique publique destinée aux populations autochtones et nier la valeur historique d’un peuple.
Une société toujours traversée par l’héritage colonial
L’Australie aime se présenter comme une démocratie moderne, prospère et multiculturelle. Mais la situation de ses Premières Nations rappelle que l’héritage de la colonisation demeure profondément inscrit dans les réalités sociales.
Les hommes autochtones ont une espérance de vie inférieure de près de neuf ans à celle des hommes non autochtones. Pour les femmes, l’écart dépasse huit ans, selon les données sanitaires australiennes.
Dans les prisons, la disproportion est spectaculaire : en mars 2026, les Aborigènes et les habitants du détroit de Torres représentaient 37 % des personnes détenues, alors qu’ils constituent une minorité de la population nationale.
C’est dans cette Australie-là que les mots de Pauline Hanson prennent leur véritable sens.
Ils ne relèvent donc pas seulement de la provocation personnelle. Ils touchent à une vieille représentation coloniale selon laquelle les sociétés sont classées suivant une échelle de « civilisation », certaines étant considérées comme avancées et d’autres comme arriérées.
Or, les peuples autochtones australiens ont développé pendant des millénaires des systèmes complexes de connaissance du territoire, de gestion de l’environnement, de transmission orale, d’art et d’organisation sociale. Des responsables indigènes ont rappelé cette réalité en réponse à Hanson.
Quand les marges se rapprochent du centre
Le phénomène le plus préoccupant se situe toutefois ailleurs.
One Nation n’est plus seulement le parti protestataire que l’Australie observait à distance il y a vingt ou trente ans. Sa progression électorale et sa capacité à imposer des thèmes liés à l’immigration, à l’identité et au rejet des élites lui donnent désormais une influence plus importante sur l’ensemble du débat politique.
C’est précisément ce qui transforme les déclarations de Hanson en événement politique.
Le danger d’un discours racial ne tient pas uniquement à sa violence. Il tient aussi à sa banalisation progressive : une formule choque, provoque une polémique, puis entre dans le vocabulaire politique ; la suivante va un peu plus loin.
L’histoire des droites radicales montre souvent ce mécanisme. Elles déplacent les frontières du dicible avant de déplacer celles du possible.
Pauline Hanson affirme aujourd’hui que les médias exagèrent une déclaration ancienne. La question dépasse pourtant son intention personnelle. Elle concerne désormais la société australienne elle-même : jusqu’où est-elle prête à laisser un discours de hiérarchisation raciale entrer dans la compétition politique ordinaire ?
L’Australie peut débattre de ses politiques indigènes, de leur efficacité et de leurs résultats. Une démocratie doit même pouvoir le faire. Mais lorsque la critique des politiques publiques devient mépris d’un peuple entier, le débat change de nature.
Et lorsque ce langage accompagne l’ascension électorale de son auteur, il mérite d’être observé avec une attention particulière.