Bank Al-Maghrib maintient ses interventions sur le marché monétaire, avec des injections totalisant 152,5 milliards de dirhams. Si les taux interbancaires restent stables, le coût du crédit évolue différemment selon les entreprises et les ménages.
Le besoin de liquidité des banques marocaines s’est établi à 136,5 milliards de dirhams en moyenne hebdomadaire au cours du mois de septembre 2026, selon les données publiées par Bank Al-Maghrib (BAM) dans sa dernière revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière. Ce niveau traduit la persistance des besoins de refinancement du système bancaire, malgré les interventions régulières de la Banque centrale destinées à assurer le bon fonctionnement du marché monétaire.
Les chiffres rapportés font état d’un besoin de liquidité de 133,1 milliards de dirhams le mois précédent, ce qui correspondrait à une augmentation de 3,4 milliards de dirhams en septembre. Cette évolution appelle toutefois une vérification définitive, certaines publications évoquant paradoxalement un recul du besoin de liquidité.
Bank Al-Maghrib injecte 152,5 milliards de dirhams
Pour accompagner les besoins du secteur bancaire, Bank Al-Maghrib a mobilisé un volume global de 152,5 milliards de dirhams à travers ses différents instruments de refinancement. Ces interventions se répartissent entre 57,1 milliards de dirhams d’avances à sept jours, 47,6 milliards au titre des opérations de pension livrée à un et trois mois, et 47,8 milliards destinés aux prêts garantis à long terme.
Ces mécanismes permettent aux établissements bancaires de disposer des ressources nécessaires pour assurer leurs opérations courantes et poursuivre le financement de l’économie. Ils jouent également un rôle essentiel dans la transmission de la politique monétaire, notamment en contribuant à maintenir les taux du marché interbancaire à proximité du taux directeur.
En septembre, le volume quotidien moyen des échanges entre banques a atteint 3,9 milliards de dirhams, tandis que le taux interbancaire moyen pondéré s’est maintenu à 2,25 %. Cette stabilité témoigne de la volonté de la Banque centrale de préserver des conditions monétaires ordonnées dans un contexte où les besoins de financement demeurent élevés.
Des évolutions contrastées pour la rémunération des dépôts
Sur le marché des bons du Trésor, les taux d’intérêt sont restés globalement stables au cours du mois d’août, tant sur le marché primaire que sur le marché secondaire. Cette évolution contraste avec les ajustements observés sur les dépôts bancaires.
Les dépôts à terme de six mois ont ainsi enregistré une baisse de leur rémunération de 30 points de base, ramenant leur taux moyen à 2,15 %. À l’inverse, les dépôts à un an ont bénéficié d’une hausse de 7 points de base, portant leur rendement à 2,65 %.
Concernant les comptes sur carnet, le taux minimum de rémunération a été fixé à 1,82 % pour le second semestre 2026, soit une augmentation de 21 points de base par rapport aux six premiers mois de l’année.
Ces évolutions traduisent des conditions de rémunération différenciées selon la durée des placements et les modalités de collecte de l’épargne. Elles peuvent notamment influencer les choix des déposants entre produits bancaires à court terme et placements de plus longue échéance.
Le coût du crédit augmente pour les entreprises
Les résultats de l’enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib auprès des établissements bancaires font apparaître une augmentation de 15 points de base du taux débiteur moyen global au deuxième trimestre 2026, pour atteindre 4,81 %.
Cette évolution a principalement concerné les entreprises non financières, dont le taux moyen de financement a progressé de 17 points de base, à 4,71 %. Les crédits à l’équipement ont enregistré une hausse plus prononcée, de 29 points de base, pour atteindre 4,65 %, tandis que les facilités de trésorerie ont augmenté de 16 points de base, à 4,62 %.
En revanche, les crédits à la promotion immobilière ont connu une légère détente, leur taux reculant de 2 points de base pour s’établir à 5,35 %.
Des différences persistent également selon la taille des entreprises. Les grandes sociétés bénéficient d’un taux moyen de 4,56 %, contre 5,20 % pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME). Cet écart souligne les conditions de financement généralement moins favorables auxquelles sont confrontées les structures de taille réduite, qui constituent pourtant une composante essentielle du tissu économique national.
Une légère détente des taux pour les ménages
Contrairement aux entreprises, les particuliers ont bénéficié d’un recul du coût moyen de leurs emprunts. Les taux débiteurs qui leur sont appliqués ont diminué de 15 points de base au deuxième trimestre, pour s’établir à 5,59 %.
La baisse la plus importante concerne les découverts bancaires et les crédits de trésorerie, dont le taux moyen a reculé de 170 points de base, à 5,51 %. Les prêts immobiliers ont également enregistré une diminution de 13 points de base, ramenant leur taux à 4,53 %, tandis que les crédits à la consommation ont connu un léger repli de 5 points de base, à 6,81 %.
Ces ajustements peuvent contribuer à alléger le coût des nouveaux emprunts pour certaines catégories de ménages. Leur impact réel sur le pouvoir d’achat dépend toutefois des conditions contractuelles, de la durée des financements et de la situation financière des emprunteurs.
Le financement de l’économie, un enjeu toujours central
Les données monétaires publiées par Bank Al-Maghrib mettent en évidence une situation contrastée : les besoins de refinancement des banques demeurent importants, alors que le taux interbancaire se maintient à 2,25 % et que les conditions d’accès au crédit évoluent différemment selon les catégories d’emprunteurs.
Pour l’économie marocaine, l’enjeu ne se limite pas à garantir la liquidité du système bancaire. Il concerne également la capacité des établissements financiers à accompagner l’investissement productif, à faciliter l’accès des TPME au financement et à répondre aux besoins des ménages sans accentuer excessivement les risques d’endettement.
La stabilité monétaire constitue ainsi un facteur important pour l’économie nationale, mais elle ne garantit pas, à elle seule, une amélioration uniforme des conditions de financement. L’évolution du crédit aux entreprises, particulièrement aux plus petites structures, restera l’un des indicateurs à suivre au cours des prochains mois.